Silence, on casse le bac pro

Peut-on réformer sans concertation? Peut-on réformer sans même en parler? Annoncée par dossier de presse en mai 2018, la réforme Blanquer des lycées professionnels s'applique depuis cinq semaines dans les établissements. Dans un silence assourdissant.

Suppression de postes, enseignants sans contrat, lycées en travaux, filières abandonnées, conseils d’administration réduits au silence… La large unité syndicale, pourtant historique, condamne sans commune mesure la réforme Blanquer des lycées professionnels. Les programmes sont décriés par tous, les volumes horaires réduits ne cachent plus les objectifs économiques de la “rénovation”, quant aux marges de manœuvre des établissements, elles sont de plus en plus obstruées. Même le CHSCT ministériel demande la suspension de la réforme. Et pourtant…aucun média n’en parle.

Alors, soyons clairs. Les médias, les journaux, les télévisions évoquent tous la réforme DU lycée ou la réforme DU bac. On cite LES lycéens, on explique LES nouvelles filières, on fait part du casse-tête DES parents. On rend compte des protestations DES profs. Mais depuis combien de temps avons-nous cessé de mentionner qu’il s’agissait uniquement du lycée général et technologique ?

Est-ce de l’oubli, un détail sans importance, une maladresse ? Non. Nous ne pouvons pas croire que les rédactions n’ont pas en tête le fait qu’il existe les lycées professionnels. Nombre de journalistes spécialisés dans l’éducation sont extrêmement pointus dans leurs analyses et leurs articles.

Est-ce du mépris, de l’indifférence ? Non, nous ne pouvons pas croire que les rédactions soient indifférentes à un tiers des lycéens et lycéennes de ce pays. S’il est vrai que la hiérarchie de l’information nous interroge de manière récurrente, nous ne pouvons admettre que la plupart des médias n’évoquent jamais l’ombre des presque 700 000 jeunes scolarisés en lycée professionnel.

Mais alors quel est donc ce problème qui traverse les médias français ? Par exemple, pourquoi, alors que Jean-Michel Blanquer est invité tous les deux mois sur France Inter, aucune question ne lui est posée par les journalistes stars sur le lycée pro et la réforme ? Pourquoi a-t-il fallu que le collectif Touche pas mon lycée pro interpelle tous les députés et les sénateurs pour obtenir (grâce au soutien de quelques-uns d’entre eux) un débat sur ce sujet en mai dernier alors que c’est une réforme qui « transforme » le lycée professionnel ? Certains journalistes (France culture, Médiapart, Libération par exemple) se sont saisi de l’enjeu et nous les en remercions. Mais qu’en est-il des autres?

Si ce n’est ni mépris, ni indifférence, ni maladresse, ni oubli, pourquoi aucune rédaction ne prend-elle au sérieux la mise en œuvre de cette réforme ?

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