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Billet de blog 13 févr. 2019

Inclusion scolaire, récit à vif, dans l'urgence...

Accompagnant d’Elève en Situation de Handicap, je livre ici un récit à vif, dans l’urgence, forcément parcellaire. Mais qu’on ne s’y trompe pas, dans ce déroulé de faits se loge le ferment d’un soupçon.

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Celui qu’un beau principe - l’inclusion scolaire, soit utilisé cyniquement pour réduire le coût de la prise en charge de la différence et de la souffrance par la collectivité, au mépris des individus, des différences et des souffrances.

Après un long parcours et parfois un parcours du combattant, des enfants pour qui un handicap a été reconnu (par la MDPH) ont droit à des adaptations pédagogiques et un accompagnement humain afin d’effectuer leur scolarité dans des écoles ordinaires. (Loi de 2005).

L’accompagnement humain autrefois attribué en nombre d’heures dites individuelles, est aujourd’hui, sauf exception (autisme par exemple), mutualisé. En pratique, 20h hebdomadaires d’accompagnant sont à partager entre 3 élèves. L’élève bénéficie donc du dit accompagnement de 6h et quelques par semaine sur 24h de présence à l’école. Dans tous les cas, quel que soit le handicap et son importance, cela est parfaitement insuffisant. Le cadre est posé.

L’inclusion scolaire étant une (belle) idée de principe, telle que définie dans la loi, l’application pratique de ce principe en terme de moyens peine depuis 13 ans à émerger. La conséquence en est la limite de faisabilité de l’inclusion de tous les enfants en situation de handicap. En effet les enseignants, les accompagnants constatent trop souvent l’inclusion « par principe » d’enfants qui, avant tout, ont besoin d’une prise en charge spécifique relevant du soin, bien au-delà d’un aménagement pédagogique et d’un accompagnement humain. Or ni les enseignants, ni les accompagnants, ne sont des soignants. L’école n’est pas à ce jour organisée, physiquement et en terme de personnel, pour des temps autres que strictement d’apprentissage scolaire. La situation de ces enfants dégénère alors immanquablement en maltraitance du système à leur égard, tellement celui-ci est inadapté à leurs besoins.

Confrontés à de telles situations, trois enseignants de mon école (élémentaire) ont fait appel à leur hiérarchie pour obtenir de l’aide. Après avoir alerté par descriptif sur la situation précise, il s’agit là d’accepter, geste fort, de s’ouvrir dans sa pratique professionnelle au regard d’un conseil EHS, de se remettre en cause dans sa pratique, de faire un bilan des actions mises en place et de faire un constat des conséquences, que l’enseignant n’arrivent plus à maîtriser sur l’ensemble des élèves de la classe et donc sur leur mission d’enseignant. Un conseillé ESH est venu observer les classes pendant une matinée, (dans une des classes concernées durant 10 mn). Faisant fi, apparemment, du changement de tout enfant à l’apparition d’un adulte inconnu, le rapport mentionnait en premier lieu la « non observation d’une difficulté à la mise au travail ». S’en suivaient des conseils généraux sur lesquels je reviendrai plus loin. Or, nous parlons ici d’alerte sur des situations où des enfants, en grande souffrance, en viennent à violenter leurs camarades physiquement, insulter les adultes, avoir des comportements inappropriés d’ordre sexuel avec leurs camarades ; et étant confrontés à leur incapacité actuelle, à vivre une vie collective et d’apprentissage de classe, perturbent de façon quasiment constante l’ensemble du groupe. Soit la parole de l’enseignant n’a aucun poids face à 10 ou 30 mn d’observation  avisée, soit les moyens de l’expertise permettent à l‘institution de ne pas se confronter à sa réalité.

Il est fait mention dans ce rapport de l’importance du travail collaboratif avec les soignants par qui ces enfants seraient suivis en dehors de l’école (quand ils le sont). Merci pour le rappel de ce qui lui aussi est un beau principe. Dans les faits, entre l’indisponibilité de ces professionnels (privés ou publics), le respect du secret médical (capital certes, mais qui ne devrait pas aboutir à l’absence de transmission de conseils et d’orientation), et les difficultés (qui bien souvent se trouvent là cumulées) de communication avec des familles en grandes difficultés sociale, culturelle, matérielles.. la collaboration, dans les faits, c’est beaucoup de tentatives émanant de l’enseignant et beaucoup de non réponses.

Ce rapport enfin renvoyait les enseignants à la consultation de sites consacrés aux différents handicaps. A défaut d’une prise en charge de ces enfants par des soignants, les enseignants, les accompagnants, sont–ils sensés opérer une prise en charge soignante à l’aide d’internet ? Certes, cela est moins couteux.

L’école vient de patienter 8 semaines pour démarrer le recrutement d’un accompagnant pour un nouvel élève de 7 ans, devant bénéficier de 15h hebdomadaires pour trouble du spectre autistique, faute de document émanent du service de son département d’origine. Pour cet enfant ce sont 8 semaines sans dossier, sans accompagnant, à errer, frapper, passer de classe en classe, de main en main, d’heure en heure. 8 semaines à mettre à mal un groupe de 26 enfants de CP, un enseignant, une école. 8 semaines pour qu’un dossier parcoure 500 km, à l’heure du numérique. L’inclusion, c’est bien connu, c’est une affaire de temps et de moyens.

Enfin, les types de contrat des accompagnants - précaires ; leur mode de recrutement - éligibilité aux contrats aidés sans aucune compétence examinée ; leurs rémunérations - smic horaire, évolution de salaire ridicule, sont explicites sur la non reconnaissance de la valeur de ce travail. Cela « justifie » donc leur salaire, mais cela n’implique t-il pas que l’inclusion de ces élèves en situation de handicap n’aie aucune valeur.

L’accompagnant s’exerce parfois, avec la complexité inhérente à sa mission, à l’apaisement, l’ouverture, le déploiement des possibles, des enfants qui leurs sont confiés. Mais parfois aussi, nous avons la sensation, d’écoper jour après jour les débordements souffrants, générés par des choix économiques, qui menacent de noyer l’ensemble du collectif.

Ces jours ci, sur 10 classes, 5 enseignants sont absents. Je crois pouvoir dire que si la grippe a frappé l'un d’entre eux, 4 ne sont plus en capacité nerveuse d’assurer leur mission. Au regard de leur mission, il est plutôt professionnel de reconnaître la nécessité d’un arrêt de travail. Mais pour boucler notre petite boucle, nous nous retrouvons là devant une autre conséquence des priorités économiques qui régissent désormais le service public- le manque récurrent de remplaçants.

Les accompagnants de l’école ont fait, par solidarité avec leurs collègues et pour les enfants, ce qui leur est interdit, et ce qui n’est pas dans leur fonction. Ils ont pallié aux non remplacements et à la non réponse aux appels à l’aide de la part de leur hiérarchie des enseignants. Nous, accompagnant, collaborons alors à la pérennisation de ce système défaillant.

Le projet d’inclusion, du vivre ensemble, nécessite des moyens. Il semble là utilisé en paravent, à de toutes autres fins.  

Dérive parallèle à une belle ambition ou projet cynique à la base ? Je frissonne et vais me faire un thé.

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