La révolution ne sera pas télévisée

  

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    Et si Gill Scott-Heron avait eu raison avant l’heure ? Son poème The revolution will not be televised écrit à l’époque des black panthers trouve un écho étonnant aujourd’hui :

There will be no pictures of pigs shooting down brothers in the instant replay.

Il n’y aura pas d’images des cochons qui descendent nos frères.

     Non, il n’y aura bientôt plus d’images des brutalités policières dans une Espagne au bord de la fracture sociale. Le gouvernement espagnol envisage en effet de passer une loi qui interdit la reproduction d’images et de vidéos de policiers en exercice de leur fonction.

Le gouvernement espagnol élabore une loi qui interdit de photographier et filmer les policiers. Le ministre de l’intérieur assure qu’ils ne sont pas en train de lutter contre la liberté d’expression mais veulent protéger la vie des représentants de la loi.

L’ébauche de cette loi intervient alors que le pays fait face à des vagues de protestation contre des mesures d’austérité visant les secteurs de la santé publiques et de l’éducation.

La nouvelle loi va interdire « la prise, la reproduction et l’édition d’images, de sons, ou d’informations des membres des forces sécurité ou des forces armées dans l’exercice de leurs fonctions » a déclaré le directeur de la police, Ignacio Cosido. Il a ajouté qu’elle cherchait à « trouver l’équilibre entre la protection des droits des citoyens et celle des forces de sécurité ».

La diffusion d’images et de vidéos sur les réseaux sociaux tels que Facebook sera également punissable sous cette législation.

     Vous avez bien lu. Facebook et Youtube, les fers de lance des révolutions arabes car incontrôlable par le gouvernement et détournant le flux d’information traditionnel sont aussi ciblés. L’apport des nouvelles non produites par les télévisions d’Etat, montrant crûment la réalité de la répression est une pierre angulaire de mouvements sociaux actuels. Ces outils sont indissociables des révolutions. On se souvient d’ailleurs que l’Egypte de Moubarak, comprenant leur importance, avait décidé purement et simplement de couper l’accès au net.

     L’éternelle excuse sécuritaire ne doit pas cacher la réalité des faits. Pourquoi ce qui est révoltant de la part d’un gouvernement totalitaire serait acceptable de la part d’un gouvernement dit démocratique ? Parce qu’il est plus pernicieux ? Vous pouvez allez sur internet, mais vous n’avez pas le droit de poster…

     Le journal El Mundo ne s’y trompe pas et s’inquiète dans son éditorial des conséquences d’un telle loi. Filmer une manifestation devenant de fait un acte hors la loi :

Si cette loi voit le jour, il deviendra impossible de connaître les évènements qui se déroulent dans la rue, alors même que celle-ci est en pleine ébulition à cause de la dramatique situation économique de beaucoup de familles.

     Est-il concevable qu’un journal télévisé ne puisse plus parler des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants ? Qu’un internaute croupisse en prison pour avoir osé poster une vidéo sur Youtube ou une photo sur Twitter d’un flic tabassant un vieux réclamant que sa retraite ne soit pas réquisitionnée par un gouvernement illégitime pour éponger une dette imaginaire ? Il faut croire que oui.

     Mais ce n’est pas grave, la solution existe. L’infomercial. Savant mélange d’information et de commercial (publicité en anglais).  CNN a reconnu produire des nouvelles favorables au Barhein contre rémunération. Part la même occasion, ils ont supprimé un reportage (pourtant primé en 2012 dans un festival à New York) qui ne rentrait pas dans cette ligne de conduite. Et ils ont viré la journaliste qui a eu l’outrecuidance de raconter un brin de vérité.

     On sait maintenant ce qu’il reste à faire à OWS ou aux indignés s’ils veulent gagner du temps d’antenne et être dépeint « favorablement »…

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