Le 11 septembre et le retour de l'absurde

"Ce qui est réellement en train de saper toute notion moderne selon laquelle la signification est contenue dans le processus envisagé comme un tout, dont l'événement particulier tire son intelligibilité, est que non seulement nous pouvons prouver cela, au sens d'une déduction cohérente, mais que nous pouvons prendre presque n'importe quelle hypothèse et agir en faisant fond sur elle, avec une série de résultats dans la réalité qui non seulement ont du sens mais marchent."

Le concept de l'histoire, Hannah Arendt

 

"Même humiliée, la chair est ma seule certitude."

Le mythe de Sisyphe, Albert Camus

 

Treize ans après le onze septembre nous nous devons de réfléchir au sens de l'événement. Non pas au sens moral, qui est assez claire pour toute pensée a priori respectueuse de la vie humaine, ni au sens politique ou sociologique, mais au sens philosophique. En quoi peut-on y voir le reflet d'une vérité qui est au cœur de la condition humaine, et non pas simplement le spectacle d'une tragédie exceptionnelle ? Il y a-t'il des leçons à tirer de ses décombres qui dépassent la politique et les subjectivisations inévitables ? Autrement dit, peut-on sortir l'événement de son contexte socio-politique ou émotionnelle, sortir l'événement d'un processus dont il semble être le creuset, et d'en tirer des enseignements et lui donner un sens sans superlatifs ? Est-il vrai de dire que "tout a changé et que rien ne sera plus jamais comme avant ?" Quel poids ce phénomène peut-il avoir sur l'existentiel et la manière dont nous le percevons ? Ou est-ce justement notre perception de l'existence qui charge l'événement de valeurs réelles et symboliques ?

L'événement meurtrier qui s'est produit le onze septembre, 2001 ne s'est pas réalisé ex-nihilo ou hors de tout contexte politique, religieux et économique, quelles que soient les conclusions de l'enquête qui a débuté dés les premières heures. Ce qui reste pourtant évident est que l'envergure et le retentissement de l'acte vont bien au-delà de ce que l'histoire a connu de ce genre dans le passé. Il faudrait souligner à quel point le silence de mort des responsables de l'acte  joue un rôle prépondérant dans la multiplicité des interprétations. L'absence de discours, le vide sémantique, en même temps qu'il fixe notre attention sur l'acte brut, sur ce qui est devenu par-là une icône du malheur, agît comme catalyseur des vouloirs et des ressentiments, des espoirs et des craintes. Le refus d'une subjectivisation de l'acte par une revendication crée un appel d'air, un tourbillon de subjectivisations et le foisonnement d'hypothèses qui en suivent. Que les uns voient dans l'acte l'expression de la lutte Nord-Sud ou un choc des civilisations, la mise en cause de la politique américaine ou le fanatisme de ses ennemis, le cynisme des uns ou le désespoir des autres, révèle d'avantage la subjectivité des analystes que d'une vérité immanente de l'événement. Dans De l'utilité et des inconvénients de l'histoire, Nietzsche met en garde contre l'excès d'historicisme qui tendrait à remplacer intelligence et culture ou philosophie.Je vais tenter de démontrer que l'événement, cet acte destructeur et meurtrier, annihile par lui-même tout sens que l'on voudrait lui donner, que tenter de le placer dans un processus historique particulier serait lui donner un sens qu'il n'a pas, et que toute motivation probable ou avéré ne pourrait effacer ce qui est justement le refus de sens qu'il incarne.

Le silence qui entoure la volonté des destructeurs, créateurs de l'événement nous met face à un objet d'apparence sans subjectivité socio-politique propre. Ce silence nous permet d'analyser l'événement comme s'il s'était produit ex-nihilo, de rien, et je vais tenter de démontrer qu'une revendication ne changerait pas le sens philosophique que l'on peut lui donner ; Il ne ferait que détourner notre attention d'une vérité immanente de l'acte au profit d'une analyse socio-politique, ce qui est déjà le cas des hypothèses construites à partir des différentes subjectivisations.

