Il est urgent d’ouvrir réellement les portes de l’enseignement supérieur

Alors que de plus en plus de jeunes arrivent dans l'enseignement supérieur, le nombre de places ouvertes pour les accueillir dans de bonnes conditions n'est pas à la hauteur. L'ensemble des signataires de cette tribune, jeunes, étudiant-e-s, lycéen-ne-s, professeur-e-s, parent-e-s d'élèves, dénoncent cette situation et les politiques qui l'ont amenée, et les réponses apportées par le Gouvernement.

Le nombre de jeunes qui font le choix de rejoindre l’enseignement supérieur est en constante augmentation. Cette situation est une chance pour notre pays afin de répondre aux enjeux économiques, sociaux mais également démocratiques de demain : dans un monde de plus en plus complexe, un nombre croissant de citoyen-ne-s doivent avoir accès aux études supérieures et à une qualification nationalement reconnue.

Face à la montée des idées d’extrême droite dans notre société, nous ne cèderons à aucune fatalité. L’éducation, principal rempart contre l’obscurantisme doit être une priorité nationale. Nous refusons également les discours qui s’abritent derrière la crise économique plutôt que d’agir pour le progrès social. Alors que la reproduction sociale joue à plein, l’école et l’université sont les leviers essentiels pour donner à chacun.e le droit à un avenir meilleur. C’est le devoir de la République que de donner à tous ses enfants les mêmes droits effectifs.

> Un système éducatif à bout de souffle

Nous sommes confrontés à une situation des plus absurdes : poursuivre ses études est un parcours du combattant pour des milliers de jeunes. Tirage au sort, sélection légale ou illégale, annonces des prérequis, les obstacles sont, chaque année, de plus en plus nombreux. Les 117 000 jeunes sans affectation, au 26 juin 2017, en sont la parfaite illustration.

Face au boom démographique prévisible depuis les années 2000, face à la pénurie budgétaire récurrente qui touche les universités, face à des capacités d’accueils insuffisantes et imposées, des milliers de jeunes risquent de rester sur le carreau à la prochaine rentrée universitaire. Le droit aux études, pourtant garanti par le Code de l’éducation, est donc remis en cause dans les faits. En plus d’être absurde, cette situation est inacceptable !

> La sélection n’est pas la solution

Face à cette situation, les réponses sont loin d’être à la hauteur. Les idées fusent pour trier les étudiant-e-s à l’entrée de l’université, sous couvert d’une sélection qui ne dit pas son nom. Si tout le monde s’accorde pour dire que le tirage au sort n’est pas acceptable, la solution se trouverait derrière une succession de termes techniques qui renvoient tous à une même réalité : rejeter une partie des jeunes de l’enseignement supérieur ou leur imposer un parcours d’orientation non choisi.

Nous refusons que l’université se transforme en temple sélectif. Nous ne pouvons nous contenter de trier des jeunes et d’en condamner une partie à abandonner leurs études parce qu’ils en sont exclus ou parce qu’ils n’ont pas eu le choix de leur projet d’orientation. Pour certains, il conviendrait de choisir quel jeune aurait les « capacités » ou non, à poursuivre les études de son choix. Ce sont tantôt les bachelier∙e∙s professionnel-le-s et technologiques, tantôt les bachelier∙e∙s n’ayant pas obtenu de mention au bac (ce qui concerne plus de 52% des bachelier∙e∙s) qui sont pointé-e-s du doigt.

> Nous avons un choix de société à faire.

Nous sommes à la croisée des chemins : soit nous faisons le choix de passer un nouveau cap dans la démocratisation de l’enseignement supérieur pour faire réussir le plus grand nombre, soit nous faisons le choix de la régression et de la sélection. Derrière le second choix, une réalité : condamner les jeunes, toujours les mêmes, à la précarité, affirmer à toute une partie de la jeunesse qu’elle n'est  pas la bienvenue dans l’enseignement supérieur et la priver d’accès au diplôme. Mais ne nous mentons pas sur les personnes concernées, il s’agira évidement des jeunes d’origine sociale les plus modestes, les jeunes les plus fragiles, les jeunes déjà confrontés au quotidien aux discriminations.  Nous refusons que la reproduction sociale soit la règle !

> A l’heure où certains font le choix du renoncement, nous faisons le choix de la démocratisation de l’enseignement supérieur.

Plutôt que de renoncer, nous jeunes, étudiantes, enseignant∙e∙s et enseignant.e.s-chercheur.e.s, parents d’élèves, lycéen∙ne∙s, militants de l’éducation ou simples citoyen.ne.s, nous refusons de condamner des milliers de jeunes à l’échec ! Nous refusons ces solutions qui ne sont pas les bonnes. Nous réaffirmons la nécessité de garantir un droit à l’éducation et de donner les conditions de la réussite dans le service public de l'Enseignement Supérieur car nous refusons que l’accès aux études soit conditionné à notre origine sociale, à notre sexe ou origine géographique. Nous faisons le choix d’ouvrir les portes de l’enseignement supérieur public. Permettre à la jeunesse l’accès à un avenir meilleur est une nécessité que nous faisons le choix d’assumer collectivement. Au-delà de nous, il est plus que jamais de la responsabilité de l’état et du nouveau gouvernement de faire également le choix de l’avenir.

