Les amoureux de la musique du Monde, comme on l'appelle, pleurent Miriam Makeba, morte le 10 novembre en Italie après un concert de soutien à l'écrivain Roberto Saviano menacé de mort par la Camorra après la sortie du film "Ghomorra" ultime témoignage de son combat incessant pour les droits de l'homme.
Miriam Makeba, née en 1932 à Johannesbourg, devient à 20 ans une star des "townships" et commence à dénoncer l'apartheid. En 1956, elle écrit ce qui deviendra son plus grand succès : Pata Pata. Peu d'années plus tard, contrainte à l'exil, elle inaugure une carrière internationale aux Etats-Unis sous les auspices de Harry Belafonte avec qui elle enregistre un disque en 1960.
" ... Quand Makeba chante ou parle dans sa langue maternelle, le Xosa, le staccato expressif de ses cliquetis sonne comme un bouchon de champagne saute..."
Elle ne retourne dans son pays qu'avec la libération de Nelson Mandela au début des années 1990. Entre temps, son mariage avec le leader des Black Panthers lui vaudra un nouvel exil vers la très musicale dictature de Sekou Touré, en Guinée. Elle sillonnera ensuite le monde, surtout après sa "redécouverte" par Paul Simon en 1985 et son célèbrissime album "world" Graceland.
A dix jours d'intervalle, la "Mama Africa" comme on l'a surnommée avec un mélange de déférence et de familiarité rejoint au paradis des voix divines la Castafiore péruvienne de dix ans son aînée, la descendante reconnue du dernier empereur Inca défait par les Espagnols de Francesco Pizarro en 1533, le Rossignol Macchupichien dont la voix s'étend sur près de cinq octaves : Yma Sumac.
Tout semble séparer la voix souvent douce, parfois rugueuse de la chanteuse Xosa qui a su emprunter au registre du négro-spiritual américain sans en retenir le "clinquant" émotionnel, et les vocalises sophistiquées, les gestes empruntés, les postures baroques de la diva de l'Altiplano. Pourtant, elles se rejoignent dans leur audace de lancer des ponts entre les cultures. Entre la chanteuse de cabaret jazz qui se rappelle les chants traditionnels du bush (Amampondo) et les prises de vue hollywoodiennes dans un Machu Picchu de carton pâte, un sentiment de nostalgie m'envahit en pensant que, chacune à leur manière, elles ont cherché à dépasser "l'authenticité" qui semble vouloir régir la musique du monde actuelle .