Dominique Venner: Viva la muerte! Nihilisme et Droite hystérique

Le suicide de Dominique Venner dans l’enceinte de la cathédrale de Notre Dame de Paris est l’acte paroxystique du discours hystérique contre le pouvoir actuel. Insulte à la foi catholique, insulte aux innocents qui déambulaient dans la cathédrale, insulte au peuple, et insulte à la République, ce pseudo-sacrifice fait honte à la droite, qui ne sait comment réagir, se cachant derrière « l’acte intime. »

Le suicide de Dominique Venner dans l’enceinte de la cathédrale de Notre Dame de Paris est l’acte paroxystique du discours hystérique contre le pouvoir actuel. Insulte à la foi catholique, insulte aux innocents qui déambulaient dans la cathédrale, insulte au peuple, et insulte à la République, ce pseudo-sacrifice fait honte à la droite, qui ne sait comment réagir, se cachant derrière « l’acte intime. »

Quand Mme Boutin prétend que « la responsabilité incombe en partie à François Hollande » elle oublie les milliers d’homosexuels qui se sont donnés la mort suite au mal de vivre dans une société qui les a longtemps vilipendés, rejetés, même pourchassés. Qui est responsable de leurs morts ? Les discours hystériques, qui voient la fin de la civilisation, la fin du monde, la perte totale des repères, à chaque avancée sociétale, fomentent le désespoir chez les croyants et les faibles d’esprit. Que feront-ils quand ils apprendront la mort de Dieu !

 

Haine de l’autre, haine de la vie

 

La haine de la vie, la haine de ce qui n’est pas figé pour l’éternité, la haine de ce qui évolue, de ce qui tolère puis qui traite ensuite avec indifférence les orientations des uns et des autres, ne peut conduire à des actions constructives. Cette haine qui se drape de paroles faussement lyriques pour s’approprier « des millénaires d’histoire », oubliant au passage l’obscurantisme qui a régné pendant ces millénaires dits chrétiens. Ils veulent que nous nous soumettions à une structure familiale soi-disant intemporelle, figée durant les siècles d’ignorance et d’aveuglement, quand chaque pensée innovante menait au bucher. La haine de l’autre qui s’exprime dans le refus de lui voir octroyés les mêmes droits et le même respect qu’un citoyen lambda ne pouvait que s’exprimer par l’acte le plus violent et égoïste qui soit : le suicide. Le meurtre n’est pas loin.

Pourquoi cet acte encapsule-t-il toute la bêtise de ce mouvement sectaire et réactionnaire ? La posture christique du don de soi ; l’imposture d’une offrande sacrificielle, appelant à témoin les badauds malgré eux. Cet acte qui mélange symbolisme païen et chrétien, est un raccourci pour toutes les manipulations et contorsions intellectuelles pour rationaliser leur haine. Leur malheur est dans leurs contradictions. L’offrande est ternie par l’orgueil.

 

Souvenirs fascistes, miroir djihadiste

 Et tradition en devenir

 

« Viva la muerte, » fut le cri de ralliement de la Phalange espagnole. La mort dans la foi du Christ Sauveur, du Saint Esprit, contre la gauche et son idéologie humaniste. Les djihadistes, que la France combat en Afrique et en Afghanistan, se réclament de Mohammed et d’Allah, contre l’humanisme occidental ; cherchez la différence. Eux aussi combattent pour une loi supérieure, eux aussi nient la valeur humaine pour affirmer l’empire de Dieux sur les hommes. N’est-il pas ironique de voir le mimétisme réactionnaire que démontre cette haine de la vie que partagent ces frères ennemis.

Marine Le Pen affirme son respect de « l’acte politique » de Dominique Venner, tout en le regrettant du bout des lèvres. Respecte-t-elle donc « l’acte politique » des djihadistes à Londres, aux Etats Unis, aux quatre coins du monde ? Le sang des martyrs a la même couleur ; leur haine de la démocratie aussi. Méfions-nous des apologues et des rationalisations – d’où qu’elles viennent.

Quant à l’invocation presque mystique de Jeanne d’Arc par Guillaume Peltier, de La Droite Forte, elle n’en est que plus maladive et malodorante. D’autres ont cherché à utiliser les personnages mythiques ou légendaires pour rameuter le peuple, et cela ne mène qu’à un abyme idéologique.

