NICOLAS HULOT OU LA FIN D'UN ORPHELINAT....

Avec la candidature de Nicolas Hulot, ce n'est pas l'écologie politique et ses représentants qui s'invitent dans la campagne présidentielle mais l'Environnement, la Biodiversité, la Nature, avec qui l'Homme devra réapprendre à composer et s'asseoir humblement autour d'une même table de négociation.

Il va enfin être possible de retrouver dans nos discours, nos objectifs, nos ambitions une place plus juste parmi le reste du monde... du moins je l'espère.

J'attendais depuis longtemps ce candidat: je désespérais d'entendre un discours politique où les enjeux environnementaux ne sont pas un argument de joute verbale mais sont le sujet central autour duquel désormais nous devons penser l'organisation de nos sociétés.

La problématique environnementale n'est pas un effet de mode, un discours de postures, elle n'appartient à aucun courant politique, elle est une réalité aux conséquences effrayantes si on l'ignore à l'échelle tant locale que de l'humanité, elle est le sujet préalable à tous les autres qu'il devient urgent de s'approprier chaque jour dans nos quotidiens, nos pratiques, nos valeurs, nos économies, dans nos manières de penser, de consommer, de s'amuser, de se soigner, de produire.

Elle implique que nous nous organisions désormais à travers des modèles qui lui sont compatibles et non pas comme c'est trop souvent le cas en s'obstinant à l'intégrer dans les modèles existants qui ont montré leurs limites.

C'est une histoire de vision.

D'ailleurs, Nicolas Hulot ne s'y trompe pas, il ne parle pas de programmes, d'idées ou de projets mais bien de vision. Cette vision politique dont nous manquons depuis des années.

Quelle vision avons nous du monde dans lequel nous voulons vivre aujourd'hui, du monde que nous voulons pour nos enfants, quelles valeurs voulons nous porter dans nos quotidiens. Comment trouver l'apaisement de nos esprits tourmentés par les démons du monde moderne qui nous pousse toujours plus en avant tandis que le sentiment d'insatisfaction et une culpabilité grandissante rongent peu à peu nos esprits. Au fond on sent bien que quelque chose ne tourne plus rond, mais il est si difficile de savoir vers où se tourner tant les sujets d'indignation s'accumulent pour ne plus former qu'un agglomérat confus dont on ne sait plus que faire : un agglomérat où même la simple dimension humaine a tendance à s'effriter au profit d'obscurs desseins qui nous dépassent et qui graduellement se déshumanisent.

Avec la vision portée par la candidature de Nicolas Hulot, nos aspirations de changements entrevoient enfin une voie politique à suivre, un choix de société apte à apaiser nos tourments :

Autour de moi, les « orphelins politiques » sont nombreux depuis longtemps : insatisfaits , dégoutés, écoeurés, nous nous sommes détournés de nos représentants tant ils semblent s'être éloignés de ce qui nous préoccupe et de l'essentiel. Leurs discours ne nous atteignent plus. Même lorsqu'ils parlent de nos emplois, de l'amélioration de notre pouvoir d'achat, de la protection du consommateur, de l'éducation de nos enfants, nous avons l'impression qu'ils nous parlent d'autres choses, que d'autres intérêts et motivations sont à l'oeuvre : nous ne les croyons plus (ce qui explique probablement le succès grandissant des extrêmes politiques, religieux et sectaires ou les défections massives lorsqu'il s'agit d'exercer notre devoir de citoyen). Cette nouvelle vision participe à combler le vide qui sépare nos élites de nos réalités quotidiennes.

Dans les projets qui naîtront, nous avons chacun un rôle à jouer, il est important d'entrée de jeu de se demander, non pas « qu'est ce que ce candidat propose pour améliorer mon existence, ma vie et mon quotidien » mais plutôt, qu'est ce que moi, je peux apporter comme idées et projets à cette vision, en quoi puis-je contribuer à cette perspective d'un élan nouveau ? Quelle place je souhaite y occuper ? Quel acteur puis-je être ?

