Les mots dits / Consentement

Voici un mot sans ambiguïté. Quatre syllabes pour dire oui. Un adverbe qui nous est devenu familier avec le mouvement #meetoo, qui a mis en exergue ce que devrait être la base de tout rapport sexuel, et par extension de toute atteinte au corps : le consentement.

Lors de la manifestation anti-vaccin et anti-pass sanitaire, le 17 juillet 2021 à Toulouse © Alain Pitton Lors de la manifestation anti-vaccin et anti-pass sanitaire, le 17 juillet 2021 à Toulouse © Alain Pitton

Consentement : de consentir, « être d'accord avec »

« C'est quoi, dans « non » que tu ne comprends pas ? » ; « Mon corps, mon droit, mon choix ! » sont encore dans le top 10 des slogans dans les manifestations féministes. Ils disent le droit absolu à disposer de son propre corps, à partir du moment où l'individu est « éclairé », c'est à dire informé et maître de lui-même. A présent, ce mot circule, il fait son entrée à l'école, dans les livres pour grands, les albums pour enfants, les expos pour ados, les émissions télés, radio, foyers, associations, etc. Non, c'est non.

Mais voici que pas vraiment, enfin, comme de plus en plus d'aspects de la vie en France, ça dépend. Il se peut, d'un claquement de doigts, que l'on vous fasse comprendre que votre corps ne vous appartient plus tout à fait. Soudain, vous devenez celui ou celle dont l'avis est méprisable, vous êtes « réfractaire, complotiste, stupide, inconscient, irresponsable ». Il est bien sûr ici question de l'obligation déguisée de se faire vacciner, tellement plus inefficace qu'une obligation franche, claire et organisée, dont les phases, anticipées, étalées dans le temps auraient permis de ne pas rejeter une partie de la société.

C'est vrai qu'il y a les réfractaires, par peur, par méfiance, par défiance, mais « stupides, inconscients » ? Depuis quand poser des questions est-il stupide ? Car il en reste en suspens des questions au travers de chiffres incomplets, flous et contradictoires.

Quelle est l'efficacité des sérums dont on nous annonce déjà la troisième injection ?

Quelle est la réalité des effets secondaires ?

Pourquoi le contrat (gardé secret) passé avec les industries pharmaceutiques (occidentales uniquement, pourquoi ?) précise qu'elles ne seront pas responsables en cas de problème ? Pourquoi Pfizer/BioNTech et Moderna viennent-elles d'augmenter le prix de leur produit ?

On pourrait aussi se demander quels médicaments seront déremboursés pour engraisser ces entreprises ; ce que l'on fait des textes, certes symboliques mais qui ont un poids moral, que sont le serment d'Hippocrate, ou le code de Nuremberg. On devrait s'interroger également sur la conviction des dirigeants que nous resterons protégés sur une planète qui voyage, alors qu'aucun programme massif de dons de vaccins aux pays les plus pauvres, grâce à la libération les brevets n'est en place.

Ceux qui refusent le pass sanitaire sont traités d'irresponsables ? Quand Emmanuel Macron présentera ses excuses aux familles des 14 000 morts qui auraient pu être évités avant le troisième confinement parce qu'il fallait consommer ; quand le gouvernement cessera de diminuer les lits (c'est à dire les emplois) dans les hôpitaux publics en temps de pandémie ; quand les grands de ce monde se mettront enfin d'accord pour agir contre le réchauffement climatique qui tue bien plus que le Covid-19, on en reparlera.

Un discours, et votre corps ne vous appartient plus que quand on vous y autorise. C'est cela, une loi d'exception. Quand il y a un problème, le gouvernement change la loi, la fait coller à sa réalité. Les exemples sont nombreux à travers l'histoire mais la multiplication de telles lois ad hoc modifiées parfois au mois le mois a tendance depuis quelques années à devenir un système. La loi à géométrie variable. « Faut bouger Madame ! », lançait le président à une infirmière à bout (et c'était avant le Covid) en guise de programme lors d'une visite dans un hôpital. Les lois valsent, elles ne sont plus d'airain, elles ont la jambe leste, le revirement facile, elles sont plus légères qu'un pet. Quel cadre incertain offrent-elles ? Et l'on s'étonne encore de la perte de confiance des Français et dans leurs institutions et dans le corps politique ?

Pour qui prend la peine de discuter avec les manifestants, il est évident qu'il n'y a pas que la peur du sérum et de l'atteinte au corps. Car nombre d'entre eux sont vaccinés contre la poliomyélite, la diphtérie, le tétanos... pour lesquels aucun pass, aucun QR code n'est exigé. On vous demande votre QR code tuberculose ou grippe quand vous allez au cinéma ? Non, pourtant ce sont des maladies très contagieuses et dangereuses. Il y a, chez beaucoup d'opposants, la crainte que la durée du pass sanitaire soit illimitée, que le QR code comporte de plus en plus de données personnelles et que rien de notre vie ne puisse rester inconnu à ceux qui y ont accès et dont la liste s'allonge, alors qu'ils exigent pour eux-mêmes l'opacité. Certains l'admettent : ils voulaient se faire vacciner, mais la façon dont le pass sanitaire est mis en place au détriment de droits fondamentaux les y en dissuadent. Le mot d'ordre le plus répandu dans ces manifestations, celui qui est le plus écrit, crié et chanté, ce n'est pas « mort au vax », c'est : Liberté !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.