Plongée dans la commission d'enquête sur la radicalisation islamiste

Commission d'enquête sur la radicalisation islamiste : l'islamophobie s'invite au Sénat. Plongée dans les auditions de la commission d'enquête du sénat sur la radicalisation islamiste. Spoiler : c'est un ramassis de délires complotistes, de théorie du grand remplacement, de paranoïa et d'islamophobie.

Lien vers le site de la commission d'enquête sur la radicalisation islamiste : http://www.senat.fr/commission/enquete/radicalisation_islamiste.html

Nous verrons à travers des morceaux choisis parmi les auditions menées par les sénateurs à quel point le délire grand-remplaciste, le complotisme, l'islamophobie, la paranoïa, sont présents à la fois chez les personnes auditionnées et chez les sénateurs de la commission d'enquête.

AUDITION DE BERNARD ROUGIER

Bernard Rougier : "Je ne suis pas passé par les préfectures, car je m'en méfiais. J'ai parlé aux préfets, et leur ai donné des extraits du livre. Certains m'ont accusé, quasiment, d'avoir produit des faux, ou de m'être appuyé sur des sources malveillantes. Je n'accepte pas cette mise en cause du travail de terrain qu'ont mené pendant trois ans mes étudiants : jouer au foot, faire de la boxe, aller dans des sandwicheries bas de gamme, rentrer à trois heures du matin..."

Quand je lis ça, je me pose des questions. De quoi il parle, au juste ?! "je me méfie des préfets" ? "je suis accusé de faux" ? "mes étudiants vont dans des sandwicheries bas de gamme" ? Apparemment les sénateurs ne se posent pas ce genre de question puisqu’aucun ne l’a interpellé pour avoir des précisions.

Bernard Rougier : "Les Frères musulmans sont à l'origine de l'Alliance citoyenne, organisatrice du happening du 21 mai à Grenoble. Cette action est sociale - nettoyer les immeubles, faire fonctionner les ascenseurs, etc. -, mais aussi religieuse."

Des musulmans qui nettoient les immeubles et font fonctionner les ascenseurs? C'est religieux ! Islam politique ! Frères musulmans !

Excellente intervention de Rachel Mazuir, sénateur de l'Ain : "L'islamisme possède également des liens avec la Turquie. [...] À Nantua, nous avons déjà connu les listes communautaires - trois élus [...] en sont issus - et je crains que le phénomène ne perdure."

Fact-checkons un peu :

Je suis allé voir la liste des conseillers municipaux de Nantua. Elle est disponible ici : https://www.nantua.fr/mairie/les-elus/

Aux élections de 2014 il n'y avait que deux listes à Nantua. 19 conseillers municipaux ont été élus.

  • La liste "Nantua change, ensemble c'est possible". Cette liste a fait 76,9%. 16 conseillers municipaux ont été élus sur cette liste.
  • La liste "Ensemble pour Nantua". Cette liste a fait 23,1%. 3 conseillers municipaux ont été élus sur cette liste : Claude MERCIER, Celil YILMAZ, Ümüs PERRONE.

Voilà. Point barre. Donc en fait, ce que le sénateur Rachel Mazuir appelle "liste communautaire", et les "trois élus qui en sont issus", c'est juste la liste d'opposition et les 3 conseillers municipaux élus sur cette liste dans la commune de Nantua.

"Le phénomène" dont le sénateur Rachel Mazuir craint "qu'il ne perdure", c'est juste l'existence d'une opposition face à la majorité au conseil municipal de Nantua, en fait.

Question de Rachel Mazuir : "Avez-vous lu le livre intitulé Ma vie à contre Coran de Djemila Benhabib, qui est un best-seller outre-Atlantique ?"

Réponse de Bernard Rougier : "Non, et pourtant j'ai lu beaucoup de livres sur le Coran..."

Je crois que tout est dit avec cette question et cette réponse. A partir du moment où tu crois que "Ma vie à contre Coran" est un livre "sur le Coran"...

AUDITION DE ALEXANDRE DEL VALLE

Pour ceux qui ne connaissent pas Alexandre del Valle, citons juste quelques propos de ce triste sire :

30 décembre 2019 : "Les censeurs islamo-gauchistes qui traitent de « fascistes-raciste-islamophobes » ceux qui dénoncent l’islamisme conquérant servent l’avancée d’un projet théocratique et totalitaire dont les principaux théoriciens ont glorifié le régime nazi et combattent sans relâche l’Occident"

25 décembre 2019 : "Je souhaite un joyeux Noël à tous les Français ! Il faut être fier du patrimoine chrétien ainsi que de nos crèches, sans cesse stigmatisées par le cosmopolitiquement correct"

On a les références qu’on peut.

