Les mots dits / Calme et tranquille

Ce pourrait être la météo du week end, mais c'est surtout ce qui nous était promis pour les festivités. Et grâce à qui ? Grâce aux 110 000 policiers et 20 000 militaires (sans compter les vigiles) qui ont été déployés sur le territoire "pour que les Français puissent vivre ces moments de fête en toute sérénité."

Sérénité : du latin serenus « clair, doux, pur et calme », en parlant du ciel.

Lagune de Faro, portugal. © Alain Pitton Lagune de Faro, portugal. © Alain Pitton

Ce pourrait être la météo du week end, mais c'est surtout ce qui nous était promis pour la Fête nationale et la finale du Mondial de foot. Et grâce à qui ? Grâce aux 110 000 policiers et 20 000 militaires (sans compter les vigiles) qui ont été déployés sur le territoire "pour que les Français puissent vivre ces moments de fête en toute sérénité", dixit notre boute-en-train de ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, voir 130 000 gars armés jusqu'aux dents dans les rues n'évoque pas la « paix, le calme et la pureté » d'un ciel d'été...

Déjà, hier matin, le défilé militaire à Toulouse était verrouillé sur un périmètre d'un kilomètre par des barrages tenus par des policiers plus ou moins aimables. Un centre-ville stressé pour un défilé d'un gros quart d'heure clôturé par deux pauvres chevaux, la police montée de la ville, (qui nous coûte si cher, dit le maire). Pour continuer à nous rassurer, dès 16 heures 30, les forces de sérénité ont commencé à bloquer les accès bien avant les bords du fleuve d'où est traditionnellement tiré le feu d'artifice. Les blocs de bétons désormais familiers ont été mis en travers des routes, ponts, pistes cyclables, rues et trottoirs, afin de rassurer les accros à BFM TV qui ont encore les images d'un camion fou bousillant la foule à Nice en 2016.

Heureusement, il n'y a pas eu à procéder à des évacuations d'urgences, à gérer des mouvements de panique. Cet enclos de béton armé est-il pour autant rassurant ? Tout à l'heure, à l'issue de la finale du Mondial de foot, il faudra aussi maîtriser au milieu des barrières et plots en béton les excès éthyliques, et l'immense bonheur de sillonner la ville en bagnole klaxonnante. Tout ça, ce n'est pas pour que nous soyons tous habitués à prendre la bonne file sans rechigner, à ne pas passer par là parce qu'on nous le dit, à ne pas demander pourquoi, à ne pas faire ceci, à faire la fête comme on nous dit de la faire, ce n'est pas pour nous rendre plus dociles, c'est pour notre sérénité, parce que les terroristes sont partout et prêts à l'action à chaque seconde. Combien de temps va-t-il falloir vous le seriner ?

 

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