histoire d'Appolon à la mort d'Esculape

l'histoire d'Appolon à la mort d'Esculape

Pour faire court, Apollon décide d'aller venger son fils Esculape. Pas en tuant son meurtrier (Jupiter, c'était quand même LE dieu par excellence), mais en allant occire les cyclopes qui forgeaient la foudre dans l'antre de Vulcain (ou Héphaïstos si vous aimer les noms grecs).

Ce dernier, n'appréciant mais alors pas du tout du tout le carnage, prend son bâton de pèlerin et il monte, monte, monte, claudiquant, claudiquant, claudiquant, (bin ouai, il était boiteux le bougre, mais ça c'est encore une autre histoire) jusqu'à l'Olympe – cité des Dieux ou le chambellan – portier – dieu à tout faire – plombier de la fontaine à ambroisie même pas polonais - le reçoit, comme c'était la coutume, en l'annonçant (je vous la fait en dialogue approximatif, ne parlant le grec que dans mes coupables amours) :

  • « Salutations à Vulcain, fils de Junon, Mulcifer, Lemnius, Etnaeus, brillant Chrysor... »

  • là, Vulcain le coupe très sèchement et lui balance dans un grincement de dent pas très bruyant mais suffisamment perceptible : « tes Callopodion, Tardipes et Amphigyéis, tu t' les gardes !

  • j'ai dit tu t' les gardes ou j't'en colle une

  • bon maintenant tu m' laisses passer, et le premier qui ris, je fais un malheur.

 

Vulcain s'avance alors vers le trône jupitérien, avec toute la dignité qu'il sied à un fils venant, devant son père, émettre sa doléance, (hé oui, Vulcain est aussi fils de Jupin), tandis que la cours, comme à son accoutumée, pouffe des habituelles facéties de mercure (ce fripon chapardeur)...

 

Vulcain se demande bien si ce ne serait pas (encore ?) de lui dont on se moquerait, mais le trône est à deux pas, il s'arrête, et, regardant son géniteur, s'essaye quand même à la diplomatie de rigueur en un tel lieu :

  • gloire à toi Jupiter, dieu du ciel, père des dieux et des hommes... (longs mais alors très très longs salamalecs, vu qu'il peut pas trop se pencher en avant, pour terminer en bredouillant quand même quelque peut) : mon papounet à moi que j'aime et tout et tout, l'aut' beau gosse, là, y fait rien que d'tuer mes cyclopes, que d'abord !..

  • « COMMENT ? » s'écria le viok à la blanche barbe, (entre deux quintes de rire mais s'essayant à garder son sérieux, trop occupé qu'il était à se gausser des mésaventures de Cupidon qui s'était fait chouraver son arc en frêne, à moins que ce ne soit le carquois), devinez par qui ? Jupin se levant : « Puisqu'il en est ainsi, je bannis le dieu Apollon de l'Olympe et le condamne à errer sur la terre, non de moi même » (tout ça dit avec force et tonitruante majesté – fallait bien que tout le monde entende qui était le chef, et puis des cyclopes, quoi qui gna ? y avait pas l'feu au lac, hein ? et pi d'abord c'était pas un crime, ce n'était que des meurtres, là, et j'vais quand même pas trucider tout l'Olympe, sur qui je règnerai après ?).    

Apollon se retrouve donc sur la terre en pâtre, gardien de troupeau du bon roi Admet – troupeau qu'il se fera « chiper » par devinez qui ? Mercure ! Mercure qui, dans l'opéra d'Offenbach « Orphé aux Enfers », s'exprime en ces termes : [...]