Pour ce faire, il faudrait, dans un premier temps nous abstraire de notre perception médiatique et idéologique de l'événement au profit de l'empirique, ce qui c'est produit. L'absence de moi nécessaire à toute objectivité me semble une impossibilité dans la nature même du sujet étant, qui exprime son être à travers une analyse ou un discours. Réduire l'événement à son détail, à son épicentre spatio-temporel - disons le World Trade Center à New York, le onze septembre, entre huit heures cinquante et quatorze heures - est le meilleur moyen de le dénuder, de démontrer ce qu'il est par lui-même. (Bien que cela ne paraisse pas aller de soi, je me limiterais à l'aspect New Yorkais de l'événement, parce que celui de Washington peut sembler trop chargé de tenants politico-militaires, ce qui ne change pourtant rien aux conclusions existentielles communes qui peuvent en être tirés.)

Quel est cet objet que nous cherchons à comprendre ? Deux avions de ligne détournées sont projetés volontairement contre deux immeubles occupés par un certain nombre d'employés, entraînant la mort des passagers - "passifs" et "actifs" - des dits avions ainsi que de plusieurs milliers d'employés renfermés dans les tours et des secouristes venus les aider. Voilà la définition la plus brute et objective de l'événement. Aucun besoin de débattre des dénominations passagers, employés, secouristes, ni de l'évidence des volontés exprimées dans l'acte : mourir, tuer, détruire, (l'ordre n'a qu'une importance secondaire, mais on peut supposer que la seule certitude était de mourir, l'envergure meurtrière et destructrice de l'acte n'étant qu'hypothétique).

Nous pouvons donc affirmer sans trop nous avancer que la volonté première était d'une absence : absence de soi, absence d'autres, absence de constructions architecturales faites par des hommes. Autrement dit, nous sommes confrontés à un acte par définition nihiliste. Qu'à posteriori, nous pourrions affirmer une croyance transcendantale ou religieuse n'y changeras rien. L'acte par lui-même recèle tous les éléments d'une négation pure de la présence existentielle, d'une valeur de l'étant ou sujet humain, à commencer par la valeur de son propre être. Cette absence totalitaire, si j'ose dire, absence totale de soi et imposé à l'autre, peut très bien se formuler a priori comme élément d'une lutte ou expression d'une volonté, mais a posteriori, une fois l'absence réalisée, ne peut que révéler la disparition même de lutte et de volonté. L'absurde mortifère de ce paradoxe souligne l'impossibilité d'une revendication quelle qu'elle soit, et par cela devient un acte gratuit et arbitraire du point de vue des victimes - le sens d'un acte ne dépendant pas exclusivement de l'élément agissant.

Que le sacrifice de soi puisse être exalté dans un contexte altruiste immanent du monde, le sacrifice d'autrui par le biais de sa propre mort devient négation du monde, et donc négation des luttes qui l'agitent. Il est intéressant de noter à quel point la notion d'absurde fut absente de toutes les analyses philosophiques, par trop figées dans leurs contextes variés et subjectifs. L'a t'on rangé au placard des modes dépassées ? Elle se libère avec d'autant plus de force et de cruauté, cachée derrière un nuage de fumée que nous regardons sur nos télés, en nous demandant "qui" et "pourquoi ?" L'acte nie une téléologie quelconque, l'efface au profit du vide, refuse une fin autre que la mort. C'est pour cela que son silence est tonitruant et nous secoue, ravive ou détruit nos plus intimes convictions. L'acte et l'événement nous mettent en face de notre mortalité, et des espoirs, des projets, des engagements qui lui sont soumise. "Nous portons tous le visage de nos vérités," dit Camus ; ici la vérité n'a qu'un visage, celui de la mort.

