14 - "Tous citoyens, tous solidaires" - un projet positif, malheureusement avorté

Sous prétexte de lutte contre le coronavirus, des mesures souvent irrespectueuses des libertés fondamentales sont prises... Nous avions, dès le début de ces mesures, engagé un projet ambitieux collectif, qui malheureusement est devenu aujourd'hui sans objet.

La pandémie a bon dos, qui permet d'annuler toutes les manifestation d'esprit civique collectives, et de faire remonter artificiellement dans l'estime nationale le courant politique au pouvoir, qui commençait très nettement de se voir contesté.

Au lieu de risquer de joindre tacitement les concert des pleureurs professionnels soutenant sans le dire la mouvance LREM nous avions proposé de rejoindre un projet collectif « tous citoyens, tous solidaires », nettement plus productif.

Voici quel en était l'argumentaire, tout au début (il serait aujourd'hui à totalement réactueliser, la situatuion ayant beaucoup évolué) :

Les médias et la pandémie :

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus les grands média nous inondent en boucle de messages de trois types :

  1. comment respecter les mesures de prudence jusqu'à l'obsession : par exemple a-t-on le droit de sortir de chez soi pour aller acheter du pain à la boulangerie qui se trouve à 200 m de chez soi ? Réponse apportée partout, et répétée ad nauseam : non si on ne dispose pas de l'autorisation auto-remplie correspondante, à télécharger sur Internet et devant être renouvelée lors de chaque sortie. Ce genre de disposition et d'affirmation est délirant ;

  2. comment vivre le confinement : et on a droit à une multiplication de pseudo-témoignages totalement inintéressants (mais prévisibles) du type : "ça commence à m'énerver de tourner en rond entre quatre murs, mais si c'est pour le bien de tous, alors respectons les consignes légales" (sic) ;

  3. les français ne respectent pas assez les mesures de sécurité prises, il va donc falloir plus de mesures de restriction des libertés fondamentales (exemple caricatural : des mesures de confinement sont annoncées au moment X par M. Macron, deux jours après M. Philippe se lève, ouvre sa fenêtre et déclare « Nos concitoyens, je l'ai vu de mes propres yeux, ne se montrent pas assez civiques, nous allons donc devoir durcir les mesures prises ». Et tous les médias d'applaudir ce comportement à la fois méprisant, dénué de toute nuance, imprégné jusqu'à la moelle d'un autoritarisme de chef de rang de galère.

Les charlatans et autres pseudio-prévisionnistes :

  1. Un médecin à la barbe de prophète se lève un matin du pied gauche et déclare sur un ton apocalyptique qe la chloroquine va guérir les malades du coronavirus. Quels sont les indices qui le lui ont fait penser ? Rien, nada, ein, lo, nothing, on a beau chercher partout, on ne n'en trouve nulle trace. Mais voilà que le prophète prétend avoir effectué un essai clinique sur 24 patients, et qu'ils sont concluants (6 patients infectés sur 24 auraient été guéris en une semaine), prétendu essai clinique non significatif vu le nombre de patients supposés testés, en tout cas ni recoupé ni vérifié par personne. Et donc l'ensemble des hôpitaux du monde entier cherche à tout prix à se procurer de la chloroquine, les pouvoir officiels français s'y mettent aussi, et déclarent que l'utilisation de cette dernière sera préconisée dans les cas graves. Alors-même qu'en plus cet antipaludéen présente des contre-indications graves, parfois mortelles ;

  2. les grands médias du monde entier se mettent à publier quasi-journalièrement des « courbes exponentielles » de propagation de la maladie, qui donneraient à penser que d'ici un mois la planète entière sera atteinte, et le tiers de sa population décédée. Alors que c'est tout bonnement ridicule : dans le cas d'infections commençant de se faire relever d'un suivi précis les courbes sont TOUJOURS exponentielles. Sauf qu'elles se mettent TOUTES (voir l'exemple de la grippe aviaire, entre trois cents autres) à dégringoler au bout de deux mois de surveillance.

L'hystérie apocalyptique :

  1. on en est selon les estimations les plus fortes à 140.000 personnes décédées dans les monde (40 .000 selon les estimations plus prudentes de l'O.M.S.), alors que tout le monde ou presque prétend que cela constitue LE danger le plus considérable au monde. Dix millions de personnes au moins décèdent des hépatites A, B, C chaque année, dont 80 à 90.000 en France, mais ça, ce n'est pas un danger, ni un risque : ça fait partie de la normalité des choses, et ce alors-même qu'on dispose d'un vaccin efficace pour les deux premières, mais qu'aucune campagne publique pour la prise de ce vaccin n'a jamais été initiée ;

  2. tout le monde se munit de gants, alors que l'O.M.S. déclare leur port parfaitement inutile, voire dangereux, et certains ne mettent plus le bout de leur nez dehors, ne serait-ce qu'une fois dans la journée, alors qu'aérer régulièrement son appartement ou sa maison fait partie des conseils élémentaires de santé, et que s'exposer une demi-heure à la lumière du jour évite les risque de carence en calcium, si ça s'accompagne de la consommation d'un verre de lait journalier.

