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Billet de blog 27 janvier 2026

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Prisonniers palestiniens : l’architecture carcérale d’un régime colonial

On ne comprend rien à l’occupation israélienne sans analyser son système carcéral. L’incarcération de masse des Palestiniens n’est ni accidentelle ni sécuritaire : elle est un pilier de la domination coloniale. Détention administrative, emprisonnement d’enfants, répression politique : la prison est une arme centrale pour briser toute résistance et nier l’autodétermination palestinienne.

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On ne comprend rien à la réalité de l’occupation israélienne si l’on ne place pas le système carcéral au centre de l’analyse. L’emprisonnement de masse des Palestiniens n’est ni un dommage collatéral du conflit, ni une dérive sécuritaire ponctuelle. Il constitue l’un des instruments fondamentaux de la domination coloniale exercée par Israël sur le peuple palestinien depuis des décennies.
Aujourd’hui, plus de 10 000 Palestiniens sont détenus dans les prisons israéliennes. Parmi eux, des centaines d’enfants, de femmes, de personnes âgées, de malades chroniques. Plus de 3 000 prisonniers sont enfermés sous le régime de la détention administrative : sans inculpation, sans charges formelles, sans procès, sur la base de dossiers secrets inaccessibles à la défense, renouvelables indéfiniment. Cette pratique viole frontalement le droit international humanitaire et les principes fondamentaux du droit pénal moderne.
Ce système n’a rien d’exceptionnel ni de conjoncturel. Depuis 1967, plus de 800 000 Palestiniens ont connu la prison israélienne. Cela représente près de 40 % de la population masculine palestinienne. Aucune société contemporaine n’a subi un tel taux d’incarcération sur une aussi longue durée sans que cela ne révèle une vérité politique centrale : il ne s’agit pas d’un État de droit confronté à des menaces sécuritaires, mais d’un régime colonial qui gouverne par la coercition.
Les gouvernements occidentaux ne peuvent prétendre ignorer cette réalité. Elle est documentée de manière exhaustive par des organisations internationales reconnues : Amnesty International, Human Rights Watch, Defence for Children International, B’Tselem, Addameer, et même par des agences des Nations unies. Pourtant, l’Union européenne et ses États membres persistent à parler de « préoccupations » ou de « désaccords » avec Israël, tout en maintenant une coopération politique, militaire et économique pleine et entière. Cette hypocrisie n’est pas une faiblesse morale : elle est un choix politique.
La répression vise très tôt. Chaque année, plusieurs centaines d’enfants palestiniens sont arrêtés, souvent lors de raids nocturnes, menottés, interrogés sans la présence d’un avocat ou d’un parent. Les mauvais traitements, l’isolement, la pression psychologique, les violences physiques et la privation de soins sont des pratiques largement attestées. Plus de 40 % des enfants détenus le sont sans inculpation formelle. Rien de cela n’est accidentel. Tout est organisé.
La détention administrative est au cœur de cette stratégie. Elle permet d’enfermer indéfiniment toute personne perçue comme une menace potentielle : élus locaux, journalistes, universitaires, étudiants, militants associatifs, syndicalistes, défenseurs des droits humains. La notion même de « menace » n’est jamais définie juridiquement. Elle relève du pur arbitraire militaire. L’objectif est limpide : décapiter toute structuration politique palestinienne autonome, empêcher l’émergence d’un leadership populaire et maintenir la société palestinienne dans un état de vulnérabilité permanente.
Dans ce contexte, la direction politique palestinienne issue des accords d’Oslo porte une responsabilité historique majeure. L’Autorité palestinienne, censée être une étape vers l’autodétermination, s’est progressivement transformée en sous-traitant de la sécurité israélienne. Dépendante financièrement des bailleurs occidentaux, privée de souveraineté réelle, elle assure une coordination sécuritaire étroite avec l’occupant.
Concrètement, cette coordination signifie que des Palestiniens sont arrêtés par des forces palestiniennes pour des raisons politiques, que des informations sont transmises aux services israéliens, et que toute forme de résistance est criminalisée au nom de la « stabilité ». Une direction qui coopère avec une puissance occupante pendant que des milliers de prisonniers politiques croupissent dans ses geôles ne peut prétendre incarner un projet de libération nationale. On ne libère pas un peuple en surveillant ses résistants pour le compte de son colonisateur.
Les prisonniers palestiniens ne sont ni un enjeu humanitaire secondaire ni une monnaie d’échange diplomatique. Ils constituent le cœur vivant de la lutte palestinienne. Chaque prisonnier incarne le refus de la soumission, la continuité de la résistance et la dignité face à une entreprise systématique d’effacement. Leur existence même contredit le récit israélien d’une occupation « défensive » et révèle la nature profondément violente du régime imposé aux Palestiniens.
Aucune paix juste n’est possible tant que perdure l’emprisonnement massif et arbitraire d’un peuple colonisé. Aucune autodétermination réelle ne peut émerger tant que ceux qui résistent sont neutralisés par la prison, parfois avec la complicité de leurs propres dirigeants. La libération des prisonniers palestiniens n’est pas une revendication parmi d’autres : elle est une condition préalable à toute perspective de justice.
Elle exige la fin immédiate de la détention administrative, la rupture totale avec la coordination sécuritaire, et la reconstruction d’un projet politique palestinien indépendant, enraciné dans la résistance populaire et soutenu par une solidarité internationale conséquente.
Un peuple colonisé n’a pas besoin d’une autorité qui administre ses chaînes. Il a besoin d’un mouvement capable de les briser. 

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