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Billet de blog 6 nov. 2020

NON AU DEREMBOURSEMENT DES MEDECINES COMPLEMENTAIRES ET INTEGRATIVES

La crise sanitaire que nous traversons a révélé de nombreuses lacunes de notre système de santé. La lutte contre la pandémie ne doit pas reléguer les patients au second plan. Au contraire, la crise que nous vivons aujourd’hui collectivement doit être l’occasion d’écouter ce qu’ils ont à dire sur la manière dont ils veulent être soignés et sur les traitements auxquels ils souhaitent avoir accès.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La focalisation actuelle sur la pandémie ne doit pas occulter les inquiétudes de nombreux patients qui voient leurs traitements menacés par les décisions récentes du gouvernement en matière de santé. En effet, malgré une opposition massive des patients, nous assistons depuis l’année dernière au déremboursement progressif de l’homéopathie. De manière générale, les médecines complémentaires et intégratives font l’objet en France d’une campagne de désinformation de la part de certains médias et institutions.

Les mêmes voix qui s’élevaient contre le remboursement par l’assurance maladie obligatoire des médecines complémentaires dénoncent à présent la prise en charge des soins non conventionnels (tels que l’homéopathie, l’acupuncture ou l’ostéopathie) par les complémentaires santé au prétexte qu’ils n’auraient pas fait la preuve de leur efficacité. De telles prises de position sont non seulement en contradiction avec l’expérience des patients mais également avec les enjeux de santé publique actuels.

En effet, la surconsommation de médicaments n’est pas sans conséquence. Outre l’impact négatif sur notre santé, elle entraîne une contamination de l’environnement (Rapport « Médicaments et environnement » publié en 2019 par l’Académie de Pharmacie). Des résidus de substances médicamenteuses : antibiotiques, antalgiques, anti-inflammatoires, psychotropes et perturbateurs endocriniens, sont ainsi retrouvés en grande quantité dans les eaux souterraines et les eaux de surface. Contrairement aux médicaments de la médecine conventionnelle, les thérapeutiques des médecines complémentaires et intégratives sont des médecines écologiques et n’ont aucun effet délétère sur l’environnement. Elles permettent, de plus, de réduire la surconsommation de médicaments.

Pour les patients que nous sommes, usagers des médecines complémentaires et intégratives : journalistes, avocats, médecins et praticiens de santé, ouvriers, artistes, enseignants, salariés de tous bords, étudiants, retraités, faire entendre notre voix est devenu une urgence de santé publique.

D’abord parce que derrière ce débat, il y a nos expériences individuelles, trop souvent passées sous silence. Ensuite, parce que les critiques à l’égard de ces médecines sont souvent fallacieuses et ne correspondent pas à ce que nous vivons en tant que patients.

Un jour, il a été diagnostiqué, à nous-mêmes ou à nos proches, un cancer, une maladie auto-immune, une maladie chronique grave, incurable. Notre espérance de vie a été évaluée à quelques mois, quelques années. Certains d’entre nous ont même été découragés d’avoir des enfants, d’entreprendre des voyages, d’exercer telle ou telle profession… Nous avons refusé la perspective d’un avenir sans projets de vie et avons fait appel à l’homéopathie ou à la médecine anthroposophique en complément des traitements conventionnels. Beaucoup d’entre nous ont ainsi pu fonder une famille, concrétiser leurs aspirations professionnelles, conserver leur qualité de vie, dans la dignité. 

En cas de cancer notamment, ces médecines complémentaires et intégratives nous ont permis de mieux supporter les traitements lourds. De manière générale, ces médecines rendent d’importants services au système de soins, tant en prévention qu’en traitement des pathologies. Elles participent à la baisse de l’antibiorésistance et à la diminution de la consommation de psychotropes, de corticoïdes et d’anti-inflammatoires. Elles offrent des solutions aux patients fragiles (femmes enceintes, enfants en bas âge et personnes âgées) ainsi qu’en cas d’absence de propositions thérapeutiques conventionnelles. 

Ces médecines ne nous considèrent pas comme de simples machines à réparer. Elles ne se concentrent pas uniquement sur la maladie mais prennent en compte toute notre individualité. Avec ces médecines, nous devenons co-acteurs de notre santé et de nos traitements.

Nous ne sommes pas crédules, ni désespérés, ni miraculés. Nous sommes des patients informés qui voulons mettre toutes les chances de notre côté pour promouvoir ou recouvrer notre santé.

