Homo sclavus ou l'Homme esclave

    Si l’on considère  Homo sapiens (homme savant) comme intelligent, sage, raisonnable ou encore prudent, son descendant direct Homo sclavus (homme esclave), actuellement représentant majoritaire du genre Homo, s’en distingue grandement. Explorons ensemble ses principales caractéristiques.

La perte de l’esprit critique

     Les anthropologues du futur (ou les extraterrestres d’aujourd’hui) marqueront comme tournant majeur dans son évolution l’abandon de l’esprit critique. Homo sclavus est en effet incapable de se forger une opinion personnelle, de faire preuve d’esprit d’analyse pour comprendre une situation. Il s’en remet pleinement aux experts de la télévision qui lui expliquent à longueur de journée ce qu’il doit penser et pourquoi. Il ne croit d’ailleurs, que ce qu’il voit à la télévision, celle-ci disposant d’une aura de vérité inexplicable. Cette pensée prémâché s’accompagne d’une peur irrationnelle de toute pensée dite subversive (courantes sur internet). Fort heureusement, Homo sclavus y a développé un moyen de défense efficace, successeur du bouchage d’oreille en criant le plus fort possible: l’accusation de conspirationnisme, soeur jumelle du désormais célèbre point Godwin.

Homo sclavus s’informant devant le journal télévisé de J.P Pernaut.

Exemples:

  • Question: « Je me demande pourquoi la FED, ‘banque centrale américaine’, qui imprime autant de dollars (monnaie de référence mondiale) que bon lui semble, est une banque privée? Dès lors, ne défend-elle pas des intérêts privés plutôt que ceux du peuple américain, sans parler de ceux de l’Humanité? »
  • Réponse (en courant tel un poulet sans tête, les bras levés): « Aaaaaaaaaaa théoricien du complot!!! »

Ou encore

  • Question: « Monsieur Valls, pensez-vous que le processus démocratique soit respecté dans des réunions type Bilderberg à laquelle vous avez récemment participé, et partagez vous leur projet de gouvernance mondiale? »
  • Réponse: « C’est étrange, ce sont les mêmes qui parlent du groupe Bilderberg qui posent des questions sur le 11 septembre et ce sont les mêmes qui ensuite nient la Shoah ». Notez que poussé dans ses retranchements, Manuel Valls fait coup double: accusation de conspirationnisme suivie de près du point Godwin. Son argument suivant aurait probablement été le bouchage d’oreille en hurlant « Démons, Démons!! ».

   

La soumission à l’autorité

     Outre l’abandon de l’esprit critique, et probablement comme conséquence directe, Homo sclavus fait preuve d’une surprenante soumission à l’autorité, que celle-ci soit légitime ou pas. Par exemple, bien qu’il sache pertinemment qu’il vit sous le joug d’un cartel bancaire (comme le confirme sans équivoque le scandale du LIBOR) et/ou de technocrates mis en place par le-dit cartel (Draghi, Geithner, Bernanke, Von Rompuy, Lagarde,…), il ne cherche pas à reprendre en main sa destinée. Au contraire, son acceptation tacite voire revendiquée d’un tel fonctionnement nous éclaire sur sa prédisposition à être dominé. 

 

Saint Mario prêchant la bonne parole.

    Il lui arrive même d’abandonner volontairement le peu de liberté qui lui reste, pour se soumettre à des humiliations publiques selon le bon vouloir d’une entité immatérielle (la voix). Il considère comme un privilège d’être enfermé et filmé 24h/24 pendant des mois, avec quelques uns de ses congénères. Il peut ainsi passer à la télévision (pas besoin d’un talent spécifique, juste d’une morale adaptable) ce qui lui permet de s’approprier un peu de cette aura magique, et lui fait instantanément grimper quelques strates de la pyramide sociale. Assez peu certes, mais suffisamment pour passer nonchalamment devant le reste de la plèbe en boîte de nuit, tout en lui lançant un regard dédaigneux et entendu (CAY KI LE BOSSE?)