La seule chose qui laisse perplexe et désarmé face à l'événement, est cette volonté de vide et d'abandon de la lutte : le suicide meurtrier. Sorte d'hypertrophie de l'absurde, il rejette l'absurdité d'une révolte mortelle sans fin tout en assumant l'absurdité d'une mort sans autre raison que la mort elle-même. Aucune théorisation de l'acte qui créa l'événement ne peut donner un  sens autre que nihiliste à l'acte. D'ailleurs sa théorisation ne pourrait être autre que nihiliste elle-même, niant ce qui est au profit de ce qui n'est pas.

 

L'acte par lui-même révèle une volonté de mort qui se transforme en mort de la volonté, et que l'événement puisse être compris isolément, ne nous interdit pas de tenter d'analyser les subjectivités qui s'y attachent. Le meurtre comme suicide ou le suicide comme meurtre rendent plus difficile toute approche plus ou moins objective. Jean Baudrillard a cité Nietzsche, en critiquant sa thèse, que le suicide ne prouve rien. Il ajoute que si cela était vrai la mort des victimes ne prouverait rien non-plus. Ce n'est pas exactement ce que dit Nietzsche, qui va plus loin. Je vais citer l'aphorisme plus longuement :

"Les martyres, soit dit en passant, furent un grand malheur dans l'histoire : ils séduisirent…Déduire comme le font tous les idiots, femme et peuple compris, qu'une cause pour laquelle un homme accepte la mort (ou même, comme le premier christianisme, qui provoque des épidémies d'envie de mort) doit bien avoir quelque chose pour elle - cette logique fut un frein inouï pour l'examen, pour l'esprit d'examen et la prudence. Les martyrs portèrent atteinte à la vérité… Il suffit encore aujourd'hui d'une certaine crudité de persécution pour donner à la secte en soi la plus indifférente un bon renom. - Comment ? Que l'on donne sa vie pour une cause, est-ce que cela change quelque chose à sa valeur ? - Une erreur qui devient honorable est une erreur qui possède un appât de plus. […]

Ils tracèrent sur le chemin qu'ils suivaient des signes de sang, et leur folie enseignait que la vérité se prouve avec le sang.

Mais le sang est le plus mauvais témoin de la vérité ; le sang est un poison qui change la doctrine la plus pure en délire, en haine des cœurs."

L'Antéchrist, Friedrich Nietzsche

 

Non, les martyres ne prouvent rien en-soi, la mort pour une cause n'est pas preuve de la justesse d'une cause. Le sang répandu n'est toujours que sang répandu, sans valeur intrinsèque. Si une valeur s'y trouve elle ne peut que s'écouler de l'être, et si une vérité peut s'y cacher elle ne peut être qu'indépendante du sang lui-même. Elle n'est pas prouvée par la mort, elle est la mort. Mais, encore une fois, nous ne sommes pas simplement devant les martyres d'une volonté ; ce sont des meurtriers pour une cause, sacrifiant l'Autre sur l'autel de cette volonté.

 

 

Pour beaucoup le onze septembre fut vécu comme un jalon marquant le début d'un millénaire, et rien ne serait plus comme avant. Cela fut le reflet d'une vision de l'histoire comme processus linéaire dont l'événement rompit le long fleuve tranquille. Baudrillard voit en l'événement une symbolique relayé par les médias qui est plus puissante que le réel, ce qui met entre parenthèse notre raison au profit de notre perception. Que la violence symbolique soit pire par sa singularité médiatique me semble le reflet d'un regard superficiel, fixé sur la cruauté apparente plutôt que sur un sens immanent de l'événement. Cette cruauté donnée en spectacle n'est que réponse à un besoin, ce que Baudrillard soutient ailleurs. Est-ce là son pouvoir terrifiant ?

