Les mots dits / Compassion

A l'annonce de l'interdiction de tout rassemblement au centre ville de Nantes pour un hommage à Steve Maia Caniço,ce jeune homme de 24 ans noyé dans la nuit du 21 au 22 juin 2019, jour de la Fête de la musique après une intervention contestée de la police, tous ceux qui suivent l'actualité sociale de ces huit derniers mois ont su traduire : demain, ça va gazer.

Hommage à Steve Maia Caniço, le 1er août à Toulouse © Alain Pitton Hommage à Steve Maia Caniço, le 1er août à Toulouse © Alain Pitton

Compassion : de compassiun « sentiment que nous fait éprouver la souffrance d'autrui » (1155). (CNRTL).

A l'annonce de l'interdiction de tout rassemblement au centre ville de Nantes pour un hommage à Steve Maia Caniço,ce jeune homme de 24 ans noyé dans la nuit du 21 au   22 juin 2019, jour de la Fête de la musique après une intervention contestée de la police, tous ceux qui suivent l'actualité sociale de ces huit derniers mois ont su traduire : demain, ça va gazer. « ça » va aussi frapper, nasser, tirer au LBD40, arrêter, juger, interdire. Car le préfet, Claude d'Harcourt, le sait déjà, le ministre de l'intérieur le lui a dit : une fois de plus des hordes de blackblocks, de factieux, de séditieux vont mettre en danger la République. Il faut agir !

Sauf que. Sauf que l'idée des rassemblements de samedi est de témoigner d'une souffrance commune éprouvée face à la disparition d'un jeune homme, mort parce qu'il faisait la fête. C'est dire que ce n'est pas normal, que c'est insupportable de crever dans la Loire une nuit de juin à 24 ans, parce que les forces de l'ordre ont fait n'importe quoi. Sûr que ce sera l'occasion de dire sa colère face au déni scandaleux des autorités, aux mensonges à deux sous ("oui, Mesdames Messieurs, nous sommes fiers de présenter les conclusions de l'enquête de l'IGPN menée avant d'avoir un corps et sans avoir entendu tous les témoins") et à l'humiliation ("et ce rapport, nous vous le balançons sur les ondes le jour où Steve est identifié, alors qu'il est prêt depuis 15 jours"). Parce que la passion (c'est à dire, le martyr) se vit le plus souvent en public.

Pas un mot. Pas un mot de condoléance directe à la famille de Steve de la part du gouvernement, encore moins d excuses. Aucune aide aux parents du garçon qui veulent la vérité. Du mépris toujours. Du côté de la présidence, il y a vacances, au fort de Brégançon depuis le 25 juillet. Tout le monde a droit à des vacances, c'est bien. Mais il est des circonstances qui appelleraient un mot de compassion. Qui demanderaient de sortir de la piscine. Il ne s'agit pas de se mouiller, comme aurait dû le faire François Hollande lors de la mort de Rémi Fraisse tué par un gendarme sur le chantier du barrage de Sivens (Tarn), il s'agit juste de dire son regret d'une telle mort dans de telles circonstances. Un coup de fil au premier ministre pour lui dire de faire son boulot c'est un peu léger. On pourrait penser qu'il est sans cœur, Emmanuel Macron. C'est faux ! Notre président est capable de compassion : le 27 juillet, il a interrompu ses vacances pour se rendre aux funérailles du président tunisien Béji Caïd Essebsi...

 

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