Auditionné par la commission du sénat, voilà comment Alexandre del Valle définit le "totalitarisme islamiste" : Après avoir souligné que "on peut être très rigoriste dans sa pratique religieuse, mais si cela reste dans un cadre privé, cela ne gêne personne", il affirme : "En revanche, si vous voulez politiser votre religion dans un suprématisme prosélyte qui entend imposer la charia à toute l'humanité, ce n'est plus de la religion, mais du totalitarisme, avec une volonté de contrôle total de la société et l'utilisation, à un moment ou à un autre, de la terreur comme moyen de gouvernement."

Mais qui fait ça, au juste? Qui prétend "imposer la charia", "contrôler (comment?!) totalement la société", "gouverner par la terreur", au juste? De qui il parle? C'est complètement délirant.

AUDITION DE EMMANUEL RAZAVI

Emmanuel Razavi est co-auteur d’un livre avec Alexandre del Valle

Emmanuel Razavi répète le hoax sur le mot "islamophobie" prétendument "repris en 1978 par Khomeiny pour prendre en otage les intellectuels et les politiques occidentaux."

Emmanuel Razavi c’est carrément un prophète : "Je suis encore plus dur qu'Alexandre del Valle : c'est plus que du totalitarisme, c'est le nouveau nazisme. Si les politiques n'osent pas agir, on risque d'avoir d'ici quelques années en France une guerre civile ou une République islamique. C'est dit, c'est écrit."

C'est pratique ces prophéties, Si elles ne se réalisent pas on pourra toujours dire qu'on n'a pas attendu assez longtemps, mais attendez, ça va venir, « c'est dit, c'est écrit ».

Ce qui rappelle inévitablement cette Une du Figaro de 1985 qui titrait "Serons nous encore français dans 30 ans ?". Ca fait 35 ans et oui, on est encore français.

Une Figaro Une Figaro

 AUDITION DE YOUSSEF CHIHEB

Alexandre del Valle est membre du "Cf2R", "Centre Français de Recherche sur le Renseignement". Comme Youssef Chiheb, lui aussi auditionné par la commission d'enquête du Sénat.

Youssef Chiheb en mode "ils sont partout" : "Les Frères musulmans sont en train de s'installer en France. Des enquêtes menées par le Cf2R montrent qu'ils infiltrent également les corps intermédiaires. Ils sont en train d'infiltrer de grandes entreprises. Nous avons ainsi observé une soixantaine de lignes de la RATP pendant six mois. Et nous avons vu le profil type du salafiste conducteur de bus. Le vendredi, sur certaines lignes, entre 12 h 30 et 13 h 30, aucun bus ne circule, car ils sont tous en train de faire leur prière."

Bon apparemment c’est des salafistes, mais soft : ils font juste la prière du vendredi entre 12h30 et 13h30.

Youssef Chiheb : "Nous avons ainsi observé une soixantaine de lignes de la RATP pendant six mois"

Sérieusement, qu'est-ce qui se passe dans la tête d'un sénateur quand il entend ça? Moi je suis devant un type qui me dit qu'il a "observé une soixantaine de lignes de la RATP pendant six mois", j'ai des dizaines de questions à lui poser... Les sénateurs : que dalle. Pas une question.

Youssef "ils sont partout" Chiheb : "Les Frères musulmans sont aussi en train d'infiltrer les universités. Contrairement aux salafistes qui s'intéressent aux individus défavorablement connus par les services de police, les Frères musulmans s'intéressent aux bac+5."

Quand je vous dis qu'il est en mode "ils sont partout", je déconne pas. "Partout" c’est vraiment "partout" : "Au cours de nos enquêtes, nous avons vu que, lors des dernières élections présidentielles et législatives - et je serai très attentif aux élections municipales à venir - beaucoup de musulmans avaient voté pour M. Emmanuel Macron. Je le dis avec toute la responsabilité qui s'impose. Cet islam politique est en train de s'infiltrer doucement."

Voilà voilà. Beaucoup de musulmans ont voté pour Macron, c’est la preuve que les Frères Musulmans et l’islam politique s’infiltrent partout.

Aucune réaction des sénateurs. Pas une seule question de la part sur ces "enquêtes".

Youssef Chiheb encore : "Notre démocratie est menacée par plusieurs conflictualités et plusieurs radicalités. Mais celle-ci, propre à l'islam, doit être prise au sérieux. Car ce sont des gens qui travaillent sur le temps géologique. Ils ne sont pas dans une temporalité de trois à quatre ans, mais ils considèrent que la fécondité intrinsèque à la communauté musulmane est un facteur exponentiel pour la masse électorale, jusqu'au jour où ils atteindront la masse critique et pourront constituer un parti politique."

