R-URBAN, la "campagne" pour la ville

Comment un projet d’agriculture urbaine modèle est menacé de disparaitre sous des tonnes de béton aux portes de Paris, à Colombes, dans les Hauts de Seine…

Un projet qu’on peut qualifier ironiquement de la note AAA, acronyme de l’Atelier d’Architecture Autogérée, association qui le porte.

 

 Ce 21 mars, le froid est tangible et la grisaille étendue sur la banlieue parisienne. C’est parce que je connais les réalisations antérieures de l’Atelier d’Architecture Autogérée(1) que je fais longuement le déplacement, en transports en commun et à pied, répondant à l’invitation d’AAAau 1er R-Urban Day.

Ce samedi après-midi, lorsque je parviens au Recyclab, je découvre un ensemble de bâtiments en bois et containers recyclés, installé à côté d’un terrain de football. La séance a commencé: quelqu’un y fait la présentation du fablab de Montreuil, situé sur la terrasse de Mozinor, la « forteresse » industrieuse au nord de la ville. Après, c’est le tour d’une série de projets qui émergent à Colombes en bénéficiant des espaces et de la dynamique créée par Reyclab. Et puis c’est la visite des locaux. Plusieurs espaces de travail, dont un ou deux assez grands, où trônent diverses machines à bois, scies, tours, perceuses, un autre où l’on trouve l’inévitable imprimante 3D. Une cuisine, des toilettes sèches, des espaces de rangement et d’autres de réflexion, sur deux niveaux. Il s’agit d’un fablab, un endroit dédié à la fabrication d’objets divers, artisanaux, faits à la main, à partir de matériaux de récupération, dans une démarche collaborative entre professionnels et amateurs, experts et débutants. Un habitant peut apporter ici un projet et le réaliser avec l’aide des autres participants, en mutualisant les savoir-faire et travaillant ensemble. Ainsi en est-il de ce triporteur, fait entièrement de matériaux recyclés, bricolés.

En fin d’après-midi, nous rejoignons l’Agrocité, à quelques centaines de mètres à faire à pied ou à vélo. A nouveau, c’est pour y découvrir un ensemble de bâtiments, plus petits, de même type, qui fleure bon la chaleur du bois et la transparence lumineuse. De l’éco-construction légère et pas chère. Rusticité et modernité, isolation du sol par un vide d’air (pilotis), équilibre des volumes (conception modulaire), élégance des formes. L’intérieur est du même ordre, on y trouve à droite, un espace public en deux pièces, l’une où Constantin Petcou fera une présentation du projet R-Urban, l’autre où sont exposés des objets fabriqués là aussi avec des produits de récupération, par les habitants en collaboration avec Daniela, l’inventrice italienne du projet Prod’actions, la production d’objets artisanaux locaux typés et pouvant donner lieu à des mini-séries commercialisables.

A gauche, le bar et l’espace cuisine. Plus loin, un espace de rangement et de conservation. Derrière le bâtiment, une fois traversé, on découvre une grande parcelle de maraichage, bien organisée mais un peu sauvage aussi. Là, un poulailler me rappelle mon enfance et ici, les ruches, les grands bacs à compost confirment que nous sommes en présence d’un projet globalisant, culturel et agriculturel, agro-écologique. L’expérimentation d’une création de société alternative, coopérative, autogérée, inventive et du partage, crée là un espace d’activités et d’échanges multiple, « biodivers » quasi complet. Ce pourrait être une zone d’autonomie, même si ce n’est pas tout-à-fait l’objectif...

l'agrocité : campagne à la ville © Patrick Laroche l'agrocité : campagne à la ville © Patrick Laroche
 « Un projet de résilience urbaine, comme il n’y en a pas ailleurs », me dit Constantin Petcou, l’un des architectes de AAA (Atelier d’Architecture Autogérée) qui a initié et co-élaboré ce projet urbain, intitulé R-Urban. Construire des unités de résilience, à partir desquelles on peut agir pour lutter contre les crises globales (climatique, énergétique, économique, ressources) et « sauver la planète » en agissant de bas en haut. Des opportunités spatiales où les habitants viennent d’abord pour le loisir et puis peu à peu, s’y développent des activités avec d’autres habitants jusqu’à même pouvoir créer des emplois. Ce sont des espaces porteurs d’autres modes de vie plus résilients, moins polluants, par la culture bio, le recyclage, moins consommateurs de pétrole, d’électricité, de matières premières, en somme plus écologiques. Ces espaces sont aussi conçus autour de la coopération, de la mutualisation entre habitants, entre amateurs et professionnels, entre producteurs et consommateurs, lesquels se rapprochent et collaborent, comme dans une Amap. En citant André Gorz, Constantin rappelle souvent que pour lutter contre les crises globales, nous devons “consommer ce que nous produisons et produire ce que nous consommons“. Or les unités R-Urban sont des opportunités pour pouvoir agir concrétement et rapidement, pour réaliser cet équilibre perdu dans les modes de vie urbains et globalisés actuels.

