Et le devoir de réserve, Mr Rodolphe Burger?

CLIP ENSEMBLE RODOLPHE BURGER © brucker florian
CLIP ENSEMBLE RODOLPHE BURGER © brucker florian

Il y a deux semaines, la polémique battait son plein : Eric Raoult, député et maire du Raincy, réclamait à la romancière Marie Ndiaye de s'en tenir à un "devoir de réserve" eu égard à son prix Goncourt. Il se fendait d'une question écrite au Ministre de la Culture apportant ainsi aux sceptiques de tous poils la démonstration du véritable retour du Parlement dans le débat politique avec la réforme constitutionnelle de l'année passée. Il était soutenu par quelques rares courageux face à l'anomie du politiquement correct. Ainsi le député Jacques Myard suggérait que la lauréate du plus fameux prix français de littérature "peut bien se vautrer dans la fange berlinoise", maintenant qu'elle y a choisi l'exil. Enfin un homme public qui rompt avec l'irénisme fade d'une amitié franco allemande d'ailleurs en perte de vitesse et renoue avec la bonne vieille tradition de la rhétorique anti-boche.

 

Il est tout de même temps de dénoncer cette chienlit culturelle, non?

 

Et je tiens à apporter mon écot à ce juste combat, en signalant cette chanson "Ensemble" issue du nouvel album "No Sport" de Rodolphe Burger (2009). On a raison de se méfier d'un Alsacien qui flirte avec un Breton chanteur de Gwerz, Erik Marchand, qui fricote lui-même avec des musiciens des Balkans. Tout ceci est extrêmement suspect et mériterait d'être posé comme cas d'école lors des rencontres programmées dans le cadre des assises de l'identité nationale. A son passif on ne manquera pas d'ajouter son rôle d'ancien leader d'un groupe de rock expérimental créé au milieu des années 1980 : Kat Onoma, autrement dit en grec "comme son nom l'indique". Encore un qui barguigne avec l'identité.

 

Ethics of Love / Rodolphe Burger & Erik Marchand - Before Bach (2004)

Ecoutez donc cette chanson "Ethics of love", et vous bénéficierez en plus des pochoirs subversifs de Miss Tic déposés sur le Web par un anonyme contributeur que je remercie. Sur des paroles de la philosophe américaine Avital Ronell, disciple de Jacques Derrida, au chant caverneux de Burger répond la voix de tête de Marchand dans une sorte de "Kan ha diskan" d'un rock expérimental, tandis que les volutes d'un oud s'enroulent autour de la guitare granuleuse de l'ancien leader de Kat Onoma.

A propos, Avital Ronell a écrit un livre sur la stupidité. Elle défend l'idée que la stupidité n'est pas l'autre de la pensée... mais qu'il convient d'être du bon côté de la bêtise. A méditer face à la situation actuelle. Et à retrouver sur le net ou dans American Philo (Stock, 2006) un livre d'entretiens qui m'a bien intéressé par sa capacité à croiser philosophie et littérature.

 

Entretien avec Avital Ronell

 

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