Affaire Outreau/Lavier : retour sur images

La nouvelle est tombée ce lundi 9 mai au matin : Franck et Sandrine Lavier, un des couples d'accusés du dossier Outreau acquittés par la Cour d'Appel de Paris le 1er décembre 2005, ont été placés en garde à vue au commissariat central de Boulogne-sur-Mer (ils l'avaient déjà été le 1er mars dernier pour maltraitances sur deux de leurs enfants, un garçon de 10 ans et une fille de 11 ans). Egalement placés en garde à vue : deux frères de Franck Lavier et la compagne de l'un deux, et - surprise - Aurore Beaumont, la fille aînée de Sandrine Lavier, ainsi que son compagnon.

 

De quoi soupçonne t-on tout ce petit monde ? Réponse de Laurence de Charette, journaliste au Figaro : « Une vidéo à caractère sexuel, mettant en scène Franck et Sandrine, ainsi que le frère de Franck Lavier et sa compagne, mais aussi la fille aînée de Sandrine Lavier et son petit ami, a été saisie à leur domicile. Deux enfants ont été filmés assistant à ces ébats : une autre fille de Sandrine et Frank ainsi que son petit cousin, tous deux âgés de 4 et 7 ans environ. La vidéo date de [mars] 2009. Elle a été découverte à l'occasion d'une perquisition menée au domicile du couple Lavier [dans l'ordinateur de Franck]. » (1) Même si, d'après les derniers éléments d'information, ladite vidéo tournée lors d'une soirée bien arrosée ne montrerait que des ébats simulés, l'essentiel demeure : nous sommes bien en présence d'un cas de corruption de mineurs. Quant aux accusations de maltraitance portées par les deux enfants déjà évoqués, elles sont corroborées par des constatations médicales (doigts et genoux déformés).

 

Alors, que dire ? Si ce n'est effectuer un petit flash-back. Qu'il me soit d'abord permis de citer le PV d'audition de mademoiselle Emilie A., 1er juillet 2002, Cote D 2199 : « La petite A. qui devait avoir 3 ans à l'époque s'est réveillée et est venue à la porte de sa chambre en pleurant. Franck LAVIER s'est approché d'elle en me tournant le dos, il a abaissé son pantalon à environ 1 mètre de la petite et lui a dit " A. SUCE MOI LA B..." J'ai dit à Sandrine qui était en train de rigoler, " JE M'EN VAIS SI C'EST POUR VOIR CELA" et je suis partie. » A en croire un compte-rendu de l'AFP daté du 19 juin 2004, 11h13 (dépêche « Procès d'Outreau : les nerfs lâchent devant l'impatience d'en finir »), notre cher « Franckie » a du mal à s'expliquer lors du procès de Saint-Omer : « En fournissant des explications alambiquées [...] sur la différence entre une "blague" et des invites sexuelles à sa fille de deux ou trois ans, il est loin d'avoir pu apporter les preuves de son innocence. » Verdict de l'arrêt N° 31/ 2004 de la cour d'assises du Pas-de-Calais, 2 juillet 2004 : à la majorité absolue, l'intéressé est condamné à six ans de prison pour actes de pénétration sexuelle et atteintes sexuelles commis par « violence, contrainte, menace ou surprise » sur mineurs, ainsi que pour corruption de mineurs « en organisant, étant majeur, des réunions comportant de[s] exhibitions ou des relations sexuelles auxquelles les mineurs assistaient ou participaient » [c'est moi qui souligne]. Avant d'être acquitté en appel, on le sait, le 1er décembre 2005. Dont acte, mais bon...

 

Au vu des derniers évènements, il est également difficile de ne pas songer aux graves accusations de violences sur mineurs lancées contre les Lavier par Me Vanina Padovani -avocate de l'association Enfant bleu/ Enfance maltraitée, partie civile aux procès de Saint-Omer et de Paris - lors de son audition devant la commission d'enquête parlementaire le 1er février 2006. Ou encore au rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sanitaires et Sociales révélé en avril 2007 par l'hebdomadaire Le Point, indiquant que cinq enfants issus de deux familles innocentées dans ce dossier présenteraient des « signes évocateurs » de maltraitance ou d'abus sexuels. De vous à moi, vous ne trouvez pas que cela commence à faire beaucoup ?

 

Je terminerai ce billet en ayant une pensée pour Aurore Beaumont, majeure depuis mars dernier. Reconnue victime au terme des deux procès, elle soutient maintenant n'avoir jamais été violée, et elle l'a dit récemment encore à une journaliste du Nouvel Observateur, Sophie des Déserts. (2) Soit, mais pour ma part, j'ai du mal à passer outre les « signes séquélaires de perturbations d'agressions sexuelles » évoqués par Emile Leprêtre, psychologue expert : « peurs diurnes et nocturnes », « cauchemars », « nervosité et instabilité constante de l'enfant »... Quant à la lettre d'Aurore adressée à une certaine Madame J., datée semble-t-il de début 2002 et dont je cite un extrait ici, elle ne peut que susciter un profond malaise : « un coup il ma atacher à son lit et il m'a écarter mon devant pendant que [...] filmer [...] après qu'il aurait fini il mon mit un truc blanc sur mon devant [...] après il essuyer et il m'était le truc blanc et il le retirer un sertin temp après »

 

Que cette jeune fille puisse être impliquée dans l'affaire de corruption de mineurs révélée cette semaine, j'en suis sincèrement peiné. Si, affirme t-elle, il ne lui est rien arrivé durant son enfance, et si son rôle dans ce nouveau dossier se confirme, je pose cette question : qu'est-ce qui a pu l'entraîner dans une galère aussi nauséabonde ? Ou plutôt : qui ? Affaire à suivre...

 

 

(1) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/05/09/01016-20110509ARTFIG00616-une-cassette-impliquant-des-enfants-chez-les-epoux-lavier.php

(2) http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110509.OBS2697/enquete-outreau-le-poison-du-doute.html

 

 

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