Vraiment, si on laisse des musulmans faire des gosses et constituer un parti politique, où va-t-on, j’vous l’demande.

AUDITION DE PIERRE VERMEREN

Pierre Vermeren, prof d'histoire à la Sorbonne : "Mes étudiants français d'origine maghrébine sont souvent pris à partie par des douaniers du Maghreb, qui leur demandent s'ils font le ramadan ou aux jeunes filles si elles portent le voile..."

Moi, dans ma tête : "MAIS WHAAAT? DE QUOI IL PARLE? COMMENT CA? DES DOUANIERS QUI PRENNENT A PARTIE SES ETUDIANTS? COMMENT CA SE PASSE? ET COMMENT IL LE SAIT? DONNE-NOUS DES DETAILS BORDEL !"

Les sénateurs : "…"

Même en admettant qu'un de ses élèves a fait un voyage au maghreb, et qu'un douanier lui a demandé s'il faisait le ramadan (?!), mais dans quel monde et dans quel contexte l'élève va raconter ça à son prof de fac d’histoire en rentrant ?!?!

Et surtout, dans quel monde un prof d'histoire tire de cette anecdote personnelle un enseignement général comme, je cite toujours Pierre Vermeren : "Certains États considèrent que des citoyens français sont aussi leurs citoyens, porteurs de leur nationalité."

ECHANGES DE VUES AVEC MM. ERIC DIARD ET ERIC POULLIAT, DEPUTES

Les "Échange de vues avec MM. Éric Diard et Éric Poulliat, députés" sont aussi une honte absolue. C'est du "ils sont partout" sauce musulmans.

Eric Poulliat : "À l'hôpital, nous avons surtout cherché à savoir comment on prévenait la radicalisation chez le personnel et les actes contre l'hôpital lui-même, qui constitue une cible potentielle. Très clairement, les dispositifs mis en place ne sont pas du tout à la hauteur. C'est l'agence régionale de santé qui est chargée de la détection de la radicalisation ; or elle n'a aucune visibilité sur ce qui se passe à l'hôpital. En outre, les hôpitaux, en raison de leur coeur de métier, cultivent le secret - le secret médical y est culturel. Les personnels sont peu enclins à faire remonter des renseignements sur les gens. Par ailleurs, les personnels sont habitués à travailler horizontalement. Ils règlent les problèmes en interne, au sein de leur établissement ou de leur équipe. En cas d'atteinte à la laïcité, ils s'arrangent parce que ce qui compte pour eux, c'est avant tout de soigner des gens et de sauver des vies. La détection de la radicalisation est culturellement difficile à appréhender pour ces personnels et quasiment inexistante par manque de moyens."

Voilà, apparemment à l’hôpital on ne dénonce pas assez de musulmans.

AUDITION DE ZINEB EL RHAZOUI

Je me suis bien sûr tapé l'audition de Zineb El Rhazoui C'est évidemment, comme toutes ces auditions, consternant.

Les points qui ressortent de l'audition de Zineb El Rhazoui :

1) La première partie de son exposé se voulait un récapitulatif de l'histoire des frères musulmans. Au final c'est totalement inintelligible. Ça part absolument dans tous les sens, c'est sans queue ni tête.

2) A un moment, Zineb El Rhazoui explique que Jean-Pierre Chevènement avait invité l'UOIF a faire partie de la mise en place d'une instance représentative des musulmans. Elle ouvre alors une parenthèse, et affirme : "On a un rapport sénatorial de 2015 qui fait 578 pages. A la page 87 on y lit un passage très inquiétant qui parle de 1999, Jean Pierre Chevènement était ministre de l'intérieur et je lis la mention dans le rapport : "le ministre de l'intérieur fait précéder la réflexion sur la composition et la place de l'instance représentative, reconnaissance mutuelle etc, ce texte est accepté mais au prix d'un compromis sur son contenu. La mention du droit de changer de religion est notamment retirée à la demande de l'UOIF.". En 1999 il y a eu un compromis, et même une compromission sur la liberté de conscience des français de confession musulmane auxquels l'UOIF conteste de façon très officielle le droit de changer de religion."

Que retient-on de cette phrase de Zineb El Rhazoui ? Que l'UOIF c'est les frères musulmans, qu'ils sont contre la liberté de religion, et que Jean-Pierre Chevènement s'est compromis au sujet de la liberté de conscience des français de confession musulmane.

