Mr Hollande, . . Est ce la meilleure manière de privatiser l'éducation ?

 

 Vos choix politiques et la composition de votre cabinet vous montrent aujourd'hui sous votre vrai jour. 

Je ne vais pas vous jeter la pierre. Au moins vous ne semblez pas aussi corrompu que d'autres. C'est pourquoi, j'ai voté, à contre coeur, pour vous. Donc, vous ne m'avez pas encore déçu, j'attendais, seulement, un peu moins de corruption dans les affaires de la république (juste un peu moins, ne soyons pas naïfs). 

Je ne parlerai pas de la Radio Publique, où la privatisation lente et masquée a du mal à être accepté. Je parlerai d'éducation car on pourrait faire mieux là aussi. 

Aujourd'hui, il n'est pas difficile de démontrer que vous suivez les recommandations que l'OCDE donne pour privatiser le service public d'éducation.

En effet, vous avez continué à diminuer les dépenses de fonctionnement sans une réorganisation acceptable du système. Ainsi :

  • Après une période d'un an où il a fallu faire semblant, vous avez poursuivi, comme les gouvernements précédents le gel du point d'indice.
     
  • Vous avez engagé une reforme du collège, qui n'est qu'une copie conforme de celle ratée du Lycée (de votre prédécesseur) et dont le principal objectif (malgré tous les discours) est la diminution du volume horaire.
     
  • La formation des enseignants et la formation continue tout court deviennent peu à peu inexistantes. 

Ces mesures, et d'autres plus locales, ont pour conséquence de dégrader la situation déjà très tendue du système éducatif public. Elles vont accélérer le flux des élèves vers le privé. 

Or dans une brochure intitulée "Faisabilité des politiques d'ajustement" et édité par l'OCDE on lit :  

"Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse.

On voit bien que ce sont ces conseils qui inspirent votre politique. Et nous savons que ce sont, justement, ces recommandations qui, appliquées avec constance, ont conduit dans d'autres pays les politiques de privatisation de leurs systèmes d'éducation. Tout a été fait de manière sournoise. Les politiques d'austérité ont mis les systèmes publics dans une situation de plus en plus difficile. Elles ont poussé les familles à éviter de plus en plus les institutions publiques. Ceci a fait le bonheur des institutions privés et en deux décennies au plus, le tour a été joué. On n'a jamais parlé de privatisation mais ce fut en effet une. . . . . CQFD !

Aujourd'hui le système public, de ces pays, s'occupe mal des catégories les plus démunies. Et même dans cette population on fuit vers l'enseignement privé dès qu'on le peut (souvent vers des institutions religieuses très conservatrices qui font ainsi du prosélytisme). 

Pour justifier ces mesures, dans ces pays (comme ici, depuis quelques années) on utilisa la "dette publique". Il est vrai que le faible nombre de gens qui comprennent quelque chose au mécanisme de la création monétaire donne un "argument" en or.  Vous ne pouvez pas dénoncer cette farce, non !  En bon liberal cette farce vous est utile comme elle l'a été à vos prédécesseurs. Pourquoi ne pas profiter de l'ignorance du plus grand nombre ? 

Malheureusement dans les exemples que je connais, cette privatisation n'a pas amélioré le niveau des élèves. Les dépenses en éducation des familles n'ont pas diminué, non plus. C’est le contraire qui s'est produit dans les deux cas.

En revanche, dans ces pays on observe, aujourd'hui, que :

  • Les différentes confessions religieuses ont pu regagner du terrain dans un domaine où ils avaient perdu de l'influence. Cela ne serait pas mauvais en soit si elles n'avaient pas tendance à utiliser leur public pour gagner de l'influence politique lors des débats de société. (heureusement ce n'est pas le cas de toutes)
     
  • Des multiples sectes ont pu fonder des écoles destinées à prendre en charge les plus démunis. Ceci a permit à ces dernières d'endoctriner et utiliser politiquement leur public. J'appelle ça "acheter des consciences" (la charité religieuse est souvent un achat de consciences déguisé, une manière efficace de faire du prosélytisme).
     
  • Le niveau de vie des enseignants s'est très fortement dégradé (sauf pour la minorité d'entre eux qui a pu faire partie de certaines institutions pour l'élite politique, économique et financière)  Cela a un fort impact sur la qualité de l'enseignement. 
     
