La maison de l'Ermitage, une maison de l'écriture pas comme les autres...

Je reviens d'un havre de paix. J'y ai passé une semaine. C'est une grande maison de bois, sur les rives de l'Orbe, à Bédarieux, dans l'Hérault, accueillante et chaleureuse, humaine, si ce simple mot a encore une once de signification dans ce monde déshumanisé, lorsqu'on ne sait plus ouvrir les bras à l'autre, l'écouter, se taire, l'écouter, lui dire que l'on a entendu....

Je reviens d'un havre de paix. J'y ai passé une semaine. J'y ai tout oublié pour ne me concentrer que sur moi-même. C'est une grande maison de bois, construite par des mains d'artisans artistes, sur les rives de l'Orbe, à Bédarieux, dans l'Hérault, accueillante et chaleureuse, humaine, si ce simple mot a encore une once de signification dans ce monde déshumanisé, lorsqu'on ne sait plus ouvrir les bras à l'autre, l'écouter, se taire, l'écouter, lui dire que l'on a entendu, sinon compris, le verbe dans sa chair, celui qui jaillit des tripes, car c'est bien à cette source charnelle, archaïque, pulsionnelle que peut naître l'écriture, en tous les cas, une forme de narration qui parle de l'humanité, dans sa splendeur et sa détresse, parfois sa cruauté ordinaire, à travers l'écriture de soi.

Les hôtes de cette maison, Virginie Lou-Nony et Joseph Périgot, l'ont voulu ainsi: on y écrit, on y cherche et on y trouve son chemin d'écriture, parfois tortueux, semé d'embûches, d'auto-censure, de sotte retenue et entre les lignes et les mots, ce silence qui s'épaissit, qui en dira tout autant sur les maux tus que les mots énoncés. L'ellipse. On ne fait pas qu'y écrire: on y mange (et bien, très bien même, la cuisine préparée par notre hôte, Joseph), on y boit, on y rit aussi, on y partage un peu de notre empathie, de notre écoute, de notre bienveillance, on y lie amitié. On se devine dans un regard, dans un sourire, mais pas n'importe lequel, pas un sourire de convenance, dans un silence, une main en appui sur un bras, une épaule. Parfois, des larmes, sans cri, ni rage, ni haine. Juste quelques larmes vite essuyées.

Pour avoir pérégriné dans plusieurs ateliers ou stages d'écriture, je m'incline devant ce qui s'impose à moi comme une évidence: le stage d'écriture en résidence de Virginie ne ressemble à nul autre. Il est unique. Parce que Virginie est unique. Parce que sa culture littéraire, qui n'est pas que culture, mais expérience, est unique. Parce que sa compréhension de l'autre est unique. Parce qu'elle a un don unique pour l'accompagner sur son chemin d'écriture. Parce que son écriture à elle (elle est éditée chez Actes Sud), non reconnue à sa valeur mais peu importe, est unique. J'ai lu tous ses romans, dans le désordre, au fil de mes tentations du moment, après être tombée, par hasard, en consultant un jour le site d'Actes Sud, sur les premières lignes de son roman "Guerre froide": un coup de poing dans les viscères. Pétrifiée. Je les ai lus tous et j'attends, avec impatience, le prochain, elle nous a confié en être à... sa treizième écriture. Elle n'époussette pas. Elle vire. Elle a jeté toutes les précédentes. Virginie est une exploratrice de la narration. Elle ne s'assied pas sur des conventions ou des recettes littéraires, celles qui "marchent". Elle ne se demande pas si ce qu'elle écrit va séduire un large public. Elle écrit avec ses tripes. Et superbement. Sans concession aucune.

Je n'ai pas la prétention d'être cultivée en littérature, en histoire ou dans le domaine des arts. J'ai butiné et je continue de butiner, quand j'ai le temps, quand je ne suis pas trop épuisée ou... paresseuse. Je mesure modestement l'immensité de mon ignorance devant tous les livres que je n'ai pas lus et que je ne lirai pas, n'ayant pas assez d'une vie pour m'y consacrer, toutes les oeuvres vivantes que je ne verrai pas, les peintres que je connais peu et ceux que je ne connais pas et ne connaîtrai pas. Je suis une inculte seule et solitaire qui butine et parfois qui peint, qui écrit comme cela lui vient.

Je voudrais simplement pouvoir vivre dans un havre de paix, loin des vacarmes du monde, de sa bêtise, de ses déchirements, de ses guerres et de ses tueries, toutes ses tueries, sans exception. Je n'en épargne aucune, car aucune n'a plus d'importance qu'une autre, que serais-je pour le prétendre?

Oui, ma chère Virginie, tu as raison de penser et de dire que notre monde est faux dans ses simulacres de certitudes, d'expositions et de représentations obscènes. C'est une construction d'idéologies mensongères qui fait des ravages, tu as raison de vouloir l'écrire et dire encore qu'il nous faut chercher des chemins de traverse pour pouvoir y vivre (autrement qu'y survivre) avec décence et sans concession pour sa violence, sa haine, sa tyrannie marchande et cannibalique, son pouvoir de destruction. Un monde mortifère qui nous oblige à en inventer un autre, avec d'autres mains généreuses et solidaires, à toute petite échelle, en sacrifiant un peu nos médiocres narcissismes égocentriques et auto-centrés dans la plainte que nous aimons tant à cultiver, en soignant notre vrai narcissisme, la colonne vertébrale de notre être. Merci à toi.

 

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