Le pape, en dessous de tout...

...et même de la loi du Talion!

La récente déclaration du Pape François, montre à quel point, si besoin en était, toutes les religions se ressemblent quand il s'agit d'intolérance ou d'intégrisme. Gageons que, peut-être, le contexte de haute altitude dans lequel il évoluait au moment de ces propos, a pu restreindre quelque peu ses apports en oxygène.

Monsieur le Pape, une insulte puise son épaisseur dans l'esprit de son destinataire et peut n'être qu'un fantasme de ce dernier. Si vous considérez que simplement représenter un prophète, ou réinventer les relations conjugales du Christ, constituent une insulte ou un blasphème : c'est votre problème. La liberté d'expression, celle de la presse, ne sont pas totales, elles s'exercent dans le cadre des lois qui les règlementent. Et ces lois ne sont pas, et ne seront jamais, dans notre république, de nature religieuse.

A maintes reprises Charlie Hebdo a du s'expliquer devant les tribunaux concernant ses publications. Car la liberté d'expression a pour corollaire le droit d'attaquer devant les tribunaux (et non à la force des armes ou du poing comme vous le préconisez) ceux qui outrepassent cette liberté. D'ailleurs ces deux plateaux de la balance sont intégrés dans un même dispositif législatif qui est celui de la loi du 29 juillet 1881.

D'autres contraintes légales sont posées par des incriminations relevant, hors le droit de la presse, du droit commun ou de textes spécifiques : ordre public, bonnes moeurs, apologie de crimes, incitation à la haine raciale...etc. Ce qui au total constitue quand même une bonne camisole, visiblement insuffisante pour certains.

Ainsi je n'aurais pas le droit de vous insulter à l'envi publiquement, ou de vous prêter gratuitement des actions ou des pensées qui vous discréditeraient aux yeux du public. Cela s'appelerait injures ou diffamation publiques, et relèverait d'un délit puni de peines correctionnelles. Avec une exception visée par ces textes : l'exceptio veritatis (vous voyez je parle latin aussi!), à savoir que ces propos aussi diffamants soient-ils sont amnistiés s'ils constituent une vérité dont je peux matériellement apporter la preuve.

Par exemple je ne peux pas dire de vous : Monsieur le Pape, vous êtes un pédophile, car je n'en ai pas la preuve. Mais je peux dire que beaucoup de prêtres l'ont été et ont ainsi ignominieusement attenté à ce que l'humanité compte de plus cher : ses enfants. Vous qui prétendez la servir, par votre institution.

Je peux dire de vous que vous êtes un sale sexiste qui violez les règles de la République en matière d'égalité des droits hommes/femmes en matière d'accès aux emplois, que vous attentez à la liberté matrimoniale et sexuelle en interdisant aux prêtres de se marier, car vous dirigez une institution qui pratique ces atteintes.

Bref j'ai le droit de dire que, à l'instar du salafisme, l'église catholique constitue à bien des égards, une enclave inadmissible sur le territoire de la République en matière du respect des droits élémentaires de la personne humaine, tels qu'ils sont consacrés par notre constitution, et nos lois, et qui sont les seules normes juridiquement valables dans notre république laïque.

J'aurais aussi, le droit, par un dessin de représenter Mahomet et Jésus en train de faire l'amour au Paradis, et de dire : "Nous, on s'aime et on vous emmerde!" Car Mahomet et Jésus ne sont ni des personnes physiques, ni des personnes morales jouissant de la personnalité juridique, mais des concepts ou des personnages historiques révérés par une partie de la population qui a décidé de les sanctifier mais qui n'a, juridiquement aucun droit d'imposer cette sanctification aux autres personnes qui n'y croient pas.

Et en cette espèce, je dirais que mon dessin serait une parabole (Jésus n'en était pas avare) graphique destinée à marquer les esprits et souhaitant signifier que la base de toute religion est l'amour, et que si ces personnages existent ils doivent être bien tristes de voir leurs prétendus fidèles se déchirer de la sorte.

Vous l'aurez compris, la seule norme qui puisse débrouiller ce qui est admissible de ce qui ne l'est pas en matière de liberté d'expression : c'est le droit, c'est la Loi des hommes et non celle que vous prétez à Dieu.

Aussi serait-il important que dans les écoles, les collèges, cette matière soit enseignée, et qu'on attende pas l'université ou les grandes écoles, pour dire à un citoyen quelles sont ses armes pour se défendre de manière civilisée et légale dans la république.

Visiblement il ne faudra pas trop compter sur l'église, qui évolue même en deça de la loi du Talion (je rappelle : "oeil pour oeil") qui, pour primitive qu'elle fût, a constitué un progrès pénal en instaurant la règle de proportionnalité dans la riposte (dont s'inspire encore le droit actuel en matière de légitime défense). En effet préconiser le fait que l'on puisse répondre à une insulte par une agression physique, constitue une lamentable régression qu'ont illustré il y a une semaine, des intégristes pédophiles se réclamant de l'islam, mais qui, par ses mêmes travers, auraient pu tout aussi bien relever de l'église catholique.

 

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