Je me suis dit que j'allais vérifier un peu tout ça.

En fait elle parle d'un rapport rédigé par les sénateurs de la "mission d’information sur l’organisation, la place et le financement de l’Islam en France et de ses lieux de culte" en 2016. Ce rapport est disponible là : https://www.senat.fr/rap/r15-757/r15-7571.pdf

Maintenant je vais vous montrer le passage du rapport en question qu'a cité Zineb El Rhazoui. Entourée en rouge, la phrase du rapport de 2016 citée par Zineb El Rhazoui lors de son audition.

rapportelrhazoui-1

Maintenant regardez bien la phrase qui est juste en dessous de celle citée par Zineb El Rhazoui. Je l'entoure en vert :

rapportelrhazoui-2

 Je cite cette phrase : "Cependant, la réunion plénière du 28 janvier 2000 au ministère de l’Intérieur aboutit à l’adoption d’un texte intitulé « Principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les pouvoirs publics et le culte musulman en France » qui fixent les critères d’inclusion à la définition du CFCM."

Cette phrase, que Zineb El Rhazoui se garde bien de citer lors de son audition, parle d'un texte intitulé : "Principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les pouvoirs publics et le culte musulman en France".

Fort heureusement, il est disponible sur internet. Le voici : http://fondationdelislamdefrance.fr/wp-content/uploads/2017/05/Principes-et-fondements-Islam-de-France.pdf

En voici la première page. Ce texte rappelle bien le principe de liberté de religion, et notamment le droit de changer de religion.

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 Maintenant voici la liste des signataires de ce texte (c'est la dernière page du pdf) :

rapportelrhazoui-4

L'UOIF est bien signataire de ce texte qui prévoit bien la liberté de changer de religion.

Zineb El Rhazoui a donc choisi, pour appuyer sa critique de l'UOIF, de lire un paragraphe d'un rapport relatant une anecdote tout à fait invérifiable, et de passer sous silence un autre paragraphe contenant des éléments vérifiables, à savoir que l'UOIF était bien signataire d'un texte rappelant le droit de chacun à changer de religion.

Zineb El Rhazoui résume tout ça par "l'UOIF conteste de façon très officielle le droit de changer de religion."

Alors que l'UOIF a co-signé un texte dans lequel il est explicitement rappelé que toute personne a le droit de changer de religion.

C'est merveilleux. Ca s'appelle un faux témoignage.

La constante chez tous ces gens auditionnés par le sénat est la paranoïa. Ils sont persuadés que des musulmans mal intentionnés veulent prendre le pouvoir, abolir nos libertés, instaurer l'islam comme religion d'état.

Par contre ils ont un peu de mal à décider si ces musulmans liberticides antirépublicains et antidémocratiques sont les salafistes ou les frères musulmans. Mais bon, dans leur tête ils existent, c'est certain.

Et je ne parodie même pas. Pendant son audition, Zineb El Rhazoui a dit craindre "la création d'une religion d'état".

Et ce qui est formidable, c'est que tout ce qui ne va pas dans le sens de cette thèse du musulman antidémocratique, antirépublicain qui veut abolir les libertés pourra être discrédité simplement par l'accusation de "taqiya". C'est une rhétorique complotiste.

Encore une fois je ne plaisante pas :

  • L'UOIF signe un texte qui rappelle le droit de changer de religion? "Oui mais en fait ils pensent le contraire !"
  • Lors de son audition, Zineb El Rhazoui a affirmé que "des islamistes notoires invoquent la laïcité, mais c'est parce qu'ils font de la taqiya."

3) Un autre élément de l'intervention de Zineb El Rhazoui devant la commission d'enquête du sénat : existe-t-il des imams modérés? Voyons ce que Zineb El Rhazoui en dit.

Zineb El Rhazoui s'interroge sur ce qu'est un "imam modéré". Elle affirme qu'on présente souvent tel imam comme "modéré" car il a "condamné les attentats". Mais elle dit, à juste titre, que c'est quelque chose de normal de condamner les attentats.

Par contre elle ajoute que pour elle, un imam "modéré" devrait aussi "condamner les textes qu'il enseigne dans sa mosquée et qui sont les textes sur lesquels se fondent les terroristes". En somme, pour Zineb El Rhazoui, un imam modéré est un imam qui condamne le coran.

Ça a le mérite d'être clair : pour Zineb El Rhazoui il n'existe pas d'imam modéré.

Elle donne un autre exemple d'imam modéré (selon elle) : un imam modéré serait un imam qui, pendant la polémique sur le burkini, aurait rappelé qu'on peut être musulmane et porter un maillot de bain.