Il est malheureux de noter que l’église a souvent été derrière ces mouvements liberticides. Que ce soit dans l’expression de l’antisémitisme européen, la lutte contre la laïcité, la reconnaissance des découvertes scientifiques, les progrès sociétaux. L’église a fait beaucoup de progrès sur ces questions ; pourquoi la droite française veut-elle revenir en arrière ?

La haine, qu’elle soit individuelle ou collective abroge tout recours à la raison. Le mépris qui sous-tend les mots d’ordre contre la nouvelle loi, fait aucun usage de la logique. Est répandue une légende d’une « tradition millénaire » qui serait immunisée contre les méfaits de ce même millénaire : millénaire d’exclusions multiples, exclusions des savants, des chercheurs, des libres penseurs, des musulmans, des juifs, des hérétiques, des sorcières, des sodomites.

Parle-t-on de cette tradition millénaire de la servitude et du droit de cuissage, des divorcés excommuniés, du roi de droit divin ? Ils en appellent à la sauvegarde d’une vision hémiplégique de la tradition occidentale. Ils oublient que les grandes avancées ont été faites contre la tradition figée, contre les absolus et les impératifs préconçus. Les « traditions » sont en perpétuel devenir, heureusement.

 

Division des Français :

Mauvaise foi et mensonge

 

La mauvaise foi qui veut que l’égalité des droits pour les homosexuels serait l’équivalent des lois anti-juives démontre l’acrobatie intellectuelle de la droite. Dire n’importe quoi n’importe comment et l’affirmer d’une manière à rameuter leurs électeurs ne pose pas de problème pour les Pelletier et Boutin, le transfuge et la voisine de l’extrême droite. Ils s’agitent et vocifèrent comme les petits fascistes qu’ils cachent en eux, capables de renverser tout raisonnement logique avec impudeur. Ils démontrent par-là leur haine de la raison et de la démocratie.

De là il n’y a qu’un pas pour passer au mensonge politique – celui qui veut que François Hollande divise les Français avec cette réforme. C’est oublier qu’il a hérité d’une France largement divisé par son prédécesseur. Le révélateur qu’a été le Mariage Pour Tous n’est qu’un constat d’une situation enclenché et entretenue depuis cinq ans. La libération de la parole contre les immigrés, les musulmans, les fonctionnaires, les enseignants, les syndicats, les magistrats, les intérêts particuliers, commence avec l’adhésion et l’affirmation de la ligne Patrick Buisson. Cette ligne, qui relègue les Africains hors de l’histoire, et qui parlait de « 600 mosquées pro-Hollande » avant le second tour de la présidentielle, s’est montrée d’un cynisme dangereux quand elle était au pouvoir. Elle l’est toujours dans l’opposition.

Que ceux qui ont usé de ces discours pour animer le pouvoir, s’accrochent aux branches d’un sujet plus complexe, démontre davantage leur propre faiblesse qu’un souffle nouveau. C’est le désespoir et l’impatience du perdant qui ne reconnait toujours pas sa défaite, jusque dans la manipulation de l’histoire et la haine de la raison.

 

Premier cadavre d’une droite maladive

 

La droite est victime de son manque de clarté sur plusieurs sujets. Cela fait suite au fiasco de la ligne Buisson pendant la campagne présidentielle. Il n’y a eue ni inventaire du mandat, ni analyse sérieuse de la défaite. Ce refus l’a laissé susceptible à la multitude de carnassiers qui rampent à travers les ruines à la recherche d’un os à ronger (Droite Forte, FN, Droite Populaire, CIVITAS, F. Barjot). Les sorties contradictoires de plusieurs représentants de l’UMP à l’égard de ces mouvements démontrent la confusion qui continue de prévaloir au sein du parti.

Cette droite, dite « Républicaine » se doit de clarifier sa position sur la République, la laïcité, la légitimité démocratique, et l’égalité des citoyens devant la loi ou l’impôt. Non pas se fourvoyer dans une posture cynique et réactionnaire qui ne sied pas à sa prétention de modernité républicaine.

Le cadavre pestilentiel de Dominique Venner risque de nourrir quelques-uns des carnassiers de droite et d’extrême droite. C’est à l’UMP et l’UDI de se démarquer d’un discours de plus en plus nauséabond ou de se faire dévorer par des chiens enragés qu’ils ne contrôlent plus.

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