"Presque tout ce que nous nommons civilisation supérieure repose sur la spiritualisation et l'approfondissement de la cruauté : telle est ma thèse. Cette bête féroce n'a pas du tout été abattue, elle vit, elle prospère, elle s'est seulement… divinisée. Ce qui fait la volupté douloureuse de la tragédie est cruauté ; ce qui agit agréablement dans ce qu'on nomme pitié tragique, et même dans tout ce qui est sublime, s'agit-il du plus haut, du plus subtil frisson de la métaphysique, ne tire sa douceur que de l'ingrédient de cruauté qui s'y mêle. Ce qui ravit le Romain dans l'amphithéâtre, le chrétien dans l'extase de la croix, l'Espagnol à la vue du bûcher ou de la corrida, le Japonais d'aujourd'hui qui se précipite à la tragédie, l'ouvrier des faubourgs parisiens qui rêve de révolutions sanglantes, la wagnérienne qui se noie, toute volonté éteinte, dans la musique de Tristan et Isolde, tout ce que ces êtres savourent et boivent à longs traits avec une mystérieuse ferveur c'est le philtre de la grande Circé qui a nom Cruauté. […] et quand l'homme se laisse entraîner à la négation de soi-même, ou à la mutilation volontaire […] c'est que sa cruauté l'attire et le pousse.

Par delà bien et mal, Friedrich Nietzsche

 

Que le symbole supplante le réel par sa force subjective me paraît plus douteux. L'immédiateté de l'imagerie brutale et spectaculaire imprima sa marque dans la mémoire de chaque téléspectateur, mais le sens de l'événement, repose-t'il sur sa transmission télévisuelle ? Sa force psychologique sur les téléspectateurs, certainement. Mais pour les milliards de gens qui n'ont pas de télévision ? Ont-ils eu le même sentiment d'horreur ou l'ont-ils relativisé par rapport aux souffrances plus proches ? Est-ce peut-être cela la nouvelle définition de "Monde Occidentale," un monde de téléspectateurs captifs ? C'est possible. Je ne suis pas certain que la médiologie puisse remplacer la philosophie, l'image la réflexion, le symbole le réel. Que le spectacle resteras dans les mémoires, et peut-être même dans les livres d'histoire américains semble plus que probable. Qu'il soit un épiphénomène d'un ou de plusieurs processus (évolution du fonctionnement du terrorisme ; Histoire de l'intégrisme, de la politique étrangère américaine, histoire post coloniale, expansion du commerce mondial, histoire des médias, fonctionnement des ONG humanitaires, histoire des Nations Unis) ou le vortex fécond d'un nouveau processus, ne peut encore être déterminé.

 

La mort de la volonté est le sens de l'affirmation immanent de l'acte qui donna naissance à l'événement. Sans préjuger des responsabilités particulières, elle confirme les hypothèses sectaires de son origine. En niant ce monde on affirme que son absence est préférable, que le néant ou autre chose d'immatériel ou de transcendant lui est supérieur. Ce n'est pas un monde meilleur ou plus juste qui est recherché mais la disparition de ce monde. C'est en cela que le onze septembre reste terrifiant. Ce n'est pas l'effondrement de deux immeubles en directe qui choc mais le suicide des responsables. Ce n'est pas comment lutter contre des gens prêts à mourir qui effraie mais comment comprendre des gens qui haïssent le monde, non simplement l'Amérique, mais le monde, la vie, l'être en ce monde.

(Les premiers instants après l'événement les discours des uns et des autres ont tourné autour de la "lâcheté" des responsables de l'acte. Le premier reflex subjectif fut de les nommer "lâches" par rapport aux victimes innocentes, de la bassesse de l'acte ; dans un second temps il fut question, dans un autre discours subjectif, de leur "courage". Mais ce discours reposait sur une subjectivité humaniste ou la vie humaine a une valeur. Un acte qui nie cette valeur, à commencer par son absence chez soi-même, ne peut reposer sur cette valeur. En ce sens, si jugement il doit avoir, le jugement ne peut qu'être de lâcheté ou couardise, de fuite de l'être vers un non-être supposé meilleur, et transcendant les valeurs de ce monde (ici je suis en désaccord avec Baudrillard). Si la conscience de cette valeur "humaine" était présente dans l'acte, elle ne pouvait l'être que par rapport à l'Autre, aux victimes, aux survivants, aux témoins (ici je le rejoins). Et si les mots "courage" ou "sacrifice" peuvent être utilisés, ils ne trouvent leurs sens que pour les sauveteurs, qui eux ont agis en fonction de ces valeurs, et dont certains sont morts en aimant la vie, en voulant sauver celles d'autrui du néant.)