Un imam qui condamne les attentats, mouais, bof, d'accord, mais est-ce qu'au moins il a rappelé qu'une musulmane peut porter un maillot de bain, qu'un homme a le droit de ne pas porter de barbe, et qu'on peut manger les frites avec les doigts? C'est ça qui compte ! Non? TAQIYAAAA

AUDITION DE MOHAMMED LOUIZI

Mohamed Louizi : "Ce matin, j'ai entendu les déclarations de Mme Belloubet disant qu'insulter une religion est une atteinte à la liberté de conscience. C'est incroyable. Les islamistes arrivent à pousser le politique, à le faire reculer sur ce qui fait la sève de la République. Cela devient problématique et dangereux."

Voilà donc Nicole Belloubet sous contrôle islamiste.

AUDITION DE MEDERIC CHAPITAUX

Médéric Chapitaux : "Je prends l’exemple du port du voile dans la pratique sportive. On prétend l’interdire au nom de l’hygiène et de la sécurité. Or on note que la fédération française d’escalade autorise le port du voile dans les compétitions sur mur artificiel. Quid des mousquetons et des prises ? Pour l’hygiène et la sécurité, on repassera… La fédération de badminton vient, elle, d’interdire le port du voile."

Voilà voilà, jouer au badminton en portant un foulard islamique c'est beaucoup trop dangereux.

Médéric Chapitaux invoque aussi la charte olympique : "Et pourtant, il suffirait d’appliquer la règle 50 du CIO. Nous allons accueillir les JO, et nous sommes incapables de respecter la charte olympique et d’adopter une position claire ! Ce n’est pas faire injure à une religion, quelle qu’elle soit, que de faire appliquer une stricte neutralité. C’est simplement permettre à chacun de pratiquer son sport dans le respect des règlements en vigueur."

Méderic Chapitaux semble avoir oublié les principes fondamentaux de l’olympisme rappelés dans la charte olympique, justement :

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Médéric Chapitaux : "En ce qui concerne le principe de neutralité, le législateur a défini un certain nombre d'obligations pour l'école. Pourquoi ne pas faire pareil pour le sport ? Pourquoi une jeune fille qui fait de l'EPS à l'école est protégée par ce principe et ne l'est plus quelques heures après ou le lendemain, lorsqu'elle pratique la même activité sportive à l'extérieur, parfois avec le même éducateur qui est aussi professeur ? Il n'y a aucune raison de faire une différence sur les obligations à respecter et il faut absolument renforcer dans le sport le principe de neutralité. Les députés Éric Diard et Éric Poulliat ont mentionné ce problème, mais rien ne bouge."

Après avoir interdit l'école publique aux jeunes filles qui portent le foulard islamique, ils veulent leur interdire le sport. Pour les protéger bien sûr. Merci beaucoup Médéric Chapitaux, je pense qu'en effet interdire à des jeunes filles qui portent le foulard islamique de jouer au badminton est essentiel à la lutte contre la radicalisation islamiste. Vraiment très pertinent. Pauvre débile, va.

AUDITION DE REPRESENTANTS DE FEDERATIONS SPORTIVES

Bon, apparemment les représentants de fédérations du football, auditionnés eux aussi, sont des laxistes d'après Jacqueline Eustache-Brinio.

Jacqueline Eustache-Brinio, sénatrice : "Je suis élue de la région parisienne et, s'agissant du football, j'ai été étonnée par vos propos : j'ai eu le sentiment que vous minimisiez la réalité. Ici, bien entendu, nous ne mélangeons pas la radicalisation qui mène aux attentats et l'expression du fait religieux dans le sport, nous savons bien que très peu de footballeurs sont partis combattre ou sont revenus pour commettre des attentats. Pourtant, nous parlons souvent du football : cet été, un club a été fermé en Essonne, sous le prétexte de sa mauvaise gestion, alors que l'on a tout de même trouvé des djellabas dans ses locaux ! Mon impression est que le problème est réel, mais que vous le minimisez. Les prières dans les vestiaires, dans le stade, cela existe, en êtes-vous informés ? Le sport doit être un exemple de projet éducatif et d'insertion, un moyen de vivre ensemble au-delà de nos différences, le football offre la possibilité aux riches et aux pauvres de jouer ensemble. Or certains mômes en sont exclus, parce qu'il y a du communautarisme dans les stades. C'est une réalité inquiétante. En revanche, j'en étais moins consciente en ce qui concerne le basket. Comment mesurez-vous ces phénomènes ? Comment ceux-ci vous sont-ils remontés ? De quels outils disposent les responsables des clubs pour lutter contre ces faits religieux dans le football ?"

