Favorisons l’école à l’air libre

A l’approche de la rentrée de mon garçon au collège, je lis le protocole sanitaire du ministère de l’éducation nationale dans les établissements… Je tombe de ma chaise. Je voudrais partager ici mon point de vue d’art thérapeute.

Pour les collégiens, l’obligation constante de distanciation sociale, l’obligation constante du port du masque, l’interdiction de jeux collectifs, un sens unique de circulation dans l’établissement … Pour le personnel : l’obligation de faire respecter la distanciation sociale et les gestes barrières, l’application d’une « doctrine de nettoyage », … Pour les parents et les enfants, l’obligation de prendre la température de l’enfant avant d’aller à l’école, … Toutes ces mesures anxiogènes vont à l’encontre d’une nécessité d’accueil attentionné aux élèves, après deux mois de confinement.

https://www.education.gouv.fr/coronavirus-covid-19-reouverture-des-ecoles-colleges-et-lycees-303546

La bonne nouvelle, c’est que l’on peut espérer que ce protocole inapplicable tombe vite en désuétude, comme tout protocole inapplicable. La très mauvaise nouvelle, c’est que toute tentative d’application de ce protocole sera désastreuse, aussi bien pour l’enfant qui le subira, que pour l’adulte qui l’appliquera.


Art thérapeute, je ne peux rester sans alarmer sur le caractère potentiellement destructeur de ces mesures pour les élèves, sur un plan psychologique. Mon propos porte plus particulièrement sur les dispositions à l’égard des collégiens, pour qui le port du masque est rendu obligatoire dans l’établissement. Il va de soi que pour les plus petits, ces mesures draconiennes sont d’autant plus délétères.

L’enfant et l’adolescent ont besoin d’un accueil, d’une écoute et d’une compréhension attentionnée après le confinement

- L’enfant peut avoir vécu cette période de confinement comme angoissante, voire très angoissante.  Il sort de cette période avec une sensibilité exacerbée, qu’il est nécessaire d’écouter et d’accueillir. Les mesures uniquement sanitaires, de distanciation, voire d’excès hygiénique vont dans le sens opposé à cette écoute et peuvent aggraver leurs angoisses, au lieu de les apaiser.

- L’enfant de 11 ans entre, de manière plus ou moins avancée, dans la puberté et l’adolescence. Il vit une grande transformation corporelle et psychologique, qui le rend davantage sensible à son environnement. C’est pourquoi, l’adolescent a besoin d’être compris et rassuré. Lui ajouter une situation anxiogène à l’école peut être source de pathologie : « hyperanxiété » « inquiétude dans les relations sociales » « trouble panique » « évitements » « phobies et troubles compulsifs » … (Marcelli & Braconnier. 2013)

- L’enfant et l’adolescent ont un besoin vital d’inter-actions humaines et de liens sociaux (Conseils pour les parents d’adolescents en confinement, Hôpital Robert Debré, https://www.pedopsydebre.org/post/conseils-pour-les-parents-d-adolescents). Les mesures de distanciation et de port du masque obligatoires cassent cette inter-relation. Pour l’enfant de 10 ans le masque n’est absolument pas « recommandé », alors que pour l’enfant de 11 ans, il est « obligatoire ». Comment expliquer à l’enfant qu’il a obligation de porter un masque, alors que s’il avait quelques mois de moins, cette disposition serait potentiellement néfaste pour lui ?

- L’enfant et l’adolescent peuvent avoir idéalisé leur retour à l’école, avec l’impatience, après tant de jours de séparation, de revoir leurs amis, leurs professeur.e.s, l’environnement protecteur de leur école, normalement intrinsèque à toute école. Ces protocoles anxiogènes risquent de provoquer une désillusion sur l’école, voire de générer des phobies scolaires.

Favoriser l’école à l’air libre

Pour ces quelques dernières semaines d’école, après 55 jours de confinement, l’école doit être un lieu d’accueil, d’écoute, de protection et de joie pour les enfants et les équipes, afin qu’ils puissent retrouver leur relation de confiance.

  • Favoriser des temps de cours à l’air libre, par petits groupes est une très bonne idée. Dans les lieux chanceux, où la nature est omniprésente, l’extérieur permet plus d’aisance pour les activités dans l’espace, moins stressant qu’un confinement en classe, avec des règles trop strictes. Dans les lieux urbains, où ces possibilités sont plus restreintes, les parcs et les jardins sont des lieux de découvertes pédagogiques possibles. 
  • Favoriser les jeux et la pratique des arts qui renforcent le potentiel capacitaire des enfants et améliorent leur bien-être, tout comme leur disposition à l’apprentissage. 
  • Favoriser les modes d’apprentissages ludiques, en lien avec l’extérieur, en découverte de la nature et en inter-dialogue, entre élèves et professeur.e.s (observation des arbres, du ciel, des insectes, des plantes, jardinage …).

  • Favoriser les activités sportives aux effets bénéfiques multiples (athlétisme, cross dans la nature ou dans les parcs, …) qui renforcent le bien-être et la cohésion de groupe.

V. Chatain, art thérapeute, Diplômée de L’Université de Paris (Paris Sorbonne Cité, Paris Descartes) Auteure de l’essai, « L’Espace poétique ». www.valeriechatain.com

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