Je suis le dieu de l'éloquence,
Les avocats sont mes enfants,
Ils me sont d'un secours immense
Pour flanquer les mortels dedans.
Je dois comme dieu du commerce
Détester la fraude et le dol,
Mais je sais par raison inverse
Les aimer comme dieu du vol,
Car j'ai la main fort indirecte
Et quelquefois le bras trop long :
Quand il était berger d'Admète
J'ai chipé les bœufs d'Appolon.
Tout en étant le dieu des drôles,
Je suis le plus drôle des dieux,
J'ai des ailes sur les épaules
Aux talons et dans les cheveux.
Jupin mon maître sait me mettre
À toute sauce ; il finira
Par me mettre dans un baromètre
Pour savoir le temps qu'il fera. »

 

Georges Brassens, également, mais dans un autre registre chantera dans « stance à un cambrioleur » : « Monte en l'air mon ami que mon bien te profite, Que Mercure te préserve de la prison ». Mercure mérite donc bien d'être (entre autre) considéré comme le patron des voleurs, des commerçants... et des avocats (qui, il faut bien le reconnaître, ont le bon goût d'être toujours cuits quand ils ne sont pas crus).

 

Je sens bien sur poindre en vous la question qui est sur toutes les lèvres, mais si, mais si "ôl tout gaizeur" : mais qu'est-ce qu'il foutait là, l'autre ailé - chapardeur ?

Pour y répondre, il faut revenir à l'Olympe, le vieux jupin n'ayant pas apprécié mais alors pas du tout le dernier larcin du goupil à deux pattes : même la ceinture de Minerve chapardée par vous savez qui n'aurait pas fait bouger d'un iota le monarque divin, si ce n'est pour se tenir les côtes « mdr ». Franchement, pour que Mercure méritasse la même punition qu'Apollon (le bannissement sur la terre) , il fallait vraiment faire fort, et là vraiment, c'était osé : tenter de piquer la foudre planquée derrière le trône, je dis bien tenter (le fripon s'étant brûlé en essayant, pris « la main dans sac »), c'était LE truc à ne pas faire : tant que c'était les autres dieux qui pâtissaient des amusements mercuriens, jupin n'y voyait aucun inconvénients, loin s'en faut ; mais toucher à SON bien, et qui plus est LE symbole de sa puissance, la foudre, non, là, vraiment, y fallait pas.

Direction : la terre !

S'ennuyant vraisemblablement de ne plus trouver matière à l'un de ses tours pendables, Mercure, en pickpocket professionnel voit UN TROUPEAU DE BŒUFS (pas une vache, un mouton, ou je ne sais quel animal comestible, UN TROUPEAU j'vous dis) et ni une ni deux, il l'escamote au nez... et au menton d'Apollon (qui n'avait pas de barbe, mais qui l'avait fort beau, je parle du menton) sans même savoir QUI était le « noble berger ». Ce dernier doit à un moment sortir de ses rêves, de sa torpeur, de sa léthargie, de ses odes secrètes, et s'apercevant que « merde quel est l'sagouin qui m'a piqué mon troupeau ?" Apollon le prend en chasse, le rattrape sans trop de problème (un troupeau c'est déjà lourd à porter, mais à planquer, c'était couru d'avance – « couru d'avance », elle est bonne non ? Non ? Bon, j'continue). Comme ce sont des dieux, et qu'on ne se bat pas entre gens du grand monde, on se salut, salamalecs et tout l'tintoin, et comment va machin ? Et la petite dernière nous a fait une bronchite, et t'as joué qui dans la troisième ? Nan là j'exagère un peu (un p'tit peu seulement). Bref, tout s'est terminé comme ça se passe toujours entre gens du grand monde, c'est à dire en se faisant DES CADEAUX : Mercure offre LA lyre et Apollon un bâton magique, dont le pouvoir supposé était de réconcilier les pires ennemis. Mercure, qui n'était pas né de la dernière pluie, voulu voir sur le champ si le présent était réellement ce qu'Apollon prétendait, et, voyant deux serpents se battre, il jeta le bâton au milieux d'eux. Résultat : les deux serpents se joignirent ensemble autour du bâton pour former... le célèbre Caducée (dit aussi Caducée d'Hermès, mais c'est seulement si vous aimer les mots grecs, en ce moment ils ont mauvaise presse) Caducée que nos médecins et les professions médicales conservent encore aujourd'hui mais avec un seul serpent – un logo repérable sur les pare brises de leur voiture (entre autre).

Et tout ça parce que ESCULAPE (fils d'Apollon) aurait eut le tord d'aller, dans sa science de la guérison, jusqu'à « ressusciter un mort » (faut vraiment être un dieu pour croire de telles sornettes)...

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.