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Billet de blog 30 avr. 2020

La société face à la recherche médicale

De la dangerosité des vaccins jusqu’à la chloroquine proposée contre le covid-19 aujourd’hui, la population a réagit viralement dans à un domaine qui leur est obscur la majorité du temps. On devrait se réjouir de l'intérêt de la société pour la recherche scientifique, pourtant ces emballements médiatiques sont rarement de bonnes nouvelles …

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’origine de la méfiance des vaccins est bien connue et elle est bien plus absurde que vous ne le croyez et pourtant met en péril la santé des personnes refusant de se vacciner et celles des plus jeunes

L’origine des débats concernant le lien entre les vaccins et l’autisme vient d’un médecin américain au nom d’Andrew Wakefield. En 1998, un journal scientifique prestigieux, The Lancet, publie les résultats d’une recherche qui prouverait que le vaccin ROR – rougeole, les oreillons et la rubéole – serait responsable du développement de l’autisme chez les plus jeunes enfants. Bien que ce journal s’est rétracté en définissant la recherche comme fraude et que les résultats largement rejetés par la communauté scientifique, la méfiance persiste dans l’esprit des gens. Notamment  chez certaines personnalités publiques. Donald Trump en tête de liste, qui continuent de distiller cette peur dans la société et qui font continuer le débat.

Aujourd’hui, plusieurs études de grosses envergures contredisent les résultats de la recherche originale, notamment cette étude rassemblant plus de 100 000 individus, qui montre qu’il n’y a aucun lien entre autisme et vaccin ROR.

Ou encore cette étude menée par un laboratoire danois rassemblant l’analyse de plus de 650 000 enfants. Et les résultats sont clairs - "Nous n'avons rien trouvé en faveur de l'hypothèse d'une vaccination ROR déclenchant l'autisme dans des sous-groupes sensibles caractérisés par des facteurs de risque environnementaux et familiaux".

Dans l’imaginaire collective, une recherche est véridique, hors il existe des « bonnes » et des « mauvaises » recherches. De plus, une seule étude ne suffit pas pour que des résultats soient considérés comme valides au sein de la communauté scientifique. Même avec une recherche très bien réalisée, il est toujours nécessaire de refaire ces expériences par d’autres équipes dans les mêmes conditions. Plus l’expérience est refaite, plus les résultats seront acceptés. Hors dans ce cas, Wakefield n’a jamais voulu refaire son étude et les autres recherches ont prouvé l’inverse.

La recherche à l’origine du lien entre autisme et vaccin, est un exemple concret de très mauvaise recherche et pourtant 20 ans plus tard, cette méfiance est toujours d’actualité.

La recherche de Wakefield est basée sur seulement 12 enfants. Plusieurs de ces enfants avaient l’autisme avant de se voir injectés du vaccin ROR. Il n’est donc pas surprenant que les enfants ayant déjà l’autisme aient toujours cette maladie après l’injection. Pourtant Wakefield s’est basé sur ces résultats pour présenter sa recherche.

Une enquête a été faite par un journaliste anglais, Brian Deer, et en a conclu que "Aucun état des individus n'a été altéré" En d'autres termes, Wakefield, l'auteur principal du rapport original, a manipulé ses données.

Le Dr Wakefield défendu

Dans le British Medical Journal, le journaliste informe de ce qu'il a trouvé, et il est plutôt choquant de voir que cette étude ait été publiée en premier lieu. On apprend que les parents de nombreux enfants nient les conclusions de l'étude; certains des enfants que Wakefield a suggéré ont été diagnostiqués avec l'autisme ne l’étaient pas; d'autres qui, selon Wakefield, étaient «auparavant normaux» avaient en fait des problèmes de développement préexistants avant de se faire vacciner.

Il est aussi intéressant de savoir qu’après la publication de son étude, Wakefield aurait proposé des vaccins alternatifs qui n’auraient, cette fois-ci, aucun risque pour les enfants de développer l’autisme

La fraude Alzheimer ?

Il existe d’autres cas où la société contraint les autorités à mettre à dispositions des médicaments alors que ces derniers ne sont pas adaptés voire dangereux. Notamment ce médicament contre l’Alzheimer, le réminyl.

L’Alzheimer est une maladie neuro-dégénérative qui toucherait plus de 850 000 personnes en France. Avec la naissance de la gériatrie dans les années 1970 et l’augmentation de l’espérance de vie dans les pays occidentaux, cette maladie est devenue un sujet de recherche important à partir de ces années.

