Les mots dits / Ni bon ni mauvais, vraiment ?

Depuis trois semaines, Donald Trump a décidé d'enfermer les enfants d'immigrants, quel que soit leur âge, en attendant que la justice statue sur le sort de leurs parents. Ils sont arrachés à leur famille, ignorants du temps que durera leur enfermement, perdus, drogués pour les empêcher de hurler.

Le 30 juin, la Ligue des Droits de l'homme (LDH) marquait ses 120 ans. Il lui reste pas mal de boulot. (c) Alain Pitton © (c) alain Pitton Le 30 juin, la Ligue des Droits de l'homme (LDH) marquait ses 120 ans. Il lui reste pas mal de boulot. (c) Alain Pitton © (c) alain Pitton
 

Indifférence : du latin indifferens, « ni bon, ni mauvais », par extension, qui n'est pas en faveur d'un parti plutôt qu'un autre.

 

Depuis 3 semaines, Donald Trump a décidé d'enfermer les enfants d'immigrants, quel que soit leur âge, en attendant que la justice statue sur le sort de leurs parents. Ils sont arrachés à leur famille, ignorants du temps que durera leur enfermement, perdus, drogués pour les empêcher de hurler. L'article de Mathieu Magnaudeix sur ce site est suffisamment détaillé pour donner des haut-le-coeur. Certes, le 20 juin, le roi des pirouettes a annoncé que finalement, non, les enfants ne seraient plus séparés de leurs parents. Mais dans les faits, rien n'est fait. Enfin, si, l'armée U.S construit deux nouveaux camps destinés à recevoir des enfants de réfugiés. « Tolérance 0 » pour les immigrants a décrété le leader du monde libre début avril. Alors ? L'Amérique est en colère. L'Amérique manifeste. Et les Américaines sont arrêtées devant le Capitole.

Quelles sont, de l'autre côté de l'Atlantique les réactions officielles face à ce scandale ? Rien, silence. Regardez, la France est en quart de finale au Mondial de foot. Les Européens ont fort à faire eux-mêmes pour tenter de ne pas accueillir les réfugiés dont ils sont responsables et les fourguer aux bons soins de telle ou telle dictature, mais s'il vous plaît gardez-les. D'ailleurs, le pays-des-droits-de-l'homme a déjà légiféré (début avril, tiens donc) sur la possibilité d'enfermer les gamins coupables d'avoir été dans les bras de leurs parents quand ceux-ci ont fuit la misère ou la guerre. Le cœur sur la main, mais peut-être eut-il simplement fallu qu'il soit connecté au cerveau et aux tripes, la rapporteure du projet de loi, Elise Fajgeles (LREM) a admis «qu’il est insupportable à tous de voir des mineurs en rétention», mais que bon, ils devaient y rester.

Nombreux sont les Français, individuellement ou via une association, qui se disent écœurés par cette indifférence. Ils se trompent. L'indifférence, cela veut dire qu'on n'a pas d'opinion, pas de préférence, par extension, que l'on ne ressent rien, que l'on est insensible. D'accord. Alors cela voudrait dire que, si demain, Vladimir Poutine annonçait qu'il va séparer des milliers de bambins innocents de leurs famille pour les enfermer dans des camps où ils seront totalement traumatisés, il n'y aurait aucune réaction internationale ? Les condamnations et sanctions tomberaient dans la minute. Les gouvernements du monde occidental pardonnent tout au pire président que les États-Unis aient jamais eu, parce qu'ils le veulent bien. Ce n'est pas de l'indifférence c'est un accord tacite.

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