R-Urban, c’est un projet européen de résilience participative, inscrit dans le programme LIFE +. Après diverses tentatives à partir de 2008, notamment à Paris, la discussion avance et un partenariat éclot avec la Mairie de Colombes (PS), à partir de 2009-2010. Dans ce cadre, avec la participation de la Mairie, du Département, de la Région, de la Commission Européenne, réalisation de deux des trois projets élaborés, le recyclab et l’agrocité, l’éco-habitat devait suivre, à proximité des deux autres, mais le changement de municipalité a interrompu le processus. La nouvelle municipalité (Les Républicains) veut récupérer le terrain de l’agrocité pour faire un parking temporaire, dans le cadre de la rénovation urbaine du quartier Fossés-Saint-Jean, envisagée avec l’ANRU. 

Divers échanges de courriers, depuis juin 2014, n’ont pas résolu l’affaire et la réunion, le 9 juin dernier, avec des représentants de la Commission européenne et de la Mairie n’a pas été décisive, non plus. L’Europe est pour l’instant ambiguë par rapport à cette rupture de contrat de la part de la Mairie (elle considère que le projet est à peu près réalisé), la Mairie affirme que l’espace constitué d’un bâtiment en bois, d’un poulailler et d’une aire de maraîchage ainsi que de compost doit être délocalisé sans proposer de relogement. Il n’y aurait pas d’emplacement disponible à Colombes ? AAA a donc cartographié elle-même les parcelles pouvant accueillir la relocalisation de l’ensemble, ou mieux, un autre emplacement à proximité pour le parking. Une vingtaine semble possible.

De son côté, la Mairie de Colombes communique. Elle a récemment adressé aux habitants un courrier signalant la fin du projet R-Urban dans trois mois et la disparition de l’agrocité, remplacée par un parking. La convention entre la Commission Européenne, la Mairie et AAA se termine fin septembre 2015. Le projet dans son ensemble a coûté 1,6 M d’euros.

Le programme est en grande partie réalisé mais quelle catastrophe ce serait de détruire cette réalisation qui peut servir de modèle aujourd’hui pour quantité de villes et de bourgs, tant en France que dans le monde, dont on peut apprécier en vraie grandeur la teneur exacte et la présence emblématique, démonstrative…

Cela ne manque pas, d’ailleurs, puisque des délégations des Mairies de Montréal, de Séoul, d’autres villes de France, ont fait le déplacement pour « toucher » et « être touchés par » cette réalisation nouvelle et porteuse de beaucoup de désir et d’espérance. Un imaginaire social et urbain enfin réjouissant et proactif, rassembleur.

l'agrocité côté poulailler © Patrick Laroche l'agrocité côté poulailler © Patrick Laroche
En son temps - début du XXème siècle - Alphonse Allais - dit-on, ce pourrait être Henry Monnier ou Pierre Leroux - proposait ironiquement une forme de résilience pour résoudre ce qui apparaissait déjà à l’époque comme une problématique de la modernité, l’excès d’urbanisation: « mettre les villes à la campagne ». Les autorités s’en souvinrent dans les années 1960, au tout début de l’Aménagement du territoire avec la DATAR, et elles créèrent, à partir des années 1970, un certain nombre de villes nouvelles L’Isle-d’Abeau, Cergy, Evry, Villeneuve d’Ascq, Saint-Quentin en Yvelines, Marne-la-Vallée… Les mêmes furent souvent les premières villes à bénéficier du plan câble. Ce furent donc des villes connectées, comme on dit maintenant. Et ce fut dans la foulée, en même temps, le tropisme de l’étalement urbain pour les villes anciennes, lequel ne cesse de manger sur les terres agricoles, qui se rétrécissent comme peau de chagrin.

Aujourd’hui, à l’heure de la reconstruction de la ville sur elle-même, par densification, on parle plutôt de mettre de la campagne dans la ville. A l’occasion de la rénovation urbaine, on créée de nouveaux jardins publics, on coiffe les immeubles de toits végétalisés, même s’il s’agit souvent de pastilles vertes au milieu du béton.

