De l'insubordination nécessaire

« Je me révolte, donc je suis », écrivait Camus en 1954. Se révolter, c’est, étymologiquement, « se tourner », se tourner contre, c’est choisir le mouvement plutôt que la fixité, c’est choisir la vie, et à travers ce choix, acquérir un surcroît d’être, et de sens.

Le présent, dans cette citation de Camus, témoigne de son universalité et de son intemporalité. Aujourd’hui, elle apparaît d’une actualité et d’une véracité exemplaires.

Comment ne pas réagir face à la mort de dizaine de milliers d’hommes aux frontières de l’Europe, fuyant les guerres dont les pays qu’ils tentent de rejoindre sont bien souvent les responsables et les instigateurs ?

Comment choisir l’immobilité face au cynisme et au dédain de nos dirigeants qui feignent de ne pas entendre, ou pire, d’entendre et de ne pas considérer les protestations émanant de la population ?

Comment ne pas réagir face à l’affirmation croissante d’un égoïsme forcené, d’un individualisme totalitaire, d’une solidarité mise à mal et qualifiée de « délit » ?

Comment ne pas s’insurger devant l’absurdité de notre bureaucratie, devant les petits chefs imbus de pouvoir harcelant leurs employés, devant le nombre immense d’emplois insensés, alors qu’il y aurait tant, tant de choses à faire ?

Comment rester de marbre lorsque Paris est envahie par les CRS ? Une manifestation qui a mal tourné ? Un nouvel attentat ? Non, juste une démonstration de force. Devant chaque université. CRS, bombes lacrymo à la ceinture, se pavanant devant les portes de la Sorbonne, lorgnant les étudiants dont le style vestimentaire pourrait refléter une sympathie pour les manifestants. Les bibliothèques, fermées, en période de concours et d’examens. Pour faire comprendre à ces mêmes étudiants qui sont les patrons, pour faire se retourner certains, et la fameuse opinion publique, contre eux, les fauteurs de trouble, les dégénérés. Les révoltés.

La manif, c'est samedi.

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