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Billet de blog 26 mars 2020

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Journal d'un confinement - Jour 10

Depuis leurs décès et plus particulièrement celui de ma mère qui est plus récent, c’est la première fois que je me réjouis de ne plus avoir mes parents. Cette crise sanitaire aurait été atroce avec eux et ils n’y auraient pas survécu. C’est terrible ce qui se passe dans les Ehpad. Si on est contaminé, au-delà d’un certain âge, on n’est pas admis à l'hôpital qui est public pourtant.

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Depuis leurs décès et plus particulièrement celui de ma mère qui est plus récent, c’est la première fois que je me réjouis de ne plus avoir mes parents.  Cette crise sanitaire aurait été atroce avec eux et ils n’y auraient pas survécu. C’est terrible ce qui se passe dans les Ehpad. Si on est contaminé, au-delà d’un certain âge, on n’est pas admis à l'hôpital qui est public pourtant. « Aucune visite des familles ; même si le décès approche » lit-on dans Mediapart concernant les consignes mises en place dans cet Ehpad des Hauts-de-Seine, mais aussi ailleurs. Nos ainés ont trimé toute leur vie, ils paient leurs impôts comme nous et ils n’ont le droit ni d’être soignés ni de mourir dignement. Dans quel monde vivons-nous et quel monde avons-nous créé pour ne pas prendre soin de nos anciens ?

Je suis triste, mais triste.

Quand je pense que je suis allée voter. Non pas que j’ai pris des gros risques pour moi-même. Mais d’autres que moi, bien plus fragiles, en ont pris bien davantage… et dire qu’on appelle cela la démocratie ! Cette démocratie-là, j’aurais dû la boycotter ! Je regrette d’être allé voter. Les derniers jours, j’étais hésitante. Et puis ceux pour qui je comptais voter, appelaient à « ne pas se laisser voler l’élection » … cette dernière formule eut raison de mes tergiversations. Toute la journée du 14 mars, j’ai cherché des masques. Je savais bien qu’on n’en trouvait plus, puisqu’ils étaient réquisitionnés par le gouvernement depuis quelques temps. Je me demandais s’il fallait en coudre en tissu, s’ils seraient assez efficaces. Il y avait aussi la piste des masques de chantier. Ce samedi-là, je cherchai des tissus dans mes affaires de couture puis je décidai d’aller jusqu’au Bricorama de l’arrondissement (20 minutes à pied). Sur la route, j’entrai dans trois pharmacies pour demander si avec une ordonnance on pourrait avoir des masques et sous quel délai. Ils m’assurèrent tous ne pas en avoir et que seul le médecin pourrait m’en donner si j’en avais besoin. Ma crainte était de reprendre les transports, le lundi 16 mars, sans aucune protection. Je leur demandai leur avis sur les masques « faits maison » en tissu. Avaient-elles des conseils à me donner ? Deux pharmaciennes m’assurèrent qu’il suffisait de remonter mon écharpe sur le visage, ou bien un foulard voire mon col roulé et que c’était largement suffisant contre le virus… Finalement j’ai passé le week-end à coudre.

Arrivée au Bricorama, je fus stupéfaite d’apprendre qu’ils avaient bien des masques en réserve, soigneusement mis de côté, mais ils ne pouvaient pas les vendre. Ils avaient été réquisitionnés. On me montra le décret, scotché sur le tourniquet d’entrée. J’en étais éberluée car dans l’état de désorganisation où se trouve ce pays, je vois mal des fonctionnaires venir les chercher pour qu’ils soient distribués au personnel soignant. Je parie que ces masques seront encore là, à la fin de la crise et qu’ils seront alors remis à la vente… mais qui sait ? C’est peut-être l’un d’eux que Macron avait sur le nez lors de sa visite hier à l’hôpital de campagne de Mulhouse (30 lits de réanimation montés en 8 ou 10 jours ; il paraît que les militaires étaient très fatigués à la suite de ce travail) !

De retour à la maison, je sortis la machine et je me mis à la couture.

Je suis allée voter avec un masque en tissu sur le visage. J’avais aussi des gants en vinyl jetables. J’ai glissé ma carte d’électeur et ma carte d’identité dans un sac de congélation de telle sorte qu’on pouvait les lire à travers. J’avais mon vote avec moi et je m’étais munie d’un stylo. Sur place je n’ai touché que l’enveloppe bleue (avec mes gants) et j’ai refusé le coup de tampon sur ma carte d’électeur… C’était sans doute excessif mais depuis j’ai lu que le Professeur Rémi Salomon (président de la CME de l’AP-HP) nous recommande d’être obsessionnels avec les précautions à prendre… en conséquence, je me fiche des railleurs…

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