Ce n’est donc pas un mince paradoxe, pour une ville moyenne comme Colombes (85000 habitants), aujourd’hui pavillonnaire, mais qui fut un des fleurons de l’industrie automobile, aujourd’hui disparu et souffrant d’une perte de sa puissance industrielle et économique, que de vouloir raser une ferme urbaine agro-écologique parvenue à son point d’équilibre et prête à jouer sa part de résilience par la création intensive d’échanges entre habitants, tant au niveau social qu’économique (avec la création d’emplois écologiques, non polluants et autogérés), dans une perspective écologique et démocratique, où le « peuple » retrouve une puissance d’agir qui lui redonne le pouvoir de faire lui-même société, et son organisation, en accord avec la nature, en inventant d’autres modes de vie que le modèle capitaliste productiviste consumériste. Un espace où d’autres rapports sociaux, humains sont expérimentés, produisant d’autres rapports à la nature, au monde, plus équilibrés et vivants, dans une combinaison savante et concrète d’adaptation et d’invention.

Cela pour en faire un parking temporaire, probablement durant deux ans. Tels sont les ravages de la guéguerre politicienne en région parisienne, singulièrement dans les Hauts de Seine, où le PS a perdu toutes ses cartes. A Colombes, la Maire Nicole Goueta (Les républicains) a déjà officié de 2001 à 2008, puis perdu la Mairie au profit de Philippe Sarre (PS), et puis l’a regagné, au prix d’une « campagne » très difficile et tendue, très dure, en 2014. Voilà le genre de campagne que certain(e)s hommes ou femmes politiques affectionnent particulièrement.

 

Ce qu’on retrouve en raccourci dans les propos de ces deux jeunes stagiaires d’une école d’architecture et d’une école d’urbanisme, qui travaillent à AAA depuis quelques mois:

« - C’est dommage de vivre au rythme de la politique, en fait. Il faut que ça cesse, il faut qu’on soit tranquille, malgré les changements de bord. Parce que là c’est ce qu’on peut voir. Un coup on les a dans notre poche, un coup non…

- C’est dommage qu’on ne puisse pas être au dessus de tout ça, parce que, foncièrement, je suis sûre qu’ils voient l’intérêt d’un tel projet…

- Le potentiel du foncier de l’agrocité, je pense qu’ils le voient surtout, oui, foncièrement… « 

 

A en croire Le Parisien, la société d’économie mixte de la ville, la Codevam, présidée par Madame la Maire, aurait récemment embauché le mari de Madame, ingénieur à la retraite, pour une mission d’expertise de deux ans, gratuitement. Il aurait déjà réussi à faire baisser le prix de la construction d’un parking de 450 places dans la ZAC Charles de Gaulle… « On aime notre ville. On veut qu’elle avance. » aurait dit Madame la Maire. On aime aussi les parkings, on dirait.

l'agrocité: le jardin, intérieur/extérieur © Patrick Laroche l'agrocité: le jardin, intérieur/extérieur © Patrick Laroche
Ce projet R-Urban s’inscrit dans un ensemble plus vaste, un réseau européen de projets culturels à caractère trans-local. Il s’agit d’espaces pluri-dimensionnels et pluri-disciplinaires, regroupant des activités différentes mais convergentes, permettant l’expérimentation de modes de vie fondés sur la coopération et la mutualisation, aux antipodes de la société post-industrielle dominante aujourd’hui. C’est une approche fondée sur la relocalisation de l’économie et des échanges sociaux-économiques au sein de chacun des espaces, qui sont reliés entre eux sous la forme du rhizome, cher à Deleuze et Guattari. Pour AAA, le rhizome a une particularité : chaque partie peut devenir un nouveau centre, et une nouvelle multiplication. C’est pour cela que AAA développe ses projets comme des rhizomes ; pour que chaque usager puisse continuer et développer des nouveaux projets. “C’est par des rhizomes que nous pouvons agir par le bas et, par multiplication, lutter contre les crises globales“, souligne Constantin. La notion est adaptée de la structure de beaucoup de plantes, dont les bourgeons peuvent se ramifier en n'importe quel point, ainsi que s'élargir et se transformer en un bulbe ou un tubercule ; le rhizome des plantes, qui peut servir de racine, de tige ou de branche peu importe sa position sur la plante, sert à exemplifier un système cognitif qui n'aurait pas de racines — c'est-à-dire des propositions ou des affirmations plus essentielles que d'autres — qui se ramifient selon des dichotomies strictes (source Wikipedia).