Les traitements dont nous parlons ne sont pas de simples remèdes de grand-mère. Il s’agit de thérapeutiques éprouvées et évaluées. La médecine anthroposophique, notamment, a fait l’objet de nombreuses études dont certaines publiées dans des revues scientifiques de renom. Notre texte intitulé « Non à l’exclusion des médecines complémentaires : le cri d’alarme de 534 patients », accessible sur le site de pétitions en ligne change.org (LIEN VERS LA PETITION), documente, références scientifiques à l’appui, le caractère indispensable des médecines complémentaires et intégratives dans notre système de santé.

Nous sommes très étonnés du dénigrement médiatique que subit la médecine anthroposophique (https://livre-blanc-medecine-anthroposophique.fr/) et qui conduit à une véritable désinformation. Nous avons été choqués de voir que, même dans les médias du service public, beaucoup de mensonges sont relayés, manifestement sans aucune vérification. La médecine anthroposophique est présentée comme une secte alors même qu’un jugement définitif a expressément ordonné son retrait du guide Santé et dérives sectaires de la Miviludes[1]. Elle est également régulièrement accusée à tort d’être anti-vaccin alors qu’elle considère la vaccination parmi les mesures préventives indispensables à la bonne santé.                                                                                           

Les médecines complémentaires et intégratives doivent rester un droit pour tous et ne pas devenir un luxe. Comme nous, chaque malade en France, riche ou pauvre, doit pouvoir accéder librement aux médecines complémentaires et intégratives de son choix. Et cela passe par le maintien du remboursement des traitements homéopathiques, dont, rappelons-le, le coût est minime pour la collectivité (environ 0,69% du budget de l’Assurance maladie) et le bénéfice majeur pour notre santé.

Signataires :

Hasna Louzé, avocate

Anja Vogel, journaliste

Françoise Schöller, journaliste réalisatrice

Georges Yoram Federmann, psychiatre

Robert Kempenich, médecin

Jacques Kopferschmitt, professeur émérite de la faculté de médecine de Strasbourg

Laurent Hincker, avocat

David Mardell, ancien haut fonctionnaire du Conseil de l’Europe

Yolaine Huet, secrétaire médicale

Clairette Huet, retraitée

Nathan Lewkowicz

Els Janssens, neurologue

Olivier Hubaud, médecin

Lucien Oulahbib, sociologue, politiste, auteur littéraire

Jean-Lionel Bagot, médecin

Charles Bentz, médecin

Marie-Laure Batard, dermatologue

Benoît Mullenbach, chef de projet

Patrick Depoers, médecin

Julien Eschermann,médecin

Hervé Barbeau, masseur kinésithérapeute

Thierry Pick, conférencier

Nathalie Stevens, pharmacienne

Christian Latriche, médecin

Patrick Aufrère, médecin

Edelmann Claudine, infirmière retraitée

Hernando Salcedo Fidalgo, médecin

Alain Roy, professeur émérite de l'Université

Samia Khennous, avocate

Justine Perez, étudiante éducatrice spécialisée

Ken Bruno, assistant d’édition

Claudine Laurent, secrétaire

Bernard Perez, responsable d’exploitation

Meryem Fechtane, assistante de langues

Cécile Karner, étudiante

Paul Gaillard, comédien

Hélène Morelli, comédienne

Georgette Dupont, retraitée

Thomas Mardell, comédien

Fadma Abouali, retraitée

Mohamed Louze, retraité

Arnaud Angibeaud, mécanicien

Maryse Messelis, enseignante retraitée

Michel Messelis, urbaniste retraité

Noïka Paradis, danseuse

Lyz Friedrich

Andréa-Iris Petit-Friedrich

Fabien Allait, assistant parlementaire

Charles Cohen, médecin

Barbara Johnson-Ferguson, traductrice

Franck Ledoux, médecin

Souad El Massnaoui, enseignante

Khaled Louze, ingénieur

Grégory Thuan Dit Dieudonne, avocat

Raymond Oster, retraité - ancien producteur à France 3 Alsace et Radio France

Alain Dreval, médecin spécialiste en gynécologie-obstétrique retraité

Tiffany Biet-Johnson, avocate

Déborah Diallo, avocate

Sophia Kugel, manipulatrice radio

Petra Kunze, ophtalmologue

Aurélie Choné, Maîtresse de conférences

[1] Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires

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