« Plus incohérent que moi tu meurs » :

  1. Pendant deux mois le gouvernement ne songe pas un instant à réunir une cellule d'experts médicaux pour l'aider à prendre les mesures les pus adaptées... Puis sur l'espace de dix jours il en crée deux, dont les avis ne sont pas rendus publics, mais dont on s'aperçoit très vite qu'ils sont en partie contradictoires ;

  2. pendant deux mois on ne prend pas une seule mesure pour limiter les massifs transports en commun des grandes villes, dont les épidémiologistes ont tous déclaré qu'ils constituaient le facteur de contamination le plus massif. On maintient encore (quoique dans des proportions devenues faibles) l'usage de ces transports, alors qu'au contraire se promener seul en forêt, avec zéro risque de contagion, expose à une reconduite chez soi plus une amende substantielle (plusieurs centaines de cas attestés).

  3. Les déplacements sont partout surveillés par une centaine de milliers de fonctionnaires de sécurité, susceptibles par leurs déplacement incessants de contribuer à la propagation de la maladie. La plupart sont dépourvus de masques, alors que d'autres administrations sont toutes prêtes à leur en fournir. Mais c'est refusé, au prétexte que « seules sont habilitées à fournir des masques aux forces de sécurité leurs tutelles habituelles ».

  4. On n'est normalement plus autorisé à se rendre chez son psychothérapeute, sa mercière, son coiffeur, à faire venir un jardinier ou un menuiser chez soi...

  5. Par contre et en opposition aux recommandations strictes de épidémiologistes, les lieux publics (en particulier les toilettes publiques) ne font en rien, strictement rien, l'objet de désinfections plus fréquentes.

La porte ouverte laissée à des mesures de type économique ultra-libérales :

  1. le secteur du bâtiment tout entier est autorisé à continuer ses activités, au prétexte du « maintien à tout prix des activités économiques essentielles » mais AUCUN contrôle des mesures d'éloignement minimal de sécurité (en gros 1, 50 m, voire deux) n'est effectué, dans un champ professionnel où l'on sait que ces mesures ne sont spontanément pas en général respectées ;

  2. le cadre formel de 35h, servant à la base du calcul des horaires de travail est aboli pour un temps indéterminé (bien au-delà donc des mesures de confinement décidées pour 15 jours renouvelables) ;

  3. les lingettes désinfectantes dont on nous rebat les oreilles partout depuis le début de l'épidémie sont devenues introuvables depuis la mi-janvier. Le gouvernement a laissé – et laisse encore – le secteur marchand prendre seul sur ce point des initiatives qu'il aurait dû encadrer et soutenir ;

  4. les congés payés sont maintenant laissés à la discrétion de l'employeur – s'il souhaite transformer un chômage partiel vécu dans le confinement en congés obligatoires, il en a le droit, s'il souhaite déplacer ces congés en fonction des « besoins économiques de l'entreprise, » il en a toujours le droit, sans contrôle aucun ;

  5. le règlement des jours chômés du fait de l'absence éventuelle de travail dans une entreprise privée à but lucratif ont été ramenés arbitrairement à 75 % de la couverture légale jusqu'ici ;

  6. Les tournées postales ont été réduites à trois jours, sans qu'aucune raison de santé publique ne le justifie (le motif est en réalité économique).

  7. La mise en jachère des cours dans le primaire et le secondaire, supposée se voire palliée avantageusement par le CNED ne s'est accompagnée d'aucun encadrement téléphonique ou vidéo-communicationnel pourtant facile à mettre en place, laissant ainsi le champ libre aux entreprises privées - à but lucratif - d'accompagnement pédagogique.

La porte ouverte laissée à des mesures autoritaires extrêmes, se rapprochant des dispositifs sécuritaires prônées par l'extrême droite :

  1. il n'est en principe normalement plus possible de se rendre chez son psychothérapeute, son coiffeur, sa mercière, etc.