  • Dans les pays où ces "reformes structurelles" sont les plus "avancées" (le Mexique) le système des retraites des enseignants disparaît peu à peu. Ainsi, au bout de leur carrière, les enseignants reçoivent une somme (très insuffisante) avec laquelle ils doivent se débrouiller jusqu'à la fin de leurs jours. Elle est insuffisante mais cela fera l'affaire des hedge funds et d'autres organismes du même genre.  

Vous voulez privatiser l’éducation ? . .  Soit !

Mais il faudrait avoir l’honnêteté de constater que la voie choisie par votre gouvernement et ceux qui vous ont précédé n'est pas la meilleure.

En effet, en procédant de la sorte, vous dégradez le niveau des élèves et, une fois la privatisation achevé, celui-ci ne remonte pas. Comme on le constate dans les pays qui ont suivi ce chemin. Le simple marché "libre" ne regle pas tout. Qui l'aurait dit ?

S’il y avait un débat, les partisans de la privatisation pourraient, éventuellement, convaincre les Français. Peut être il y a, de par le vaste monde, des privatisations, du système éducatif,  "réussies". (Qu'est ce que c'est une privatisation "réussie" ? Qui doit "gagner plus" pour qu'on puisse parler de "réussite" ? ). 

Enfin, il me faut quand même admettre que dans les exemples que je connais (USA et Mexique voir liens ci dessous), la réussite de ces privatisations se situe au niveau des bonnes affaires que les "industriels de l'éducation" et quelques sectes font sur le dos des classes populaires et moyennes. Mais ni le niveau scolaire du plus grand nombre ni le coût de ces systèmes pour leurs sociétés peuvent être vus comme des succès. 

Je tiens à ajouter, aussi, que les cas de privatisation, dont j'ai été témoin, se sont faites avec l'aide précieuse des enseignants eux mêmes. Eux (avec les classes moyennes) ont été les grands perdants du processus, mais jamais, ils n'ont compris le rôle qu'ils jouaient dans la pièce dont ils étaient acteurs et victimes. Ils l'ont joué simple et ingénument, avec la tête pleine d'idées candides, désuètes. Et c'est justement pour cela qu'ils n'ont pas pu réagir à temps. Vous pourrez toujours compter avec leur naïveté ! Ce ne sont pas eux qui vous poseront problème, au contraire. Les prises de position et modes d'action de leurs syndicats sont tellement prévisibles . . . . 

Voilà ! Tout se présente sous son meilleur jour pour vos projets.

Néanmoins, je pense que vous devriez organiser un débat franc sur cette question. Il faudrait que nous sachions s'il y a des privatisations "réussies".  S'il y en a, il nous faut savoir comment elles ont été conduites. Nous ne sommes pas obligés à reproduire les erreurs des autres. 

Mr Hollande, vos anciens soutiens, méritent un peu plus de respect de votre part, ne suivez l'exemple de De Gaulle avec les Pieds noirs. Montrez les raisons qui vous poussent à les trahir. 

Vous et vos prédécesseurs avez décidé d’induire volontairement la faillite d’un système pour le pousser vers sa privatisation. Cela provoque déjà les mêmes graves problèmes dans lesquelles d’autres pays se débattent aujourd’hui. L’histoire des privatisations « soi-disant réussies » du XX siècle devrait vous mettre en garde contre le chemin suivi.  

Organisez un débat sur la privatisation du système éducatif et des services publics. N'avancez pas masqué. Quelque chose de si important, ne peut être fait dans le dos des Français. Nous le paierions trop cher.

Quelques liens :

  1. Privatiser l'école en France? Pas tout à fait une fiction  Louise Tourret dans Slate.fr
  2. Faudra-t-il en passer par une privatisation de l'école pour réussir à la sauver ?  Éric Verhaeghe dans Atlantico
  3. En route vers la privatisation de l'éducation nationale ? Blog LeBonDosage dans Overblog
  4. Privatiser l’école  Michel de Poncins dans le site libéral Contrepoints
  5. Comment faire passer en douce la privatisation de l’école publique... Sud Education.
  6. La discreta privatización de la educación pública par Guntars Catlaks Universidad Nacional Autónoma de México
  7. Privatización encubierta en la educación pública.pdf Joan Mayans (sur une étude faite par Stephen J. Ball y Deborah Youdell Instituto de Educación, Universidad de Londres)
  8. 4 ways privatization is ruining our education system par Paul Buchheit dans le site Salon news

 

 

 

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