Ces dernières années, nous avons trop demandé aux étudiant∙e∙s de s’adapter à l’université, c’est maintenant à l’université de s’adapter aux étudiant∙e∙s. Pour cela, il est nécessaire de garantir le droit des jeunes de choisir leur projet d’étude, de les accompagner dans ces choix et de leur permettre de le faire évoluer. Il faut changer en profondeur notre vision et le fonctionnement de l’enseignement supérieur pour favoriser la réussite de tous les jeunes.

Il est également nécessaire de mettre fin à notre vision centrée sur le court terme. Les besoins de la société évoluent au fil du temps. En témoigne la place primordiale du débat écologique ou encore des besoins d’innovations de la société française. Cela ne peut se faire qu’en acceptant l’idée que les besoins au temps « t » du monde du travail ne correspondent pas toujours aux besoins de long terme de la société. En revanche, un monde en perpétuel changement rend plus que jamais nécessaire l’accès à toutes et tous à une formation émancipatrice permettant à chacune et chacun de se former tout au long de la vie.

Enfin, cela passera par la sauvegarde du rôle fondateur de l’éducation comme pilier central d’émancipation et de lutte contre la reproduction sociale. L’éducation a un rôle fondamental dans notre société, celui de permettre à tout individu de pouvoir s’élever socialement, d’être acteur de sa vie, et de faire contribuer chacun∙e à l’intérêt général.

Il est donc plus que jamais de la responsabilité de l’Etat de choisir à son tour la réussite de tous les jeunes désireux de se former par l’ouverture de l’enseignement supérieur. Redonner l’espoir à une population et répondre à ses besoins ne pourra jamais se faire par le choix de restreindre la réussite de certain !

Monsieur le Président, Madame la Ministre, nous vous enjoignons à ne pas condamner une partie de la jeunesse avant même qu’elle n’ait eu la possibilité de réussir !

Signataires :

  • Lilâ Le Bas, étudiante, Présidente de l’UNEF (Union Nationale des Etudiant-e-s de France)
  • Clara Jaboulay, lycéenne, Présidente de l’UNL
  • Alexia Rebeyrolle, lycéenne, Présidente du SGL
  • Rachid El Guerjouma, Président de l'Université du Maine
  • Yves Jean, Président de l’Université de Poitiers
  • Danielle Tartakowski, présidente honoraire de l’université Paris 8 – Vincennes
  • Liliana Moyano, parent d’élève, Présidente de la FCPE
  • Carla Dugault, parent d’élève, Secrétaire Générale de la FCPE
  • Muriel Coret, enseignante-chercheure, sciences du langage, Poitiers, SNESUP-FSU
  • Pierre Chantelot, enseignant, mécanique, Marne -la-Vallée, SNESUP-FSU
  • Hervé Christofol, enseignant-chercheur, génie industriel, Angers, secrétaire général SNESUP-FSU
  • Xavier Lambert, enseignant-chercheur, arts plastiques, Toulouse 2, SNESUP-FSU
  • Nathalie Lebrun, enseignante-chercheure, didactique de la physique, Lille 1 & Paris 7, SNESUP-FSU
  • Anne Roger, enseignante-chercheurs, STAPS histoire du sport, Lyon 1, SNESUP-FSU
  • Alet Valero, enseignant-chercheur, langues et littératures hispaniques, Toulouse 2, SNESUP-FSU
  • Simone Cassette, membre du CNESER, UGICT-CGT
  • Sylviane Lejeune, membre du CNESER, UGICT-CGT
  • Dominique Ghaleb, membre du CNESER, UGICT-CGT
  • Carlos Labat, membre du CNESER, SNTRS-CGT
  • Daniel Steinmetz, membre du CNESER, SNTRS-CGT
  • Majdi Chaarana Vice-Président CA étudiant de l’université Lyon 2 – Lumières
  • Léa Bonnet Vice-Présidente CFVU étudiante de l’université Lyon 2 - Lumières
  • Solène Delusseau Jenodin, Vice-Présidente étudiante de l’Institut d’Etudes Politiques (Sciences Po Paris)
  • Maeva Tisserand, Vice-Présidente étudiante de l’Université Paris 13
  • Léa Pierret, Vice-Présidente étudiante de l’université Paris – Nanterre
  • Camille Salas, Vice-Présidente étudiante de l’université Bordeaux Montesquieu – Montaigne
  • Axel Loscertales, Vice-Président étudiant de l’université Toulouse 2 Jean Jaurès
  • Téo Faure, Vice-Président étudiant de l’université Paris 8 Vincennes
  • Thomas Khabou, Vice-Président étudiant de l’université Paris – Est Créteil
  • Mathilde Noury, Vice-Présidente étudiante de l’Université Sorbonne-Nouvelle Paris 3
  • Helno Eyriey, Vice-Président étudiant de l’Université de La Réunion
  • Laurence De Cock, historienne
  • Benjamin Lucas, Président du Mouvement des Jeunes Socialistes
  • Camille Lainé, Secrétaire Générale du Mouvement des Jeunes Communistes Français
  • Fabienne Ferrerons Secrétaire Nationale aux Relations Extérieures de la JOC
  • Antoine Guerreiro, secrétaire national de l’Union des Etudiants Communistes

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