L'écriture des "marges": "Les Buissonnières", janvier 2018

Les marges... ces territoires informes, hors du temps, sans géographie connue, sans bornes ni frontières officielles...

Les marges... ces territoires informes, hors du temps, sans géographie connue, sans bornes ni frontières officielles...

Les marges s'étendent dans un au-delà de notre cécité, bien au-delà des enceintes invisibles que nous dressons pour nous abriter...

Des poussières grises d'humanité hantent le décor insalubre, flottent dans l'air saturé de froid et de pluie, parmi les décombres, les détritus, les arbres morts. Indifférence. Parfois, les hurlements de la colère. Résistances. Insoumissions.

Une invitation infra à écouter des textes qui nous en parlent.

J'ai préparé, en partie, cette émission mensuelle des "Buissonnières", dédiée à la lecture de textes non édités, pour la Radio Pays d'Hérault, avec l'écrivaine, Virginie Lou-Nony. Je devais participer à son enregistrement. Une chute malencontreuse. Une côte fêlée. Je ne pouvais plus venir à la date prévue. Remplacée illico presto, au pied levé. L'émission a emprunté une autre voie et d'autres voix et moi, je suis restée (un peu) en marge, sur le bord de la route. Je vous fais partager sa version finale, telle que je l'ai découverte en replay, ce matin.

Une rectification: le poète, Philippe Mollaret, n'est pas originaire d'Avignon, mais de Marseille.

Un autre texte que Philippe m'avait confié, n'a pu être retenu, mais il m'avait adressé sa présentation, en partie autobiographique, qu'il souhaitait être lue, et que je publie ici, avec son autorisation:

«Ce poème est faussement naïf (...) Le lecteur ou l’auditeur le croit banal parce qu’il est écrit de façon enfantine, mais ce qu’il faut savoir, c’est que tous les enfants sont à la fois des  poètes et des philosophes. Stéphane Mallarmé a écrit : « On veut faire abdiquer aux enfants leur extase ». La vie n’est, par voie de conséquence, pas un long fleuve tranquille ! Moi-même, qui fus un enfant de la DDASS, où dans le centre de redressement « La Belle Étoile », à Mercury  en Savoie, j’ai subi des sévices et de la torture, j’en sais quelque chose de ce que ce que c’est d’être amputé d’enfance. Dans ce poème, je me réinvente donc une enfance, mais tout en sachant que la mort rôde, et que le flux existentiel, qui tel un fleuve, mène à la mort, comme tous les cours d’eau finissent par rejoindre l’océan… Dans ce petit poème, j’exprime donc ma propre souffrance qui un beau jour a rejoint la souffrance d’une petite fille de douze ans, atteinte d’une maladie génétique, très grave, et tous les dimanches, elle demandait à sa mère : "Maman, lis-moi grand-mère faisait des confitures".»

 

LE LIEN DE LÉMISSION:

 

September 24, 1959, New York, NY

 

 

https://www.rphfm.org/les-buissonnieres-marges/

Les Buissonnières - Marges

EN DIRECT LE MARDI 9 JANVIER À 10H REDIFFUSION LE SAMEDI 13 À 10H L'émission

 

rphfm.org

Une ou deux choses encore, en marge de l'émission enregistrée:

"Les feuilles mortes se ramassent à la pelle..."

"Je me regarde dans la glace et ne me reconnais plus: une étrangère me regarde. Les yeux hagards. La peau blême. Le crâne lisse. T'inquiète, ça repousse, qu'ils disent. Dans un an? Dans deux ans? Où serai-je? Dans un an? Dans deux ans? Ou ne serai-je plus? Je me cogne la tête contre une vitre opaque. Le givre qui la recouvre obstrue le paysage. Je ne vois rien au dehors, mais je devine la grisaille du ciel qui a enseveli la terre douloureuse dans un grand linceul de poussière et de feuilles mortes."  

Et pour finir, m'est revenue La complainte de cet autre poète des marges, maudit et incarcéré, Rutebeuf:

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

  Rutebeuf (1230-1285)
Adaptation en Français moderne
de la Griesche d'Hiver.

 

 

 

 

 

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