Un médecin américain, William Koopman Summers, publie en 1986 une recherche scientifique basé sur 17 individus dans le New England Journal of Medicine. Ici aussi, le nombre d’individus est faible. Pourtant, dans ces résultats il démontrerait l’efficacité supposée d’un principe actif, la tacrine. La FDA ne soutient pas ces résultats à raison et refuse la commercialisation de la tacrine qui pourrait même causer des problèmes hépatiques. Cela n’a pas empêché WK. Summers de profiter de la crédulité de certains malades et fournir le traitement à 12 000 dollars par année.

Cependant, après plusieurs manifestations devant leur siège et un procès contre la FDA, cette dernière cède finalement en 1993 et autorise la commercialisation de la tacrine. C’est à partir de ce principe actif qu’ est fabriqué le réminyl.

La HAS – la haute autorité de la santé -, après plusieurs années se penche sur le cas réminyl et fini par déclarer en octobre 2016 « Au regard de l’absence de pertinence clinique de l’efficacité de ces médicaments et des risques de survenue d’effets indésirables, la HAS considère donc ces médicaments n’ont plus de la place dans la stratégie thérapeutique » et il a fallu deux ans, soit en 2018 pour que la production et le remboursement de ce médicament soient arrêtés. Et pour cause, aucun médicament n’est efficace contre l’Alzheimer. Pour certains médecins, l’Alzheimer ne serait pas une maladie mais une des résultantes fatidiques de la vieillesse.

Encore aujourd'hui

Ces deux cas font échos aujourd’hui, en pleine crise du Covid 2019, avec la chloroquine, solution miracle selon le Dr Didier Raoult. D’ailleurs Médiapart a déjà dressé un bilan de la chloroquine. La communauté scientifique est en plein débat pour déterminer si ce médicament pourrait être efficace in vivo.

La recherche du Dr Raoult n’est pas crédible, comme dans les deux cas précédents. 26 patients au total dont 6 sortis de l’étude. « Trois ont été transférés en soins intensifs, un est décédé, un a arrêté le traitement à cause de nausées et un a quitté l’hôpital – ce dernier n’était d’ailleurs peut-être pas atteint par le Covid-19 car la présence du virus n’a pas été détectée. »

Son parcours n’en est pas plus rassurant, accusé de fraude et manipulation de résultats, recevrait aussi des fonds de la part de plusieurs laboratoires privés alors qu’il clame son indépendance.

Il est encore beaucoup trop tôt pour savoir si la chloroquine a un effet bénéfique au patient atteint du Covid-2019 mais il est certain que les études publiées jusqu’à ce jour ne nous permettent de confirmer son efficacité éventuelle in vivo.

Ce qui est inquiétant, c’est l’implication disproportionnée de la société qui n’a aucune connaissance sur la pharmacologie. Soutenue par plusieurs personnalités, dont le maire de Nice qui approuve ce traitement, ce qui pourrait entraver l’avancement des recherches sur un traitement efficace comme le souligne le médecin réanimateur Damien Barraud.

Définissant comme « la médecine du spectacle » notamment à cause de cet emballement médiatique. Alors que les résultats ne sont pas confirmés par la communauté scientifique, certains individus ont déjà essayé de s’en fournir directement en pharmacie et certains médecins se sont fait agressés verbalement pour se faire proscrire en chloroquine selon le médecin réanimateur.

Ce médicament peut apporter de graves effets secondaires, notamment des arythmies et des cardiomyopathies . C’est pourquoi il est important d’avoir des études sérieuses qui permettent de confirmer son efficacité et non de les proscrire à cause d’une étude scientifique à faible crédibilité. Cependant, le gouvernement a déjà cédé et a publié un décret le 26 mars 2020. La prescription et l'administration de l'hydroxychloroquine aux patients atteints de formes graves du Covid-19 à l'hôpital et de retour à leur domicile.

Le Dr Raoult qui défend son traitement sur sa chaine Youtube

La peur motive les individus à réagir disproportionnellement mais est ce qu’ils sont pour autant totalement fautifs  ? La recherche scientifique est un milieu opaque, qui ne facilite pas l’accessibilité à la connaissance scientifique même pour les scientifiques eux-mêmes. Pour résumé, la recherche scientifique est majoritairement financée par le contribuable mais ce sont des éditeurs privés – notamment Elsevier - qui vendent ces études. C’est pourquoi ces dernières années, on peut voir certains sites « pirates » mettant à disposition des études scientifiques gratuitement. Un autre problème en France est la barrière de la langue, la grande majorité des recherches scientifiques sont écrites en anglais.

En premier lieu, il serait peut être ingénieux d’améliorer l’éducation par l’éveil scientifique et l'esprit critique dès le plus jeune âge et augmenter le niveau en anglais. La santé de milliers individus ont été indubitablement parasités de ces rumeurs dans le domaine de la santé, sans compter l’argent et le temps consacrer à les « débunker ». Bien d’autres cas existent, notamment l’homéopathie ou les OGM ...

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