C’est une démarche globalisante, c’est à-dire qu’elle tend à produire une nouvelle société, à échelle réduite, mais en réseau, en opposition radicale à la globalisation mortifère en usage aujourd’hui, où les transnationales ont tendance à développer une architecture intégrée couvrant une large palette d’activités, allant de la gestion de l’eau à celle des déchets, et, par ailleurs où ces mêmes transnationales exercent effectivement parce qu’économiquement la gouvernance du monde. Ces différents projets se rassemblent plutôt sur le thème de la « déglobalisation » proposée par Gilles Clément et d’autres et sur celui de la relocalisation, proposée notamment par l’association Relocalisons.

La construction de ce rhizome a donné lieu à une publication (en anglais et en français), intitulée « Cultural practices within and across », en 2010 (2). Ce rhizome relie des expériences en cours en Grande Bretagne, en Espagne, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Croatie, en Roumanie, en Italie… Bien-sûr, les animateurs et responsables de ces différentes expériences, en Europe, soutiennent le projet de l’Agrocité à Colombes et sont atterrés de la menace de sa disparition au profit d’un parking !

 

Autre aspect, c’est là que le 21 avril, Carole Delga, secrétaire d’Etat à l’Economie sociale et solidaire, est venue signer la Charte des Circuits courts de l’économie sociale et solidaire, avec ces messieurs du Labo de l’ESS, qui en sont les initiateurs et AAA, en la personne de Constantin Petcou.

Pourquoi ? C’est que le projet R-Urban, avec son Agrocité et son Recyclab a été sélectionné comme emblême par le Labo de l’ESS. De quoi exciter plus encore l’irritation politicienne… Car plus on parle de ce projet quasi réalisé, plus la Maire de Colombes s’agace.

Et on en parle même dans The Guardian !

l'agrocité côté cour intérieure © Patrick Laroche l'agrocité côté cour intérieure © Patrick Laroche
Une observation rapide   de quelques circonstances propres à des projets utopiques de construction expérimentale d’une alternative à la société marchande, désertique qui nous est imposée par quelques happy few ne trouvant leur jouissance que dans l’accumulation du capital et l’exercice répété de la domination, assistés d’une majorité adepte de la servitude volontaire, consiste à mettre en regard cette expérience de résilience urbaine, proche de la démarche des villes en transition à l’origine desquelles se trouve Totnes, en Angleterre, et celle de Notre-Dame-des-Landes où une nouvelle société, plus écologique, se bâtit sur le refus d’une aggravation substantielle de la désertification sociale en cours, le projet de construction d’un aéroport prétendument international.

Que la nouvelle société expérimentée par les zadistes (occupants de la Zone d’Aménagement Différé, devenue Zone à Défendre), en discussion avec les paysans du coin, affronte la brutalité de la police de la société actuelle, productiviste, consumériste, y compris des ressources de la planète, voilà qui n’est pas une grande surprise, même si la violence exercée par l’Etat y est disproportionnée et mortifère. En témoignent les blessures et les lourdes peines infligées à nombre de manifestants et soutiens (éborgnement, prison ferme..). N’est-ce pas « l’ordre des choses » qui est en jeu ?…

 

Combien parait plus étonnant, en apparence, l’acharnement destructeur du pouvoir (local, en l’occurence) contre un projet de résilience urbaine financé par la Commission Européenne elle-même, au sein d’un programme tout-à-fait officiel nommé Life + ? En fait, c’est à peu près égal. Ici comme là, la logique des pouvoirs en place est de vouloir balayer toute expérimentation en cours d’une autre société plus résiliente, plus équilibrée afin de poursuivre le train-train quotidien de « la ville qui avance », de la métropolisation de la société française et du monde de l’économie triomphante. « Business as usual ».

Et une plateforme de béton viendra bientôt recouvrir une aire de maraichage de 2900 m2, entourée de tours au cœur d’un quartier populaire, propre à faire vivre un producteur de légumes biologiques et nourrir bon nombre de consommateurs mis en appétit.

En ces temps de canicule due au changement climatique, un projet en cours de résilience urbaine, sociale, économique, écologique, en banlieue parisienne, mérite mieux que d’être regardé et entendu comme « des salades ». Une bonne occasion de le découvrir ce dimanche 5 juillet, à 17h. Discussion ouverte avec Massimo de Angelis à propos des Communs. Comment les créer ? Les protéger ? Les défendre ?

Nouvelle occasion le 9 juillet à 18h30, avec l'intervention de Gilles Clément, le jardinier/paysagiste bien connu, pour un moment de réflexion autour du jardin planétaire et du jardin citoyen. En présence de Coloco, collectif de paysagistes et d'artistes. Agrocité, 4-12 rue Jules Michelet, Colombes.