Elle prétend ne pas mélanger "radicalisation qui mène aux attentats" d'une part, et "expression du fait religieux" d'autre part. Mais dans la phrase suivante, elle cite... des éléments montrant une "expression du fait religieux" et non une radicalisation. Or, la commission d'enquête dont elle est rapporteur a pour objet la radicalisation, et non l'expression du fait religieux. Donc si, même si elle s'en défend, elle mélange bien "radicalisation" et "expression du fait religieux".

Sylvie Goy-Chavent, sénatrice et rapporteur de la commission d'enquête : "Les positions de la fédération française de football m'inquiètent plutôt... Monsieur Guibert, si un homme refuse de serrer la main d'une femme dans le cadre de l'activité sportive ou dans le cas d'un club qui interdit aux enfants non musulmans de venir jouer, que faites-vous ? Quelle est votre attitude vis-à-vis de ces actes prosélytes ? Les faites-vous tous remonter aux élus locaux ?"

Elle parle de "prosélytisme" de manière tout à fait incorrecte. Refuser de serrer la main d'une femme ce n'est pas du prosélytisme. Interdire aux enfants non musulmans de venir jouer ce n'est pas du prosélytisme.

La lecture de cette audition est hallucinante. Les sénateurs de la commission radicalisation se font des films sur la base de rien. Et tout ce qui ne va pas dans le sens de leurs préjugés est dénigré, taxé de laxisme, d'aveuglement.

AUDITION DE MAKHLOUF MAMECHE

Les sénateurs ont du se dire qu’il fallait quand même avoir une apparence de neutralité, alors ils ont auditionné des ennemis.

Par exemple, Makhlouf Mamèche, président de la Fédération nationale de l'enseignement privé musulman. Enfin, "audition" n'est pas le bon terme, tant ça ressemble à un interrogatoire.

Cet échange lunaire... Les sénateurs sont complètement parano, obnubilés par la chasse aux Frères Musulmans.

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Échange sur la subvention au lycée Averroès de Lille. Lunaire là encore.

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 AUDITION DE JEROME HARNOIS

Jérome Harnois est auditionné comme représentant de la RATP.

Jacqueline Eustache-Brinio : Combien il y a de chauffeurs?

Jérome Harnois : Beaucoup

Jacqueline Eustache-Brinio : C'est beaucoup donc il doit y avoir une pression religieuse !

CQFD. On marche sur la tête.

AUDITION DE ADELAÏDE JACQUIN ET HAMZA ESMILI

Adélaïde Jacquin et Hamza Esmili interviennent à la demande du CCIF (Comité Contre l'Islamophobie en France)

Cette audition est ahurissante. Ces deux personnes réfutent la réalité du « séparatisme », parlent d’islamophobie, et visiblement cela insupporte les sénatrices Nathalie Delattre et Jacqueline Eustache-Brinio.

Il apparait clairement dans cette audition que remettre en cause la réalité du « séparatisme » est insupportable pour ces sénatrices. Elles l’ont répété plusieurs fois : « c’est le président qui l’a dit ». C’est donc forcément vrai.

Jacqueline Eustache-Brinio : "Comment définissez vous l’islamophobie?"

Hamza Esmili répond : "C’est le racisme antimusulmans, le CCIF publie des chiffres sur l’islamophobie et les actes islamophobes."

Jacqueline Eustache-Brinio lui répond : "Qu’en est-il des faits concrets d’islamophobie au-delà du discours victimaire ?"

C'est une question vraiment idiote. Il y a des personnes qui sont victimes de racisme anti-musulman, c'est à dire d'islamophobie.

L'islamophobie est un racisme qui fait des victimes.

Quel sens ça a de demander "des faits" sans "discours victimaire"?

Quel sens ça a de qualifier de "discours victimaire" le simple fait de rappeler qu'il existe des faits islamophobes dont des personnes ont été victimes?

Hamza Esmili lui dit : "Nous déplorons régulièrement des détériorations de mosquées"

Jacqueline Eustache-Brinio lui répond : "Disposez-vous de preuves des faits que vous évoquez ?"

Quel type de preuve attend-elle, au juste? Qu'elle lise la presse !

Hamza Esmili : "Des violences sont commises contre des musulmans et ces derniers subissent une discrimination à l'embauche. Le racisme antimusulman existe, vous ne pouvez le nier."

Jacqueline Eustache-Brinio : "C'est votre point de vue."

