J'ai vu hier soir à Lyon avant sa sortie en salle (le 12 novembre) le film Les Aigles de la République (Eagles of the Republic) du réalisateur suédo-égyptien Tarik Saleh, dernier volet de sa « trilogie du Caire » qui inclut Le Caire confidentiel (The Nile Hilton Incident 2017) et La Conspiration du Caire (Boy from Heaven 2022). Le film fait partie de la sélection officielle du festival de Cannes 2025.
C'est un thriller politique (bien que Saleh se défende de faire des films politiques) qui met en scène George Fahmy, l'acteur le plus populaire en Egypte (le « pharaon du cinéma ») contraint malgré lui , et malgré le manque total de ressemblance entre les deux hommes, d'incarner à l'écran le personnage du maréchal al-Sissi, président de la République arabe d'Egypte, que Trump appelle « mon petit dictateur préféré » (et néanmoins élevé à la dignité de Grand-croix de la Légion d'honneur par le président Macron.)
C'est l'acteur libano-suédois Fares Fares qui incarne brillamment Fahmy. Il a déjà joué dans les deux films précédents de la trilogie. Le film tient en haleine jusqu'au bout. Il donne un aperçu de la vie caïrote, mais surtout de la dictature d'al-Sissi (qui a, sans doute dans un moment d'égarement, écrit un livre sur la démocratie - Democracy in the Middle East - pendant qu'il étudiait au US Army War College), dictature sournoise et brutale mêlant culte de la personnalité digne des années staliniennes, corruption, dépenses pharaoniques (y compris d'armement) et répression violente. J'y ai vu aussi une réflexion sur l'art en général et le cinéma en particulier et leurs rapports avec la « vraie vie », mais aussi sur la fragilité des individus face aux systèmes dictatoriaux, fussent-ils protégés a priori par leur notoriété, ou prêts à des compromis ou des compromissions pour se sauver ou sauver leurs proches. On perçoit aussi à quel point les dictatures peuvent être fragiles, instaurant un monde du pouvoir où tout le monde soupçonne tout le monde et où tous les coups sont permis.