Un roman en friche

Voici les premières lignes d'un roman en reconstruction. Merci à Grain de m'avoir suggéré, à son insu, de les publier ici (celles-ci, elle ne les a pas lues, je crois...). Curieuse de savoir ce que vous en pensez et quelle suite elles vous inspireraient...

                                                                     26 juin 2008

 

Je suis la fille de personne, la fille que personne n’a désirée, ni mise au monde. Je suis morte avant même que d’être née. Je suis Juliette, une fille de rien. Je regarde les choses qui remuent et s’agitent au dehors et se meurent, la pluie qui cogne. Je suis une femme déracinée, et mon corps flotte au-dessus des ombres, au-dessus des tombes.

 

 

 

 

 

 

        

        

                                                                12 janvier 1981

 

Ce matin, Bigoudis, la chatte de Cécile, a mis à bas ses petits dans l’abri du jardin. Je suis allée les voir. Six pelotes de poils mêlées, encore gluantes dans l’enveloppe déchirée, se blottissaient sous le ventre tiède de leur mère. J’en ai soulevé une, je l’ai tenue dans la paume de ma main et j’ai resserré les doigts sur la petite boule, encore humide et palpitante. Je crois que j’ai senti sa chaleur se diffuser sous ma peau, un léger craquement des os, la résistance ténue des muscles à la pression. J’ai entendu un chuintement, comme un froissement d’air étouffé. J’ai relâché le corps inerte, son minuscule minois fendu par deux yeux clos. Un liquide sombre et visqueux a moussé sur son museau, que la mère, inconsciente, a léché, lissant ensuite le pelage de la pointe râpeuse de sa langue. Je suis rentrée, j’avais froid.

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