Le dernier mot pourrait revenir aux habitants/jardiniers de l’Agrocité, qui en ont fait un lieu d’accueil et de réflexion pratique, concrète en se l’appropriant radicalement. Ils ont lancé depuis peu une pétition en défense de l’Agrocité, pour sa préservation à Colombes.

« Un parking temporaire à la place de l’Agrocité ? Non ! Des parkings il y en a partout. Préservons l’Agrocité, un projet unique à Colombes et en Europe !

Les habitants de Colombes ont besoin d’un lieu comme l’Agrocité ! Un lieu ouvert à tous, un lieu d’apprentissage et de savoir vivre ensemble. Enfants, retraités, actifs, non-actifs, tous issus de cultures diverses, l’Agrocité est un lieu où le lien social est recréé en lien avec l’écologie, le jardinage, le recyclage, la cuisine, l’apiculture, les poules avec des débats, des projections, des partages des savoirs-faire, des ateliers collectifs, des expositions, des concerts, des séminaires, etc. etc.

 Comment un projet dans lequel nous nous sommes impliqués pendant quatre ans, un projet qui contribue à la réduction de la pollution et des déchets, à la lutte contre le changement climatique et dans lequel des financements publics de l’Union Européenne, de la Région, du Département et de la Commune ont été investis, peut laisser place à un projet de parking temporaire ?

Chaque semaine des personnes de communes voisines, d’autres régions et d’autres pays (Allemagne, Grande Bretagne, Suède, etc.) viennent visiter l’Agrocité et le Recyclab pour prendre exemple sur le projet R-Urban. Plusieurs articles dans le Parisien ont remarqué la qualité des activités développées par R-Urban, des reportages ont été réalisés, des expositions en France et à l’étranger montrent périodiquement les réalisations à Colombes. Pourquoi mettre un parking temporaire à la place ? C’est ce que des habitants comme Claudia, Benoît, Lyne, Cherif, Catherine, Fatima, Gisèle et bien d’autres, qui utilisent quotidiennement l’Agrocité, se demandent par le biais de cette pétition, signée déjà par quelques centaines de personnes:

« Nous souhaitons que le projet de parking de substitution soit installé ailleurs. Nous avons remarqué que plus de la moitié des parkings voisins restent vides et inoccupés. Pourquoi choisir d’installer un parking sur un terrain où nous travaillons à développer et protéger l’environnement et la biodiversité au coeur de la ville ? Nous sommes contre cette dépense d’argent et d’énergie qui gaspillerait l’argent du contribuable européen et cela, sans concertation ! Nous sommes pour l’installation convenable du parking sur d’autres terrains disponibles, sans dépenses ! » 

l'agrocité nocturne © Patrick Laroche l'agrocité nocturne © Patrick Laroche

Notes

(1)-AAA, l’Atelier d’Architecture Autogérée, http://www.urbantactics.org, c’est l’association d’architectes qui a conçu et réalisé Ecobox, ce projet d’agriculture urbaine sur palettes de chantier, dans une friche de la SNCF, rue Pajol, dans le XVIIIème arrondissement de Paris, il y a plus de dix ans. A partir de là, ils ont créé un espace de partage et de réflexion collective dans ce quartier pauvre, accueillant et mêlant les différentes catégories sociales d’habitants autour de rencontres culturelles et pratiques écologiques. Un espace où les habitants ont pu jardiner, produire des légumes ou des fleurs, selon les envies et discuter autour de films, de livres, d’une bibliothèque mobile, de repas d’ici et d’ailleurs confectionnés ensemble, de différents événements festifs. Au bout de quelques années, ils ont du laisser cet espace et en accepter un autre, plus petit, proposé à sa place par la SNCF. Puis, ils sont partis en laissant administrateurs et habitants poursuivre l’aventure.

Je les ai retrouvé plus tard, dans le XXème arrondissement de Paris, au 56 rue St Blaise. D’une       « dent creuse » entre deux immeubles, au hasard d’une rénovation urbaine du quartier, ils ont fait ce nouveau jardin partagé, cette fois, en pleine terre. Là encore, l’espace est partagé entre le jardin, une bibliothèque et un espace de projection, en matériaux simples, bois et plexiglas, ouverts sur l’extérieur. Un espace pour cuisiner collectivement, là aussi et partager des repas entre habitants de toutes générations et toutes origines, sociales ou ethniques. 

 (2)- On peut se procurer un pdf du livre, en libre téléchargement sur les sites suivants: www.rhyzom.net et www.urbantactics.org 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.