Par qui les gens de droite sont-ils représentés ?

Le temps d'un billet de blog, livrons-nous à un petit exercice : mettons-nous à la place d'une personne de droite. Et réfléchissons à l'offre politique qui répond à ses préoccupations.

Livrons-nous un instant à un exercice à la fois simple et compliqué : se mettre à la place d’une personne de droite. Pour cela, imaginons qui est cette personne. Mettons qu’elle s’appelle Elodie. Qu’elle a 35 ans, et habite en périphérie d’une grande agglomération : Nantes, Bordeaux ou Lille. Qu’elle est en CDI dans une PME, et vient d’avoir son 2ème enfant.

Pour Elodie, le plus important dans un pays, c’est de promouvoir le travail, l’effort  : si on ne le fait pas, comment allons-nous collectivement subvenir à nos besoins ? Nos routes doivent être entretenues, nos champs cultivés, nos enfants éduqués. Si tout le monde a la possibilité de se complaire dans l’oisiveté, notre prospérité sera en danger.

Autour d’elle, elle a de multiples exemples de personnes qui ne font pas grand-chose, et qui vivent aux crochets de leurs familles, ou de l’Etat, à travers diverses allocations. Ce n’est pas toujours une situation subie, vous dira Elodie. Certaines personnes pourraient tout à fait travailler à plein temps, mais en décident autrement, car l’Etat leur en donne la possibilité. Alors qu’Elodie, elle, travaille dur. Elle le fait d’abord pour elle-même, mais pas seulement. Elle travaille aussi pour la collectivité, elle souhaite apporter sa pierre à l’édifice, au-delà de l’avantage qu’elle en tire personnellement.

Il y a autre chose qui énerve Elodie. Non seulement les gens ont la possibilité matérielle de travailler peu, mais en plus, ils peuvent même se permettre de ne pas sentir coupable pour cela ! Elle trouve qu’on marche sur la tête. Que des personnes choisissent de ne pas travailler, passe encore. Mais au moins, il faudrait que l’importance du travail leur soit rappelée, et qu’ils aient la décence de ne pas étaler aux yeux de tous leur mode de vie scandaleux.

C’est un peu la même chose pour le talent. Bien sûr, personne n’est logé à la même enseigne : quel que soit le sujet, certains sont très doués, et d’autres non. Il ne s’agit pas de culpabiliser celles et ceux qui ne le sont pas. Mais il faut malgré tout reconnaître l’intérêt qu’il y a pour la société dans son ensemble à valoriser les personnes talentueuses. Collectivement, nous avons besoin que le travail soit fait, et qu’il soit réalisé efficacement, avec intelligence. Et même qu’ils nous permette de vivre mieux demain qu’aujourd’hui ! Pour cela, il nous faut des personnes talentueuses. Si nous ne les valorisons pas assez, ou pire, si elles sont dévalorisées pour cela, elles hésiteront à faire connaître leurs aptitudes. Et tout le monde y perdra.

Quelle est l’offre politique qui s’adresse à Elodie ?

Commençons par la gauche. Le travail, le mérite : voilà des mots qu’ils prononcent bien rarement. Ils ne parlent que de RSA, de chômage, de grève pour défendre les salaires, de sécurité sociale. Des choses utiles, certes, mais visiblement, ils ne partagent pas la préoccupation d’Elodie pour le danger que nous courons à dévaloriser le travail et le talent.

A droite, au contraire, il est fréquemment question de travail. Sarkozy disait même « travailler plus pour gagner plus ». Un beau programme, qui réhabilite le travail, dans l’intérêt de tous. Les mots sonnent juste… mais les actes un peu moins. Elodie a un peu tiqué quand elle a appris que Martin Bouygues, dirigeant du groupe du même nom, avait été témoin du mariage de Sarkozy, et parrain de son fils. Fils de Francis Bouygues, Martin a tout de l’héritier, et pas grand-chose de la personne qui serait arrivé à une position de pouvoir grâce à son talent et son travail.

Elodie n’est pas non plus tout à fait à l’aise avec la position très pro-européenne de Sarkozy ou de Macron. Elle a été assez choquée par la signature en 2007 du Traité de Lisbonne : deux ans auparavant, les Français.es s’étaient prononcé.e.s contre le traité pour une constitution européenne, dont le traité de Lisbonne est très proche. Elodie est une démocrate convaincue, et elle ne voit pas bien pourquoi on demande leur avis aux Français.es si c’est pour ne pas en tenir compte ensuite.

Ensuite, elle ne voit pas d’un bon œil la concurrence des travailleurs détachés. Comment convaincre les ouvriers français de travailler, si en même temps on attribue leur travail à des Bulgares et des Roumains ? Cela semble plutôt défavorable à la promotion de la valeur travail.

Finissons par le Rassemblement National. Comme les Républicains, ils invoquent souvent le travail, et semblent respecter le goût de l’effort. Pour ne rien gâcher, ils disent défendre les intérêts des ouvriers et des petits commerçants. Elodie n’y voit rien à redire… mais pourquoi la personne à la tête de ce parti est la fille de son précédent dirigeant ? Marine Le Pen était donc la personne la mieux placée parmi tous les militants et cadres du Front National pour prendre la suite de son père ? Est-ce vraiment à cause de son talent et de son travail que Marine Le Pen est arrivée à ce poste ? Là aussi, il y a comme une dissonance entre les déclarations et les actes.

Elodie trouve par ailleurs que la question de l’immigration a une place disproportionnée dans le discours du Rassemblement National. Elle n’a rien contre le contrôle des frontières, mais pourquoi stigmatiser en permanence les musulmans ? Elle a plusieurs amis de confession musulmane, et partage leur inquiétude vis-à-vis de ce parti.

Où sont donc les partis de droite en France ? Ceux qui, au-delà des mots, souhaitent sincèrement favoriser l’égalité des chances, la méritocratie, le travail et la prise de risques ? Ceux qui, au lieu de défendre la start-up nation des fils à papa en école de commerce, défendent les intérêts et les valeurs des boulangers, des coiffeurs, des restaurateurs et des garagistes ? Ceux qui n’ont pas pour meilleur ami des héritiers milliardaires ?

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