Le désarmement, c'est maintenant

Le président Hollande, qui s'est déclaré impressionné par la démarche de réconciliation entreprise en Colombie, pourrait lui aussi apporter une contribution directe à l'Histoire de la résolution des conflits. En autorisant un désarmement ordonné et sécurisé de l'arsenal d'ETA, il rendrait possible d'autres pas décisifs dans un scénario global de pacification et de réconciliation en Pays Basque.

Près de 3 mois ont passé depuis les événements du 16 décembre 2016 à Louhossoa (64) où des militants non-violents du Pays Basque avons été arrêtés par le RAID et la SDAT (sous-direction anti terroriste). Nous étions en train d'isoler des explosifs, roquettes, détonateurs et balles et de neutraliser des armes en perçant les barillets et en coupant les canons -pour les rendre hors d'usage sans empêcher l'identification judiciaire- d'une cinquantaine de fusils d'assaut, pistolets mitrailleurs, pistolets et revolvers. Tout ce matériel appartenait à l'organisation basque E.T.A.

L'initiative de Louhossoa avait pour objectif d'accélérer le cours du temps dans le cadre d'un processus de paix trop partiel -du fait du refus des 2 États français et espagnols de s'y engager- qui s'enlisait au Pays Basque faute de perspectives concrètes d'évolution positive. Plusieurs mois auparavant, certains d'entre nous -connus pour leur opposition frontale aux stratégies violentes et clandestines- étions rentrés en contact avec ETA, avions entamé un dialogue avec sa direction et avons finalement obtenu qu'elle délègue à la société civile la responsabilité du démantèlement de son arsenal.

Nous n'avons pas entrepris une telle démarche de gaîté de cœur ou sur un coup de tête mais pour en finir avec 5 ans d'immobilisme dangereux de la part des autorités, 5 ans d'inertie de la part du gouvernement français face au cessez-le-feu qu'ETA a déclaré en 2011, inertie dont les conséquences possibles nous inquiètent sérieusement.

Ce que nous étions en train de neutraliser à Louhossoa, et que nous comptions postérieurement remettre aux autorités françaises, représentait 15 % d'un arsenal que nous comptons toujours démanteler dans sa totalité, et dans les plus brefs délais.

Pour ce faire, il n'y a aujourd'hui que deux cas de figure possible.

1) Le gouvernement français aide au démantèlement de cet arsenal. Quelles raisons aurait-il de ne pas le faire ? Il n'a pour cela même pas à assumer le fait de discuter avec une organisation armée. Des interlocuteurs appartenant à la société civile, clairement identifiés comme des militants démocratiques, adeptes de la non-violence et de la transparence, sont désormais dépositaires de la responsabilité du désarmement de l'arsenal d'ETA. Il suffit de rentrer en contact avec eux, de répondre aux propositions de coopération, ordonnée et sécurisée, discrète et sans contrepartie politique aucune, qu'ils ont formulées.

Le président Hollande et le gouvernement français actuel ont tout à y gagner. Il n'est pas raisonnable de laisser plusieurs années de suite dans la nature des mitraillettes, fusils d'assaut, pistolets, explosifs, roquettes quand on peut les neutraliser définitivement et sans prix à payer pour cela.

Le président français, qui s'est déclaré impressionné par la démarche de réconciliation entreprise en Colombie et qui n’a pas hésité à serrer la main d’un dirigeant des FARC, pourrait lui aussi apporter une contribution directe à l'Histoire de la résolution des conflits. En autorisant un désarmement ordonné et sécurisé de l'arsenal d'ETA, il rendrait possible d'autres pas décisifs dans un scénario global de pacification et de réconciliation en Pays Basque. Ne briguant pas un nouveau mandat, qu'a-t-il à craindre du courroux du gouvernement PP qui ne jure que par la poursuite d'une stratégie de la tension et de la vengeance, elle-même porteuse de futures envies de revanche ? En refusant d'alimenter cette stratégie de la tension, c'est également aux espagnols eux-même qu'il rendrait service. Tout le monde, en Espagne, au Pays Basque et en France, sortirait gagnant d'un scénario de paix durable, de justice transitionnelle et de réconciliation. Tout cela est à portée de main, et le gouvernement français actuel pourrait inscrire cela à son bilan avant le 7 mai.

2) Le gouvernement français ne veut rien entendre. Dans ce cas là, la société civile, avec ses différentes composantes, devra à nouveau prendre ses responsabilités, dans les mois qui viennent, pour solutionner définitivement et par elle-même cette question.

Entre les différentes institutions du Pays Basque, les organisations, la grande majorité des élus locaux de toutes appartenances (LR, UDI, Modem, PS, EELV, EH Bai) ayant demandé au gouvernement français de «s'impliquer dans le processus de désarmement et la résolution globale du conflit» et les citoyens qui ont montré leur capacité de se mobiliser, nous avons beaucoup de ressources potentielles pour y parvenir. Nous pouvons également compter sur une aide précieuse au niveau international, et sur le soutien de nombreuses personnalités de tous bords prêtes à apporter leur contribution à une résolution non-violente du conflit en Pays Basque.

Enfin, nous sommes forts de la conviction de servir l'intérêt de tous, de permettre enfin un règlement civilisé, humain et intelligent du conflit en Pays Basque. Comme nous l’enseignent tous les processus de paix à travers le monde et comme le Forum « Le désarmement au service du processus de paix» qui se tiendra à Biarritz ce samedi 18 mars (Plus d'infos sur : http://www.bakebidea.com/ ) l'expliquera, le désarmement peut permettre les autres étapes constitutives d’une paix définitive : reconnaissance et réparation pour les victimes, sort des prisonniers et des exilés (application de la loi pour la libération conditionnelle et anticipée des prisonniers, mais également mise en perspective d’un processus visant au final la sortie définitive de tous les prisonniers), exercice de mémoire, de justice transitionnelle et de vérité, réconciliation et nouveau vivre ensemble. Nous sommes portés par une détermination sans faille à construire une paix juste, globale et irréversible en Pays Basque. Oui, ouvrir définitivement une nouvelle page de l'Histoire du Pays Basque est aujourd'hui à notre portée.

 

Txetx Etcheverry,

un des 5 "artisans de la paix" arrêtés le 16 décembre 2016 à Louhossoa

 

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