Métamorphose, un voeu

Merci aux poètes de la fin de l’hiver. Quel acte de beauté, en collectif, porteur d'espoir accompli à l’Odéon et dans d'autres théâtres. Je vous suis et vous soutiens du Limousin : de Marsac, de Saint-Goussaud, de Tulle, de Limoges, d'Aubusson … J'aimerais ici dire ce poème.

Mes âmes, mes cieux,
Mes anges,
Mes anges d’en haut,
Mes anges d’en bas,


Par-delà des montagnes,
Par-delà des blés,
Par-delà des océans, 
Par delà l’étang de la Cazine,

A tous les solaires, 
Les vivants
De là, d'ailleurs,
voyageurs, passeurs, 
A tous les lunaires,
Les dys, les bi, les polaires,


(…)
Ce monde
Désormais


Accueillera
Accueillera
Accueillera


Force de vulnérabilité. » 
dans la douceur 
le respect
l’infini respect
du plus petit vivant
du plus chétif
du plus frêle
du plus mal en point
du plus silencieux
du plus souffreteux
de l’enfant sans vie 


de l’enfant vivant des vivants


Mes âmes, mes cieux, 
Mes anges
Corps et âmes mêlés, 
De l’infiniment grand à l’infini petit
Ou plutôt 
De l’infini petit à l’infiniment grand
Désormais


Now. 
Jetzt. 
Alan. 

L’enfant sera écouté
Tendrement.
Doucement.
Avec humilité.


Dans ce monde que je dois ensemencer,
De chaque élément
Pousse une vie 
de la plus douce des espèces.

Les feuilles d’un vert pas comme les autres
Se tourneront vers le ciel 
Se fermeront le jour, 
S’ouvriront la nuit,
Puiseront dans l’obscurité. 
Pour se ressourcer

Un léger duvet
Couvrira les rugosités
transformera rudesse en délicatesse
Brutalité en légèreté
Vulgarité en volupté

Les pétales douces et odorantes 
Des boutons de roses
auront le pouvoir
d’attendrir 
la moindre violence, 
le moindre sursaut,

de panser la moindre blessure,
 de guérir meurtrissures,
de faire bourgeonner les pourritures

Et nous pourrons, 
Enfin
nous regarder

La douceur
De nos sœurs, mères, 
De nos mères de nos pères, 
mères de nos mères,
mères de nos pères, 
mères
si douées, 
de sublimation.

Pour votre douceur, l’encensement.

Il reçoit des couronnes du ciel et descend dans la fosse à la rencontre des femmes. Dans un rituel cérémonial, il les couronne une à une et les embrasse sur le front. Il remonte en scène au micro.

Et nous nous souviendrons de l’instant 
où de vos yeux brûlants doux
(roucoulement de pigeon) 


Un instant à notre naissance


Une fois, Une fois, 
seulement
par vos yeux doux légers


nous avons été regardé.


Silence. Noir. Chant. 

(...)


Cher enfant,

Bienvenue, ne disparais plus.

Ecris l’histoire, elle est à toi, écris-là, écris l’histoire,

Que l’histoire s’écrive par tes soins (…)"


Ecrite en 2018, la pièce a été lue Samedi 12 octobre 2019, par son autrice à Saint-Goussaud (23).
 
En 2020, par Marie-Do Fréval, lecture à 

La Lanterne, Saint-Goussaud (23), 
mise en espace Valérie Chatain, 
Samedi 03 octobre 2020.


Ce texte est librement inspiré du tableau 
de Ingres,  «  Roger délivrant Angélique », 
d’images et de personnages des métamorphoses
d’Ovide.

Cie L’Oiseau Vache Creuse.
Les métamorphoses, V. Chatain, éditions Les balades, extrait.

www.valeriechatain.com
contact@valeriechatain.com

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