Les mots dits / Abandon

À partir d'aujourd'hui, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) va devoir se passer de la participation financière conséquente des États-Unis. Quoi de moins étonnant de la part de l'administration Trump que de se désengager de toute initiative généreuse qui place l'humain au coeur et tente d'agir intelligemment ?

Un camp de réfugiés palestiniens à Bethléem. © Alain Pitton Un camp de réfugiés palestiniens à Bethléem. © Alain Pitton
 

 Abandon : XIIe siècle, laisser à disposition, remettre, céder à quelqu'un.

 À partir d'aujourd'hui, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) va devoir se passer de la participation financière conséquente des États-Unis. Quoi de moins étonnant de la part de l'administration Trump que de se désengager de toute initiative généreuse qui place l'humain au coeur et tente d'agir intelligemment ? Elle s'est déjà retirée de l'Unesco (l'organisation des Nations Unies pour l'Éducation, la Science et la Culture), l'an dernier. Pour l'UNRWA ce seront 365 millions de dollars en moins dans un budget serré. D'après le porte-parole de l'organisation, Chris Gunness, s'exprimant dans Libération, il est probable que tous les programmes cessent suite à la décision américaine.

Pauvres Américains, il faut les comprendre aussi : «Les États-Unis n’ont plus la volonté d’endosser la part disproportionnée du fardeau des coûts de l’UNRWA.», dit le communiqué du département d'État. « Fardeau », le mot est lâché. Comment voulez-vous alimenter le plus magnifique budget guerrier de la planète, 609 milliards de dollars en 2017, si vous donnez à droite à gauche ? Il faut savoir ce que l'on veut défendre, être logique, cesser d'aider les ennemis de ses amis. Or, l'État juif (loi passée le mois dernier) est un ami de Washington. Alors, autant mener une politique commune en matière de réfugiés palestiniens, à savoir leur dire d'oublier pour de bon que les descendants de ceux qui avaient fui leurs villes et villages au moment de la création d'Israël en 1948 puis au cours des guerres successives dans la région ne rentreront jamais.

 

Qui veut noyer son chien...

Et puis, l'UNRWA a mauvaise réputation auprès d'une partie de la classe politique israélienne. Inefficace, elle couvrirait même des activités terroristes. Il suffit de suggérer, Uncle Sam s'exécute. Ça a été ainsi pour la reconnaissance de Jérusalem comme capitale du pays par les États-Unis, pour le feu-vert implicite à la relance de la construction de colonies dans les Territoires occupés et pour la perspective de l'annexion pure et simple du plateau du Golan. Les États-Unis abandonnent les Palestiniens, notamment les réfugiés.

L'abandon, ce n'est pas juste laisser quelqu'un se débrouiller, ce n'est pas « laisser faire », ce qui est déjà passablement cruel, inhumain dans certains cas. C'est rendre à un autre le pouvoir sur une chose ou un être. En 1191, abandon signifiait la mise à disposition du créditeur par son débiteur de biens mobiliers ou immobiliers, en guise de caution ou gage. Comme s'il fallait, après le déménagement de l'ambassade américaine à Jérusalem, encore un gage des États-Unis de leur volonté de laisser absolument toute latitude à Israël de traiter les Palestiniens comme mal leur semble.

En fermant les yeux une fois de plus sur ce scandale, nous sommes complices. Allez, répétez-vous bien le mantra « nous sommes les bons », histoire de colmater la fissure du doute.

 

P.S : Dans le Canard Enchaîné du 29 août, on apprend que l'Institut français de Naplouse, en Cisjordanie. ferme ses portes.

 

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