  2. certains commerces ou vendeurs de tabacs, en particulier dans les banlieues des grandes villes, se trouvent en rupture d'approvisionnement. Il est en principe interdit d'aller se fournir plus loin, puisqu'ils sont censés répondre à la demande. Qu'ils ne puissent le faire n'est pas pris en compte par l'autorité publique, malgré l'évidence du besoin (nombreux exemples d'injonction à regagner son domicile, assorties d'amendes) ;

  3. des conducteurs jugés en sortie « illégitime » se sont déjà vus confisqués leur véhicule par dizaines, alors même que leur seul tort a été de remplir en y laissant subsister une formule approximative, leur "déclaration de sortie par nécessité" ;

  4. des couvre-feux nocturnes (absurdes en ceci que se promener seul la nuit sur un chemin de campagne ou dans une rue quasi-déserte est mille fois moins vecteur de risque que de se mêler le jour à la foule des consommateurs dans les grandes surfaces). Ces couvre-feux ont TOUS été décrétés par des municipalités d'extrême-droite du sud de la France, mais n'ont pas été contrariées, si peu que ce soit, par le gouvernement. Il serait même question d'étendre ces mesures liberticides à la région parisienne.

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Des dizaines d'entre nous (dont au moins trois épidémiologistes hospitaliers) étions donc entrés, moyennant toute connaissance de cause et prise de responsabilité respectueuse des mesures de santé publique nécessaires, en résistance.

Nous nous autorisions à effectuer quelque mesure de publicité et d'action collective nécessaires face au développement des fakes news, mesures autoritaires inutiles et liberticides.

Et proposions à toutes personnes intéressées des actions concrètes et productives (y compris pour rendre le confinement moins destructif), dont les premières étaient immédiatement précisées. Si nous arrivions assez vite à nous organiser, des dispositifs départementaux se seraient vus partout mis en place.

Une pétition publique avaitété immédiatement mise en ligne, et signée par plus de 7000 personnes en cinq jours.

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Le résultat, dans un premier temps encourageant (1500 volontaires déclarés, dont plus d'une soixantaine acceptant de contribuer activement un minium de deux heures par semaine), déboucha hélas sur un flop gigantesque au bout de deux mois :

* le diffuseur de la pétition refusa de nous confier les courriels des volontaires, malgré ses engagements de départ - il exigeait de nous une somme monumentale, jamais annoncée auparavant, de 500 euros pour nous les rendre accessibles ;

* Médiapart invisibilisa comme à son habitude un tel type de billet, parce qu'il y proposait un engagement positif, et non les concerts de jérémiades qui constituent sa ligne directrice éditoriale (enfin, s l'on peut dire) ;

* nous nous trouvâmes littéralement assaillis de pseudo-contributiteurs nous déclarant en substance : "oui, c'est intéressant, mais il y a un détail sur cinquante qui nous gêne, tant que vous n'aurez pas rectifié ce détail (à chaque fois différent pour chaque contradicteur) nous ne bougerons pas" ;

* environ deux-cents aficionados de Raoult nous envoyèrent des messages incendiaires déclarant : "de quel droit vous permettez-vous de vous exprimer ? Seule sa grâce Raoult aurait le droit de coordonner quelque mouvement que ce sot en France" ;

* les choses mettant dès lors trop de temps à se concrétiser, s'organiser, se solidifier, plus de la moitié des volontaires de départ se désengagèrent trop vite, en se disant "encore un mouvement velléitaire sans lendemain". Et ce alors même qu'un site très bien conçu, pour lequel nous nous étions cotisés, avait déjà commencé de mettre en ligne propositions, contributions, réunions départementales ou régionales.

Cela nous servira de leçon, à de multiples titres. Et évidemment nos contributions à Médiapart, qui n'est un journal d'information qu'à 20 %, et de propagande négative à 80 % s'arrêtent définitivement ici.

Amicalement à tou(te)s les gens, les personnes, les amis que j'ai eu la chance d'y rencontrer, sur le fl de certains billets (pas sur celui des pseudo-artcles, non celui des billets les plus invisibilsiés de tous,

Under'

NB (29 septembre 2020) : de multiples avis d'experts, d'instances officielles, d'institutions, nous donnent aujourd'hui raison, six mois après ce billet..

Citons-en seulement deux :

1) https://www.youtube.com/watch?v=xcU8AVLlTQA

2) le rapport de la nouvelle Défenseuse des droits, daté du 23 septembre 2020. Il énonce clairement que les autorités actuelles sont en train d'instaurer un climat de contrôle mortifère et injustifié.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/09/24/la-defenseure-des-droits-s-inquiete-d-une-prolongation-de-l-etat-d-urgence-sanitaire_6053492_3224.html

 

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