La guerre des chiffres de Parcoursup

Depuis le 19 mai, la plateforme Parcoursup est rentrée dans sa phase d’admission. Après deux mois de confinement et l’annonce de nouvelles modalités pour le baccalauréat, cette date a été l’occasion de mesurer les performances de la plateforme vis à vis des années précédentes. Pourtant, les comparaisons ne sont pas facilitées par le ministère.

 © Tambako The Jaguar via Flickr © Tambako The Jaguar via Flickr

En 2020, Parcoursup c’est 857 224 candidats, le passage obligé pour les lycéens qui souhaitent intégrer la plupart des formations du supérieur, mais pas seulement puisque l’on compte environ 22% de candidats en réorientation ou scolarisés à l’étranger. Elle a remplacé à partir de 2018 la plateforme APB qui était accusée d’intégrer une part de tirage au sort. Pour répondre à l’afflux des demandes face à un nombre limité de places, Parcoursup impose une sélection généralisée à partir des dossiers des candidats.
Si la crise du coronavirus n’a, à priori, pas affecté le fonctionnement de la plateforme, on observe cette année une hausse sensible des effectifs. Cette augmentation de près de 70 000 candidats s’explique entre autres par la hausse de la démographie scolaire observée depuis plusieurs années. Toutefois, l’autre raison est plus technique, toutes les formations vont devoir intégrer la plateforme. On en a observé 600 nouvelles cette années, portant le catalogue de formation à plus de 15 000 parcours.

Le 24 mai, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias a critiqué les premiers chiffres de Parcoursup 2020. Face à ces accusations, la ministre Frédérique Vidal a indiquée via France Info que sa comparaison n’était pas “pertinente”. Observons donc les résultats de la plateforme depuis 2018. Pour que la comparaison soit la plus appropriée possible nous allons comparer la proportion de candidats ayant obtenus au minimum un vœu selon le nombre de jours depuis l’ouverture de la phase d’admission. La première chose à laquelle on se heurte alors est la difficulté de comparer les différentes données, on y reviendra plus tard.

Évolution de la proportion de candidats ayant au moins une proposition sur la plateforme Parcoursup suivant les années, MESR © Ugo Thomas Évolution de la proportion de candidats ayant au moins une proposition sur la plateforme Parcoursup suivant les années, MESR © Ugo Thomas

Pour la première fois, seule la moitié des candidats ont obtenu une réponse le deuxième jour de la phase d’admission, sans doute moins de 50% le premier soir. Ce chiffre, symbolique, permet de constater l’écart entre les résultats de 2020 et ceux des années précédentes. Avec un écart moyen de 3.5 points, comparé à l’an dernier, la plateforme est loin de s’améliorer. Si nous ne pouvons pas encore connaître la raison de cet échec, elle nous indique clairement que Parcoursup, contrairement aux annonces de la ministre, ne s’est pas stabilisé.

La publication des données sur la plateforme interroge également. Si la question des algorithmes continue de faire débat, celle de la publication des fameux “tableaux de bord”, les comptes rendus journaliers des admissions, est plus discrète. On observe ainsi une baisse de la qualité des informations. Au début de la plateforme, en juin 2018, on pouvait compter 7 indicateurs différents qui décrivaient l’état des affectations, il n’y en a actuellement plus que 2 (sur deux populations différentes). Les informations dont nous disposions au début nous permettaient de mesurer d’un point de vue qualitatif les réponses apportées par Parcoursup et de savoir combien de candidats, par exemple, avaient acceptés définitivement un vœu. Aujourd’hui, le ministère se contente de nous indiquer combien de personnes ont eu au moins une affectation, quelle qu'elle soit, et combien ont quitté la plateforme, sans plus d’informations.

Comparaison des indicateurs Parcoursup 2018 et 2020 © Ugo Thomas Comparaison des indicateurs Parcoursup 2018 et 2020 © Ugo Thomas


Cette opacité dans l’analyse des données s’est faite en deux fois avec une version allégée des tableaux de bord le 23 juillet 2018 (changement de mode de décompte) et au début de la session 2019 (plus que 2 indicateurs). Aucun impératif de lisibilité ne saurait expliquer cette décision. Elle ne fait que limiter les informations qui sortent de la plateforme et permettent de caler les chiffres sur les discours gouvernementaux. On peut citer le même phénomène au sujet de Campus France quand le ministère de l’enseignement supérieur a changé ses décomptes pour masquer la baisse de candidats extra-européens à la suite de la réforme #BienvenueEnFrance.

Les chiffres de Parcoursup sont au cœur d’enjeux cruciaux pour le gouvernement. Avec un discours très technocratique, très appuyé sur les arguments scientifiques, il lui paraît inconcevable de se voir opposer ses propres chiffres. C’est dans ce contexte que le ministère de l’enseignement supérieur a réécrit les indicateurs afin qu’il corresponde avec son argumentaire. Les chiffres de 2020 sont à ce jour les plus mauvais de la plateforme. Si le manque d’information nous empêche de distinguer les nuances qu’ils contiennent, seule une analyse plus complète nous permettra d’expliquer les raisons de cet échec.

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