 

Un groupe d’Homo sclavus patauge dans une piscine, lieu de reproduction privilégié.

 

La loi du plus fort

     Si Homo sclavus accepte docilement d’être dominé, cela s’explique en partie par l’approche qu’il a de son environnement social et naturel. Considérant la domination par la force (brute, psychologique, financière, économique, politique,…) comme valeur suprême, il se soumet tout en soumettant ceux qu’il peut. En fait, enfermé dans ce paradigme de pensée, il est convaincu d’être supérieur au Somalien (au plus bas de la pyramide sociale) chez qui il vient déverser des millions de tonnes de produits toxiques/radioactifs chaque année. Mais dans le même temps, il se sait inférieur de fait aux grands banquiers, financiers, industriels, politiques ou encore people de ce monde (bien plus haut dans la pyramide sociale). Il n’est alors pas choquant pour lui qu’un Jamie Dimon ou un John Corzine ne soient pas inquiétés par la justice et ce malgré leur implication prouvée et connue de tous dans des scandales financiers tel que le LIBOR ou MF Global; alors que le Somalien sera enfermé à vie ou exécuté – peu importe- car il n’aura eu d’autres solutions que d’abandonner la pêche au profit de la piraterie après que ses côtes aient été souillé. Etant moins fort, non seulement c’est logique, mais mieux, c’est normal.

 

« C’est bon, vous pouvez retourner vous baigner, on a mis le papier alu »

 

 L’autodestruction

     En appliquant ce schéma dans son rapport à la Nature, Homo sclavus est la seule espèce vivante qui met en péril ses générations futures et son environnement pour assurer sa propre survie. Persuadé de sa supériorité sur le monde animal et végétal, il oppose (impose) la domination à la coopération, ce qui l’empêche de vivre en bonne intelligence avec la Nature. Il a donc une fâcheuse tendance à se dissocier du monde dans lequel il évolue (comme s’il était capable d’exister sans lui), et ne disposant que d’une vision à très court terme, qui se raccourci d’année en année (surexploitation du pétrole, du nucléaire, des gaz de schistes, déforestations, surpêche,…) il finit par détruire son propre écosystème (un suicide à petit feu en somme).

     Son accomplissement personnel allant de paire avec la taille de son écran plat ou l’achat du smartphone le plus récent, il devient un complice actif de l’obsolescence programmée.

 

« Oh les gars vous déconnez, il en reste plein à droite! »

 

Comment se nourrir?   

     Enfin, sa caractéristique la plus cocasse, si elle n’était tragique, c’est son incapacité à se nourrir convenablement. Non seulement sa gestion des ressources alimentaires est catastrophique (on estime à un tiers des aliments produits pour la consommation humaine perdu ou gaspillé) ce qui cause la mort de millions chaque année par malnutrition, mais la nourriture produite est de si mauvaise qualité qu’elle en devient dangereuse (trop gras, trop salée, trop OGMé, etc…).

 

Homo sclavus ingérant son repas favori.

 Conclusion

     Alors, quel avenir pour Homo sclavus? Aucun. Soit la force d’inertie et la tentation du statu quo seront si grandes qu’elles le condamneront au mieux à sa condition d’esclave, au pire le précipiteront vers son extinction. Soit dans un sursaut d’orgueil, il aura le courage de faire face à la réalité de sa situation, et trouvera alors dans la force de l’Amour (inconditionnel de toutes choses) suffisamment d’énergie pour inverser la pyramide, ce qui lui permettrait enfin d’exploiter son formidable potentiel. Et devenir pourquoi pas, Homo galacticus, l’Homme galactique, qui se sait indissociable de sa planète, de sa galaxie et de son Univers, pour qui la compassion et l’Amour sont l’essence de toutes interactions sociales (étrange non?).

 

Retrouvez nous sur: http://www.lesovinsaffames.org/

Suivez nous sur twitter: https://twitter.com/LesOvinsAffames

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.