Voilà, c'est clair, précis : selon les sénateurs de cette commission d'enquête, le racisme anti-musulman n'existe pas.

 

LES FULGURANCES SENATORIALES

Si les personnes auditionnées montrent systématiquement leurs préjugés, leur complotisme, leur bêtise, les sénateurs ne sont pas en reste.

  • Nathalie GOULET :

Exemple 1 :

Nathalie Goulet : "On ne peut pas interdire le halal parce que, au nom de l'égalité devant la loi, il faudrait dans ce cas interdire le casher, qui représente 45 % des revenus du consistoire."

Vraiment, on aimerait pouvoir faire chier les musulmans, mais ça impliquerait de faire chier les juifs à cause de ce foutu principe d'égalité, c'est donc pas possible. Mais franchement qu’est-ce que c’est que ça ? En tant que juif je me sens sali par ces propos.

Exemple 2 :

Nathalie Goulet : "Nous sommes confrontés à un dilemme pour les jeunes femmes voilées : les intégrer ou les laisser dehors. Comment trancher ce dilemme ?"

Oh oui, quel dilemme, on a le choix entre pratiquer des discriminations à raison de l'appartenance religieuse, ou alors ne pas pratiquer des discriminations à raison de l'appartenance religieuse. Vraiment, je vois pas quel choix adopter... Bande de tarés.

  • Jacqueline EUSTACHE-BRINIO :

Jacqueline Eustache-Brinio n'est pas en reste.

Exemple 1 :

Jacqueline Eustache-Brinio : "Dans certaines écoles, les enseignants n'organisent plus de kermesses ouvertes aux parents pour que les enfants puissent manger des bonbons Haribo. [...] Cela peut paraître anodin, mais n'est pas sans conséquence dans nos vies quotidiennes."

Voilà, sachez-le : le sénat s'occupe enfin des bonbons que peuvent manger les petits musulmans.

Mais attendez, j'ai peur de comprendre, elle est pas en train de dire que des écoles organisent exprès des kermesses sans parents pour faire consommer aux enfants musulmans de la nourriture non halal que leurs parents, s'ils avaient été présents, leur aurait interdit de consommer...?!

Exemple 2 :

Le pire de ce qu'a pu produire cette commission d'enquête sénatoriale nous est offert par Jacqueline Eustache-Brinio lors de l'audition de Makhlouf Mamèche :

Jacqueline Eustache-Brinio : "Vous avez parlé de 101 établissements, dont 95 hors contrat et 6 sous contrat ; vous avez dit que la moitié des établissements étaient en Île-de-France. Peut-être est-il difficile de passer des contrats, car cette région compte déjà beaucoup d'écoles. Lorsqu'un élève veut s'inscrire dans un établissement, doit-il obligatoirement être musulman ?"

Makhlouf Mamèche : "Il est interdit aux établissements sous contrat de refuser un élève en fonction de sa religion. C'est la loi. Je connais des élèves qui ne sont pas musulmans, comme il y a des musulmans dans les établissements catholiques. Je ne connais pas un établissement hors contrat qui ait inscrit dans son règlement intérieur le refus des non-musulmans. Je suis contre cette idée : ce serait contradictoire avec les valeurs d'ouverture que nous enseignons."

Jacqueline Eustache-Brinio : "Avez-vous une idée du nombre d'élèves non musulmans dans les 6 établissements sous contrats ?"

Makhlouf Mamèche : "Je ne maîtrise pas ces chiffres - pas même au sein de mon établissement."

Voilà. Jacqueline Eustache-Brinio, sénatrice rapporteure de la commission sur la radicalisation islamiste demande tranquillement au président de la fédération nationale de l'enseignement privé musulman si il tient des comptes au sujet de la religion des élèves de ses établissements. Elle le prend pour Robert Ménard ou quoi ?!

Exemple 3 :

Jacqueline Eustache-Brinio nous offre un magnifique festival de clichés :

Jacqueline Eustache-Brinio : "Comment expliquez-vous les revendications de plus en plus importantes de parents d'enfants musulmans auprès de l'école publique ?"

Makhlouf Mamèche : "Lesquelles ?"

Jacqueline Eustache-Brinio : "Cantines, sorties scolaires, expositions interdites, pratiques sportives..."

