Violanski récompensé, une honte pour le cinéma français

Inutile de vous faire une introduction, le massacre s'est passé à la Salle Pleyel à Paris le 28 février 2020. "Popol", comme l'a nommé la maîtresse de cérémonie Florence Foresti, remporte le César du Meilleur Réalisateur. Une honte, un cinéma français qui se voile la face, des applaudissements complices et des femmes quittant la salle... Voilà le tableau que dresse l'Académie des Césars pour 2020.

Quand la nouvelle tombe, disant qu'il a gagné, personne n'y croit pas, personne ne veut pas y croire. On se dit ; "Ils ne sont pas si bête ? On n'honore pas un tel homme ? C'est pas possible ?". Pourtant, les faits sont là, ce n'est pas une farce. Il a gagné. Tout s'effondre, les réseaux s'enflamment. Les messages pleuvent, personne ne comprend. On veut se réveiller, c'est un cauchemar.

HONTEUX !

Que dire, pourtant il va falloir mettre des mots sur ce qu'il s'est passé. Par où commencer ? Le mot honte revient sans cesse.

Commençons par rappeler que le réalisateur de J'Accuse est accusé de viols par 12 femmes dont la première affaire date de 1977. 10 d'entre elles sont mineures et une avait 9 ans. Il faut aussi rappeler qu'il est également toujours sous le coup d'une condamnation aux Etats-Unis et qu'Interpol le recherche toujours. Il a le statut de fugitif auprès de la justice américaine puisqu'il a fuit pour la France, qui, refuse d'extrader ses ressortissants.

La France, pays de la transparence, adore pratiquer le principe du "Name and Shame" comme ce fut le cas envers de grandes enseignes il y a quelques semaines. Alors, faisons-le ici : l'Académie des Césars a honoré un violeur pédocriminel. Honte à vous ! 

Florence Foresti n'a pas hésité tout au long de la soirée à tacler le réalisateur et affirmer son soutien aux femmes. Elle ne reviendra plus sur scène après l'annonce de cette honteuse récompense. Elle a même joué une scène, bien sûr en imitant R.P.,où elle propose à un jeune garçon de 21 ans de moins qu'elle de l'attendre dans sa chambre d'hôtel.

Le lauréat et son équipe, eux, ne sont même pas venus, tant ils savaient que l'accueil qui leur serait réservé allait leur être hostile. Pour preuve cette vidéo de Rémy Buisine.

C'est le moment tant attendu, il ne reste que deux prix à distribuer. Mais là, alors que tout le monde s'attend à entendre n'importe quel nom pour la statuette du meilleur réalisateur mais pas celui-ci, c'est bien le réalisateur de J'Accuse qui se voit décerner le César 2020 de la Meilleure Réalisation.

Ces femmes protestaient déjà contre la nomination du franco-polonais, que dire après cette récompense ?

Beaucoup de personnes présentes dans les gradins de la salle Pleyel ont quitté les lieux après l'annonce. Parmi elles, Adèle Haenel, Céline Sciamma, Noémie Merlant (L'équipe du film Portrait de la Jeune Fille en Feu) et bien d'autres... Ces femmes se sont senties trahies, abandonnées à leur sort, sans que personne ne semble vraiment les écouter. Quelle tristesse, les cinéphiles pleurent.

Quel message cette récompense renvoie-t-elle ?

Que dire aux victimes ? Adèle Haenel le disait encore il y a quelques semaines dans le New-York Times : " La France a complètement raté le coche de #MeToo". Effectivement, c'est encore plus le cas puisque ce soir, c'est un pas de plus vers la non-prise en compte de la parole des femmes.

Cela fait pourtant des années que les langues des femmes se délient pour enfin faire part de leurs traumatismes. Mais comment continuer quand l'une des plus importantes institutions cinématographiques récompense l'incarnation de ce et ceux que tu dénonces ?

Le cinéma français a répondu aux victimes ce soir, il leur a dit de se taire et a même récompensé un criminel pour enfoncer le clou.

Qu'est-ce que ces femmes peuvent-elles bien ressentir au moment où l'on leur annonce que l'homme qui a détruit leur vie se retrouve honorer et récompensé par la profession ? Elles sont tout en bas, au fond du gouffre, quand lui, est tout en haut, au sommet de son art.

Et que dire de celles et ceux qui le soutiennent encore ? Ces complices, comme Fanny Ardent, (récompensée pour son second rôle dans La Belle Epoque) qui confie à la sortie de la cérémonie qu'elle a beaucoup d'affection pour le réalisateur : «J’aime beaucoup R.P., donc je suis contente pour lui». Elle dit aussi toujours vouloir défendre ceux qui sont seuls contre tous. D'accord Mme Ardent, vous avez le droit, mais ici, vous défendez le violeur de 12 fillettes et adolescentes ? Ou encore notre Brigitte Bardot nationale qui écrit que le violeur "sauve le cinéma" et que ce qui lui est reproché relève "de la vie privée" ; Non je ne pense pas que violer 12 femmes soit du domaine de la vie privée ma chère Brigitte.

 © Twitter @andisahoe © Twitter @andisahoe

La consécration de Ladj Ly et des Misérables qui a suivi s'est faite dans une ambiance très lourde, plus rien ne pouvait rattraper le drame qui venait d'avoir lieu, là, sous nos yeux.

La démission de l'ensemble de l'Académie des Césars il y a peu, ne peut qu'être une bonne nouvelle. Le cinéma a besoin de diversité, à toutes les échelles. Mais aussi, et surtout, qu'une telle atrocité ne se reproduise plus jamais.

Rappelons pour finir que chaque année, 94 000 personnes sont victimes de tentatives de viol ou de viol, 94 000 cas que l'Académie des Césars, n'a pas dénoncée.

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