Graine de fasciste : L’opposition au mariage pour tous - Un message pour les médias

La loi sur le mariage pour tous a été promulguée par le Président de la République aujourd’hui, samedi 18 mai, 2013. Les attentes de milliers de citoyens sont largement satisfaites, et l’égalité des droits est ainsi garantie par cette loi historique. Que le chemin ait été long et difficile ! Que le débat ait souvent été âpre et violent ! Ce qui en reste est un nouveau souffle de liberté sur la nation et, en face, une faction réactionnaire qui se retranche derrière ses propres obsessions. *

Ainsi une nouvelle frange de la droite s’exprime en toute liberté et fait le lien entre homophobie et tendances fascistes. La définition de « fascisme » sur Wikipédia est instructive : « Au sens large, le terme s'est étendu à tout mouvement politique ou organisation s'appuyant sur un pouvoir fort au service d'une classe humaine dominante [6], la persécution d'une classe ennemie chargée de tous les maux, l'exaltation du sentiment nationaliste, le rejet des institutions démocratiques et libérales, la répression de l'opposition et un contrôle politique extensif de la société civile. » Doit-on faire un dessin ?

Il suffit d’écouter le discours des opposants aux nouveaux droits garantis par la loi ; ils nient la validité d’une élection présidentielle, où cette réforme était connue de tous ; ils rejettent l’autorité du parlement à voter la loi ; ils mettent en cause l’autorité du Conseil Constitutionnel parce qu’il invalide leurs propres arguments en défendant le citoyen d’abord. Ainsi ce mouvement se révèle être non seulement un mouvement conservateur inspiré par des croyants imbu de leur propre vérité, mais aussi un mouvement antiparlementaire et clairement homophobe.

C’est en reconnaissant ce fait qu’il est important de ne plus donner de plateforme médiatique à des personnalités sans aucun sens civique.  Les opinions contradictoires ont eus leur droit d’expression, parfois au-delà du convenable ou de l’admissible. Le débat a eu lieu – contrairement aux mensonges maintes fois répétés. Il a eu lieux dans chaque maison, dans la rue, dans la presse écrite, dans des émissions  et des journaux télévisés, et au Parlement. La majorité a parlée et elle n’impose rien aux opposants de la loi ; elle garantit de nouveaux droits à une minorité  longtemps opprimée, insultée et méprisée. C’est à l’honneur de la République de le rappeler.

Le discours de repli et d’exclusion proféré par les ténors du mouvement ne mène qu’à un cul-de-sac. Ces non-entités à la recherche d’un nouveau souffle que sont Boutin et Barjo, qui vomissent leur bile sans se soucier du désordre qu’ils fomentent, se discréditent suffisamment. Que des médias continuent à les recevoir, maintenant que leur discours est clairement passé outre la démocratie et la République, ne mérite aucune mansuétude de la part de citoyens-lecteurs-téléspectateurs, ni de la part de journalistes sérieux.

Il est aussi temps que la droite se ressaisisse. Elle ne peut continuer la délégitimation de la gauche au pouvoir sans délégitimer les institutions qu’elle a elle-même créé. L’UMP a fait d’une question marginale le cheval de bataille de son opposition au pouvoir, dans un rapport de force perdant. De son absence de message est née l’importance donnée à cette loi. Mais aujourd’hui le combat législatif est perdu. Les Copé, Fillon, Waukiez et autres se doivent de montrer l’exemple et d’appeler au calme et au respect de la loi.

Chaque citoyen et chaque élu se doit de respecter les institutions. Ceux qui ne les respectent pas se mettent en dehors de la République. Dans ce cas nous devrions constater qu’existe dans notre pays un mouvement qui est en son essence antirépublicain et fascisant. Ses porte-paroles peuvent prétendre le contraire, mais pour une fois la vérité est dans leur discours : ils (elles) haïssent les urnes, les citoyens, les élus, et la Constitution – cette chose étrange qui défend le « citoyen » et non « un papa et une maman. » Elles adorent les fidèles et les soumis, ceux qui s’agenouillent devant Dieux et les prêtres pédophiles plutôt que devant la loi.

J’en appelle à la responsabilité des journalistes de ne plus offrir une plateforme d’autopromotion aux égéries de ce mouvement nauséabond et fasciste. Les mots ne sont pas trop forts ; il suffit de se rappeler leurs sens. A trop citer les années trente on risque de s’y jeter allégrement par notre propre inconscience. Adolphe Hitler aussi n’était qu’un minable avant de trouver son bouc émissaire. Celles qui semblent ridicules dans leur excès et leur laideur moralisatrice sont en réalité le symptôme d’un danger plus grand. Il serait temps de s’en apercevoir.

 

  • (voir mon blog Zoologisme religieux : le nouvel horizon conservateur)

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