Aux héros inconnus: 1944

Une amie, retraitée de l'Éducation Nationale, m'a remis, hier soir, deux lettres, qui datent de juillet et août 1944. L'une d'elles a été rédigée par son père, le Commissaire de Police de la ville de DENAIN, François CODOL, lequel prévenait les Juifs, les communistes et tout opposant actif au régime de Pétain, de leur arrestation prochaine.

Une amie, retraitée de l'Éducation Nationale, m'a remis, hier soir, deux lettres, qui datent de juillet et août 1944. L'une d'elles a été rédigée par son père, le Commissaire de Police de la ville de DENAIN, François CODOL, lequel prévenait les Juifs, les communistes et tout opposant actif au régime de Pétain, de leur arrestation prochaine, tandis que quatre de ses fonctionnaires subalternes, Officier de Paix, Inspecteurs et secrétaire stagiaire, leur procuraient de faux papiers d'identité, afin d'échapper aux milices. Parmi ces quatre héros anonymes, l'officier Paul Elie CASANOVA, arrêté et fusillé en août 44, sans avoir dénoncé, sous la torture, leur supérieur, qui a pu ainsi échapper à une arrestation, a rédigé la seconde, avant son exécution, qu'il avait envoyée au Commissaire de Police François CODOL.

Avec l'autorisation de cette amie, je me permets de rendre publiques ces deux lettres, qu'elle a précieusement conservées:

 

                                                                                                                                              

 

 

                                                                                                                                                                               Denain, le 22 juillet 1944

                            Le Commissaire de Police de la ville de DENAIN

                              À Monsieur le COMMISSAIRE PRINCIPAL

                                           Chef de District de Police

                                                 VALENCIENNES

Objet:

Arrestations de fonctionnaires de Police

 

 

          Comme suite à mes précédentes communications, j'ai l'honneur de rendre compte des faits suivants:

          Le 21 juillet 1944, vers 4 heures, des Officiers et soldats allemands ont pénétré, après les avoir cernés, dans les locaux du Commissariat de DENAIN. Après avoir consigné tout le personnel présent, ils se sont fait conduire au domicile de l'Officier de Paix: CASANOVA, Paul, Elie, 25 Boulevard Caraman qu'ils ont trouvé dans sa chambre. Ils ont procédé à, son arrestation et l'ont emmené après lui avoir passé les menottes.


         Pendant le même temps, un autre groupe de militaires s'est présenté au domicile de l'Inspecteur de Police Régionale d'État, NOIRBENT Marcel, N°46 rue Ludovic Trarieux. Cet Inspecteur qui se trouvait chez lui, a réussi à prendre la fuite. Un de ses collègues, l'inspecteur BRANS André, et le Secrétaire Stagiaire VINCENT André qui, étant délibataires, se partageaient une chambre dans la même maison, se sont enfuis avec lui. Mme NOIRBENT qui aurait été mollestée, a été arrêtée.

        D'autres personnes, une douzaine environ, dont au moins six de DENAIN, se trouvaient dans la camionnette qui a emmené l'Officier de Paix CASANOVA. Cette camionnette contenait quelques armes et munitions (mitraillettes, lance-grenades, petits obus) qui avaient été saisis dans le garage privé d'un nommé GARIN Roger pâtissier demeurant rue de Villars à Denain, lequel a été également arrêté. J'ignore toutefois s'il y a corrélation entre la découverte de ce dépôt d'armes et la mesure prise contre l'Officier de Paix CASANOVA et l'inspecteur NOIRBENT. aucun détail ne m'a été donné par l'Officier dirigeant cette opération de police. Il m'a seulement demandé de prendre note de l'arrestation de M. CASANOVA. Je présume que cet Officier de Paix et les autres personnes arrêtées ont été conduites à DOUAI. Les voitures venaient de cette direction et sont reparties du même côté, de plus les militaires qui les occupaient ne paraissaient pas appartenir à un service répressif allemand de la région de VALENCIENNES.

      M. CASANOVA, les Inspecteurs NOIRBENT et BRAS, le Secrétaire VINCENT étaient tous de bons éléments, sérieux dans leur travail et disciplinés. Ils étaient très estimés de leur subordonnés et collègues ainsi que de la population qui a appris avec émotion ces évènements et les a commentés avec une certaine passion.

 

                                                                                                                                                    Le Commissaire de Police

                                                                                                                                                            signé: CODOL

 

 

                                                                                                                                       

 

                                                                                                                                                                                               1008, le 7 AOÛT 1944

                                                                                                                   

                                                                                                                                                                                                                      16 H.

La dernière lettre.

 

 

             Monsieur le Commissaire,

 

             Je vous compte parmi mes meilleurs amis,

            Je dois être fusillé dans quelques instants. En fumant la dernière cigarette, j'écris ces quelques lignes que vous voudrez bien transmettre à ma famille, dès que vous le pourrez.

          Adressez cette lettre à Mr le Capitaine CASANOVA - La Tour - SOLLACARO (Corse) -

         Adieu, pensez à moi - Vive la France.

                    (signé) CASANOVA P.E.

 


         Papa et Maman chéris,

 

            Je vais mourir tout à l'heure. J'espère avoir suffisamment de courage pour bien le faire. Je tacherai de mourir en Chrétien et en Français. Je n'emporte que le regret de ne pas avoir revu mon beau pays, son ciel radieux et sa lumière éclatante. Je regrette aussi de n'avoir pas pu vous presser sur mon coeur une dernière fois, vous, et tous ceux que j'aime.

          J'ai été arrêté le 21 juillet 1944, à 5 heures du matin. Depuis je n'ai pas trop souffert. J'ai toujours eu lespoir d'en sortir, à la grâce de Dieu.

         Dites à François que je lui cède ma place. Donnez lui ma bague.

        Le Commissaire de Police de DENAiN vous donnera tous les détails que vous voudrez, ainsi que ma logeuse, Mme CAPELLE, 88 Boulevard Caraman à DENAIN. Le Docteur VAINCOURT, de Denain, pourra aussi vous parler de moi. Ma dernière pensée sera pour vous, pour la Corse et pour la France.

       Adieu, que Dieu aie pitié de moi. Soyez heureux. Vive la Corse. Vive la France.

 

                                                                                                                            Votre fils qui vous aime,

                                                                                                                                         ELIE.

 

 

           
                             En août 44, le Commissaire de Police, François CODOL, assistait aux obsèques de l'Officier de Paix, Paul-Elie CASANOVA.

 

                                                            

   

              À sa mémoire. À leur mémoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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