Le temps de l'expertise est terminé. Le discours « de l'expert » devenu dominant étouffe toute prise de conscience individuelle, toute capacité à ressentir par nous même, érode notre capacité à observer ce qui nous entoure et à en tirer des conclusions : nous nous sommes habitués à attendre la validation de l'expert jusque dans les décisions les plus intimes de notre vie privée. La dictature de la pseudo expertise nous a déresponsabilisé, nous a ôté toute capacité à faire des choix de société par nous mêmes: il est fondamental de redonner du sens à nos actes, notre travail, notre place dans notre environnement, nos engagements, nos convictions, nos décisions, nos modes de vie, nos choix de consommation et de production.

Les savoirs sont cloisonnés, séparés. Les compétences, les responsabilités sont diluées, nous interdisant toute perspectives d'une vision globale, condamnant à l'échec tout initiative. Cette culture de l'expertise exacerbe le sentiment d'impuissance, l'incompréhension des uns vis à vis des autres, provoque des malentendus et cultive le mensonge à une échelle devenue mondiale. Cela favorise l'émergence de contre-pouvoir aux motivations incompatibles avec le bien être de l'humanité. Cette segmentation en domaines relevant du champ de l'expertise nous dépossède de notre libre arbitre, on ne discerne plus que finalement tout est interconnecté.

Faut-il une catastrophe nucléaire pour nous le rappeler ? La politique, notre économie, la géographie, la géologie, la qualité de nos sols , de notre alimentation, de l'air que l'on respire, de notre travail, de nos conditions de travail, de l'eau des océans, de nos ressources... tout cela est finalement liés par un discret fil d'Ariane que nous avons tricoté au nom d'un idéal qui a pour nom Capitalisme, Libéralisme, Démocratie et et qui peu à peu s'est perverti sur l'autel des travers humains.

Dans son costume de candidat à l'élection présidentielle, Nicolas Hulot porte l'espoir d'un changement, d'une révolution qui peut se construire avec notre collaboration...

Dans la situation actuelle, ce changement est de toute façon inéluctable, nous avons juste le choix : le porter ensemble, ou le subir malgré nous : ceux que nous avons négligés hier, l'Environnement, la Nature et la Biodiversité se rebiffent de plus en plus fort et nous aurions tort de croire que la Révolution est le privilège unique des hommes.

A ceux qui voient dans la manière de faire acte de candidature hors du cercle de sa famille politique naturelle, tout en les enjoignant à le rejoindre, une attitude méprisante et snob, je réponds au contraire : quelle finesse !!! Nicolas Hulot se place d'emblée hors de la mêlée humaine et des logiques d'appareils politiques, qui si elles font les choux gras des médias, grignotent notre conviction à croire que nos représentants puissent être efficients.

Nicolas Hulot n'est pas moins légitime à être candidat que la plupart des autres déclarés ou en passe de l'être et qui depuis des années sont passés maîtres dans l'art d'assumer avec cynisme et indécence leurs paradoxes tout en croyant encore que nous sommes dupes.

Si l'on va au delà encore, vivre avec ses contradictions, ses compromis par rapport à ce que l'on pense et ses désirs, n'est pas l'apanage des hommes politiques : c'est devenu dans le monde ou nous vivons presqu'une seconde nature pour chacun d'entre nous: cela nous rend il moins intègre pour autant ?

J'entend, je lis et j'écoute ça et là, les critiques, les doutes, l'ironie et les railleries qui s'élèvent contre la légitimité du costume de candidat que Nicolas Hulot a finalement décidé de porter, pointant ses incohérences et sa compromission avec l'univers de l'argent: il me semble que personne aujourd'hui n'est exempt dans sa vie de compromis avec un modèle de société qui ne nous convient plus. Qui peut prétendre aujourd'hui, à part certains choix de vie il ne fait aucun doute que le costume de candidat pourra être troqué contre celui de président : une condition indispensable à la fin de mon orphelinat politique, une perspective passionnante qui ouvre à tous les espoirs, une lumière au bout du tunnel, une flamme pour l'Homme, l'Environnement, la Biodiversité et la Nature qu'il nous faudra tous ensemble alimenter et faire grandir afin de la partager avec le reste de l'humanité,

Il y a trop longtemps que je fais partie des sans famille, orphelins politiques, trop d'années que je vote par défaut et désespère de le faire par conviction.

A défaut d'une famille politique, j'ai trouvé mon candidat : reste à construire une famille autour de la vision qu'il propose.

Corto Fajal

 

 

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