Affaire Outreau/Marécaux: l'histoire démaquillée

Il fallait s'y attendre: les vacances d'été touchant à leur fin, le pilonnage médiatique autour du film de Vincent Garenq Présumé coupable (sortie nationale: le 7 septembre 2011) reprend de plus belle.

Il fallait s'y attendre: les vacances d'été touchant à leur fin, le pilonnage médiatique autour du film de Vincent Garenq Présumé coupable (sortie nationale: le 7 septembre 2011) reprend de plus belle. Articles de presse, avant-premières - le 26 août à l'UGC Ciné-Cité de Lille, le lendemain au cinéma Les Stars de Boulogne-sur-Mer -, un sujet consacré à Alain Marécaux dans l'émission Sept à Huit du 21 août dernier sur TF1... C'était déjà pénible avant les vacances, alors maintenant que la sortie du film approche! Allons-y pour une petite séance, non de cinéma mais de réinformation.

Je ne reviendrai pas ici sur le fond des accusations qui ont valu à M. Marécaux sa mise en examen et sa comparution aux assises de Saint-Omer et de Paris, avant d'être définitivement acquitté le 1er décembre 2005. Par ailleurs, je n'irai pas reprocher à l'huissier d'avoir demandé qu'on lui coupe les cheveux « plus courts » pour « changer de tête » (déposition de Yannig S., artisan-coiffeur au Portel, PV du lieutenant Jean-Pierre M, du SRPJ de Lille, 20 décembre 2001, 12h15, Cote D 1053) le samedi 24 février 2001, soit deux jours après la mise en examen du couple Delay-Badaoui et le lendemain de l'annonce de leur arrestation dans la presse locale : cet élément n'a plus lieu d'être, la justice s'étant prononcé. (1) Non, ce qu'on peut reprocher à Alain Marécaux, ce n'est pas une séance de coiffure, mais plutôt une séance de maquillage. Le maquillage de sa propre histoire.

 

Souvenons-nous de ces paroles fortes, « coup-de-poing », prononcées par un Alain Marécaux en larmes en sortant du Palais de Justice de Saint-Omer le 18 mai 2004, suite aux rétractations de Myriam Badaoui qui venait de le blanchir, lui et douze autres personnes : « Ils ont tué ma mère » Qui ça, « ils » ? Par la suite, l'huissier aura l'occasion de préciser son propos, lors de son audition devant la commission d'enquête parlementaire le 18 janvier 2006 :

«... le 10 janvier 2002, jour de mon interrogatoire de CV, alors que je suis en geôle, on vient m'annoncer le décès de ma mère. Le 14 novembre 2001, lorsque j'ai été arrêté, ma mère avait cessé de s'alimenter. Elle avait cessé de parler, pleurant tous les jours son fils en prison. Et ce 10 janvier 2002, qui ai-je devant moi ? Celui que je qualifierai de meurtrier de ma mère : le juge Burgaud. C'est à cause de lui que maman est partie. »

 

Que Mme Reine Wyart, épouse Marécaux ait été brisée par l'arrestation de son fils, c'est incontestable : on le serait à moins. Mais, lors de son audition du 18 janvier 2006, l'huissier passe sous silence un point précis, comme le montre cette lettre de son avocat Me Hubert Delarue adressée à Fabrice Burgaud et datée du 9 janvier 2002 :

« J'apprends à l'instant par une conversation téléphonique que je viens d'avoir avec le père de Monsieur Alain MARECAUX, que la mère de mon client vient d'être transférée, en urgence, à l'hôpital Gustave Dron de Tourcoing, au service de réanimation cardiologique. Madame MARECAUX mère, âgée de 75 ans, souffrirait depuis plusieurs années de difficultés cardiaques, et son état se serait dernièrement aggravé. Le père de Monsieur Alain MARECAUX ne m'a pas caché que le pronostic vital était très sérieusement engagé. »

 

En clair, la mère d'Alain Marécaux avait la santé fragile bien avant l'arrestation de son fils. En arrangeant la vérité comme il le fait, ce dernier peut asséner depuis des années des propos aussi diffamatoires qu'outranciers à l'encontre d'un magistrat - et récemment encore dans le documentaire Acquittés d'Outreau : 10 ans après le cauchemar continue diffusé dans l'émission Zone interdite, le 22 mai 2011 sur M6. (2)

 

Dans un tout autre registre, une initiative prise par Alain Marécaux peu de temps après son arrestation a de quoi susciter de sérieuses interrogations. Voici un extrait d'une lettre rédigée à la prison de Beauvais et adressée à une amie, elle est datée du 8 décembre 2001 (Cote D 925) :

« Chère Pascale, [...] J'ai pris pour conseil un Avocat extérieur à BOULOGNE/MER, vu l'ampleur que prenait cette affaire. Par contre, j'ai un service à te demander, si tu entends quelque chose au sujet de ce dossier, étant sur place, peux-tu prendre contact avec mon Avocat. [...] Merci pour tout ce que tu peux faire. Alain. »

 

Courrier parfaitement anodin... à première vue. Car la « Chère Pascale » n'est autre que Me Pouille-Deldicque, l'avocate de Myriam Badaoui, une des principales accusatrices d'Alain Marécaux dans ce dossier ! Le jour même de la réception de cette lettre (12 décembre 2001) Me Pouille-Deldicque adresse un courrier au Bâtonnier de l'Ordre à Boulogne-sur-Mer, Me Antoine Deguines :

« En ma qualité de conseil de Madame Myriam BADAOUI, il ne me semble pas déontologique de prendre connaissance du courrier qu'à cru devoir m'adresser Me MARECAUX, d'autant que celui-ci à un conseil, les intérêts de ma cliente étant parfaitement divergents de ceux de Maître MARECAUX. »

Aussi demande-t-elle au Bâtonnier de « bien vouloir retourner par le canal de l'Ordre » son courrier à l'huissier, « diligence [...] urgente, compte tenu de ce que la confrontation de Madame BADAOUI avec Me MARECAUX est prévue ce 18 Décembre 2001 à 9 H 30, et que je souhaite éviter tout problème déontologique. ». Ce même 12 décembre, Me Deguines lui répond par lettre : « Bien entendu, il n'y a pas lieu d'accomplir ce qu'il vous demande. Pour le reste, vous pouvez classer cette lettre : l'Ordre n'a pas à prendre d'initiative. »

 

Comment un homme tel qu'Alain Marécaux, officier ministériel et huissier de justice au moment de son arrestation, a-t-il pu entreprendre une démarche aussi maladroite qu'incongrue ? La question demeure posée, et chacun est libre de son opinion sur ce point.

 

On le constate : « l'histoire démaquillée » (3) du plus célèbre huissier des annales judiciaires françaises réserve bien des surprises. Aussi faudra-t-il aller voir le film de Vincent Garenq en gardant son esprit critique en éveil, et avec une grande circonspection. A suivre...

 

 

(1) Si j'en crois une de mes connaissances, présente dans la salle d'audience, le pauvre Yannig S. s'est fait sérieusement vilipender par les avocats de la défense au procès de Saint-Omer de mai/juillet 2004.

 

(2) Billet consultable ici :

http://blogs.mediapart.fr/blog/valandre78/230511/zone-interdite-special-outreau-lintox-du-dimanche-soir

 

(3) Expression empruntée au titre d'un ouvrage d'Alfred Fabre-Luce, paru aux éditions Robert Laffont en 1966.

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