Exemple 4 :

Makhlouf Mamèche : "La construction des écoles coûte très cher. Après les mosquées, c'est un défi à relever. On demande aux banques, on recourt aux collectes, aux galas, mais il arrive aussi que l'on se tourne vers l'étranger en dernière intention. Je vous rappelle que la Sorbonne a reçu en 2016 quelque 1,8 million d'euros du Qatar, et personne ne s'en est ému. En revanche, quand il s'agit du lycée Averroès... De toute façon, il est très difficile aujourd'hui d'obtenir des financements de l'étranger. Il faut que l'État réfléchisse avec nous à ce problème du financement. Quant à la solution que vous préconisez, madame Goulet, il faut savoir que le permis de construire est parfois accordé avant que le financement ne soit bouclé."

Jacqueline Eustache-Brinio : "Vous avez dit qu'après les mosquées, il vous fallait construire des écoles. Cela montre qu'il y a un projet de l'islam dans ce pays. Quelle est la prochaine étape ?"

LA REGARDEZ, IL A DIT QU’APRÈS LES MOSQUÉES IL FAUT RELEVER LE DÉFI DES ÉCOLES. ON A LA PREUVE, PROTOCOLE DES SAGES FRÉRISTES SALAFISTES GRAND REMPLACISTES QUI VEULENT VOLER NOT' CULTURE !!!!!

Exemple 5 :

Jacqueline Eustache-Brinio : "Enfin, si la légalisation du cannabis advient un jour, les islamistes seront très contents, car la police n'aura plus aucune raison de se rendre dans les quartiers."

  • Sebastien MEURANT :

Exemple 1 :

Au cas où certains n'auraient pas bien compris de qui on parle à la commission du sénat sur la radicalisation, Sébastien Meurant, sénateur FN du Val d'Oise, vient rappeler subtilement que le problème c'est pas les catholiques :

Rachid Temal, sénateur : "[blablabla] Par ailleurs, je suis toujours assez surpris des démonstrations de religion que font certains sportifs de haut niveau. Cela pose problème. Lorsque des enfants regardent une équipe jouer, par exemple le Brésil, et voient un ou des joueurs faire le signe de croix, je trouve cela inquiétant."

Sébastien Meurant, sénateur : "Ceux qui font le signe de croix n'ont jamais tué personne !"

Pardon, j'ai écrit FN alors que Sébastien Meurant est sénateur LR, bien sûr (bien sûr). Vous aviez sans doute rectifié de vous-même.

Exemple 2 :

Sébastien Meurant : "Je voudrais vous interroger plus spécifiquement sur la situation en Seine-Saint-Denis. À l'époque où je pratiquais le foot en club, nous côtoyions déjà des clubs de ce département et certaines personnes n'étaient pas habillées comme nous - par exemple, des hommes portaient des robes. Les phénomènes dont nous parlons aujourd'hui existent depuis des années dans ce département. Des personnes se regroupaient déjà pour jouer entre eux et éviter les violences et les dérives de certains clubs."

Bon, apparemment en Seine-Saint-Denis y a de dangereux radicalisés prêts à commettre des attentats... qui jouent au foot... en robe... Voilà voilà. Merci Sébastien Meurant pour votre vigilance.

  • Sylvie GOY-CHAVENT

Sylvie Goy-Chavent s'adressant aux représentants de fédérations sportives : "Des jeunes jouent avec des collants, couverts de pied en cape, et vous ne faites rien !"

Franchement j'ai pas les mots...

  • Rachel MAZUIR :

Rachel Mazuir : "Ce n'est pas parce qu'une commune est propriétaire d'un équipement qu'elle est responsable ! Les fédérations sportives ont leurs propres responsabilités. Pour autant, il n'est pas facile d'agir à partir du moment où la FIFA accepte que des femmes jouent voilées ! Cela ne tient pas la route."

Non c'est pas compliqué. Mais il faut intégrer un truc que Rachel Mazuir a du mal à intégrer : ARRÊTEZ D'INSTRUMENTALISER LE PRINCIPE DE LAÏCITÉ, ARRÊTEZ DE LUI FAIRE DIRE CE QU'IL NE DIT PAS, ARRÊTEZ DE L'INVOQUER A TORT ET A TRAVERS POUR JUSTIFIER VOTRE RACISME.

Car en fait, Rachel Mazuir, ce que vous ne comprenez pas c'est que :

- le principe de laïcité n'impose pas qu'un footballeur s'abstienne de faire le signe de croix

- le principe de laïcité n'impose pas qu'on interdise le port du foulard

Quand vous dites "un footballeur ne doit pas faire le signe de croix car il faut respecter la laïcité" et bien vous racontez n'importe quoi. Vous invoquez la laïcité à tort.

Que vous vouliez "interdire à un footballeur de faire le signe de croix" c'est une chose. Mais ne prétendez pas que vous voulez édicter cette interdiction au nom du principe de laïcité.

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