 

Les processus et l'affirmation du vide

 

"Quiconque commence à agir doit savoir qu'il a déclenché quelque chose dont il ne peut jamais prédire la fin, ne serait-ce parce que son action a déjà changé quelque chose et l'a rendue encore plus imprévisible."

Le concept de l'histoire, Hannah Arendt

 

Comme le monde sortant du chaos, l'acte donna naissance à l'événement et enclencha un processus. Que ce processus semble le prolongement d'autres processus ou qu'il semble chaotique lui-même dépends de notre subjectivité. Son affirmation du vide soulignée par son silence en fait le reflet d'une tentation du chaos premier projeté dans le monde qui demeure. L'immortalité du geste est un contrepoint à la mortalité des hommes, qui crée une brèche dans l'histoire par son unicité. Non pas à cause de l'envergure de l'événement - d'autres ont été plus meurtriers ou terrifiants dans les siècles qui l'ont précédé ou même dans la dernière décennie - mais par la globalité de sa négation. Doit-on dire avec Hannah Arendt, que "dans cette situation d'aliénation du monde radicale, ni l'histoire ni la nature ne sont plus du tout concevables ?" La brèche ouverte entre l'historicité des hommes mortels et le refus de l'histoire, entre la finitude et la négation absolue, devient un maelström aspirant tous les vouloirs et toutes les subjectivisations. Ils s'y engouffrent allègrement pour tenter d'exister, pour s'affirmer et se rassurer de leur propre validité.

Le fait que toutes les hypothèses se battissent sur le silence chacune trouve sa justification en elle-même. Le soupçon et la méfiance envers les autres et leurs hypothèses sont de mise. Le vide revendiqué par l'acte semble laisser un terrain vague où tous les processus, toutes les subjectivités, toutes les revendications veulent s'installer. Ils se disputent le terrain conceptuel et historique en se débarrassant de l'événement d'un revers de main qui brandit ensuite l'étendard d'un quelconque processus en ignorant et le sens réel de l'acte et les suites empiriques. Les vouloirs cruels portant masques humanistes ressemblent aux assoiffés de sang dont parle Nietzsche ; ils ont "l'imagination terroriste" décrite par Baudrillard, "cette complicité inavouable."

Les uns et les autres - Baudrillard inclus - ont parlé de Bien et de Mal, chacun selon sa subjectivité. Si revendiquer le Bien suffisait… De tels jugements de valeur sont dangereux par leur aspect nébuleux et manichéen. Chacun dit avoir le Bien dans son cœur ou à ses côtés. Le Bien est du côté des martyres, du côté des victimes, du côté des religieux ou des humanistes. Personne ne dit ce qu'est le Bien, ce qu'est le Mal ; on lui donne simplement un visage et un discours qui sont aussi creux l'un que l'autre. Le Bien et le Mal ne peuvent faire partie de cette analyse. En allant par-delà ces dénominations un conflit plus large se met en place, qui oppose l'immanent au transcendant. L'acte rejette toute subjectivité immanente d'un monde qu'il nie. C'est cette position figée de l'acte qui nous interpelle dans l'événement et nous renvois à nous-mêmes, à l'absurdité de la vie et de la mort, à l'hypocrisie de l'agir mortel dans une histoire perçue comme immortelle. Le onze septembre devient ainsi un rappel sanglant des questions oubliées et de leur place dans la conscience de chacun. Ce n'est pas le monde qui ne sera plus jamais comme avant, ni l'histoire, mais notre manière de les regarder et de nous y mouvoir. Ce n'est plus par rapport à l'événement ou du processus qui est en cours que nous devons réfléchir, mais par rapport à la vie et à l'être qui nous habite. Peut-on assumer l'absurde de notre condition, la revendiquer, et dire que, même humilié, la chair est notre seule certitude ?

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