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Billet de blog 11 janvier 2026

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Émirats arabes unis-Israël, la peste et le choléra pour redessiner le Proche-Orient

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L’entente entre les Émirats arabes unis et Israël n’est pas une simple normalisation diplomatique ou comme une parenthèse conjoncturelle ouverte par les Accords d’Abraham. Il faut regarder de plus près ce qui constitue un axe de collaboration qui vise à déstabiliser toute une région. Ce qui se joue depuis plusieurs années est en effet bien plus profond : la constitution d’un axe de pouvoir autoritaire, militarisé et technologiquement sophistiqué, qui fait de la fragmentation des sociétés arabes et de l’affaiblissement des États régionaux un outil central de domination coloniale et prédatrice. Le Yémen, loin d’être un théâtre périphérique, en est aujourd’hui l’un des laboratoires les plus révélateurs, d’ailleurs ce n’est pas hasard étant donné que le Yémen est un des derniers pays arabes pleinement mobilisé dans la défense des Palestiniens.

Cette alliance repose ainsi sur une convergence idéologique claire. D’un côté, Israël, État colonial tardif, construit sur la dépossession, la militarisation permanente et le génocide des populations palestiniennes. De l’autre, les Émirats arabes unis, régime autoritaire post-pétrolier, obsédé par le contrôle politique, la neutralisation de toute contestation et la projection de puissance au-delà de ses frontières réelles. Ce qui unit Tel-Aviv et Abou Dhabi n’est pas seulement un ennemi commun désigné, l’Iran, les mouvements islamistes ou toute forme de souveraineté populaire arabe, mais une même vision du monde : celle d’un Moyen-Orient gouverné par des élites sécuritaires, débarrassé des peuples comme acteurs politiques et surtout les seuls réellement légitimes.

Les Accords d’Abraham ont offert à cette vision un vernis diplomatique, mais la dynamique était déjà à l’œuvre. Avant même 2020, les coopérations sécuritaires, les échanges de renseignement et les convergences stratégiques se multipliaient dans l’ombre. La normalisation n’a pas créé l’alliance, elle l’a rendue opérante à grande échelle. Elle a permis une intégration ouverte des capacités israéliennes (surveillance, drones, cyber, renseignement) dans les projets régionaux émiratis, tandis qu’Israël gagnait un accès géographique, logistique et politique à des espaces qui lui étaient jusqu’alors difficilement accessibles.

Le Yémen est devenu l’un des terrains privilégiés de cette stratégie. Officiellement engagés aux côtés de l’Arabie saoudite pour restaurer un gouvernement reconnu internationalement, les Émirats ont très rapidement poursuivi un objectif différent : démanteler l’unité yéménite et transformer le sud du pays en zone d’influence durable. Ce choix n’est ni improvisé ni tactique, il est structurel. En soutenant des forces séparatistes, en armant des milices locales et en s’appropriant les infrastructures portuaires et les points de passage stratégiques, Abou Dhabi a méthodiquement vidé de son sens toute perspective de souveraineté yéménite réelle.

C’est précisément là que l’apport israélien devient central. La présence documentée de systèmes de surveillance, de radars et d’infrastructures militaires sur des îles yéménites stratégiques ne relève pas de la rumeur. Elle s’inscrit dans une logique de contrôle des routes maritimes internationales, du détroit de Bab el-Mandeb à la mer Rouge, et de projection de puissance bien au-delà du cadre israélo-palestinien. Le Yémen est en effet un point nodal du commerce mondial et un verrou géopolitique majeur. En s’y implantant par procuration émiratie, Israël étend son empreinte régionale sans en assumer le coût politique direct.

Ce schéma se répète ailleurs, notamment dans la Corne de l’Afrique, où les Émirats ont préparé le terrain d’une influence israélienne accrue en investissant dans des régions sécessionnistes, en construisant des infrastructures stratégiques et en militarisant des espaces officiellement soutenus. Cette méthode est cohérente : soutenir formellement l’unité des États tout en finançant et armant les forces qui la rendent impossible. La fragmentation devient ainsi un outil de stabilité autoritaire, non pas au service des populations, mais au profit d’un ordre régional verrouillé.

Ce que cet axe EAU–Israël combat avec le plus d’acharnement, ce ne sont pas seulement des adversaires géopolitiques, mais toute dynamique politique issue des sociétés arabes elles-mêmes. Les soulèvements populaires de 2011 ont marqué un traumatisme durable pour Abou Dhabi, tout comme pour Tel-Aviv ils ont rappelé le danger que représente une région politiquement vivante et imprévisible. Depuis lors, la priorité est claire, il faut empêcher l’émergence de forces politiques autonomes, qu’elles soient islamistes, nationalistes ou simplement populaires. Le Yémen, comme la Palestine, comme le Soudan ou la Libye, devient un espace à neutraliser plutôt qu’à reconstruire.

Le génocide à Gaza, loin d’avoir affaibli cette alliance, l’a renforcée idéologiquement. Les déclarations émiraties affirmant que les revendications palestiniennes seraient devenues « excessives » traduisent une rupture historique : celle d’un régime arabe assumant publiquement son alignement sur la vision sioniste sur le sort qui doit être fait des Palestiniens, tout en cherchant à exporter ce modèle ailleurs. La Palestine n’est plus un symbole de libération, mais un problème à contenir, le Yémen n’est plus un pays, mais un dispositif stratégique.

En réalité, ce que construisent Israël et les Émirats n’est pas un ordre régional stable, mais un système de dépendances, de milices et de protectorats informels, fondé sur la force, la technologie et la division. Cette architecture peut sembler efficace à court terme, mais elle produit un chaos durable, une violence diffuse et une dépossession politique massive. Elle remplace les projets collectifs par des enclaves armées, les souverainetés populaires par des accords sécuritaires, et la paix par une gestion permanente de la guerre.

Face à cet axe, la question n’est donc pas seulement géopolitique. Elle est profondément politique et morale. Elle interroge la possibilité même, pour les peuples du Moyen-Orient, de reprendre la main sur leur histoire. Tant que l’alliance Émirats–Israël imposera la fragmentation comme horizon, le Yémen restera un champ d’expérimentation du pire, et la Palestine le rappel brutal que la normalisation ne pacifie rien, elle ne fait qu’accélérer le génocide, elle déplace simplement la violence et la rend plus acceptable aux yeux des puissants.

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