Les mots dits / Rébellion

Doit-on encore présenter Extinction Rebellion ? En un an, le monde occidental a appris à reconnaître leur logo percutant, à saluer (ou pester contre) leurs actions coup-de-poing et, en France, à se demander quelle est la nature véritable de ce mouvement de rebelles pas toujours rebelles.

Manifestation XR cornaquée par la police à Toulouse © Jean B. Manifestation XR cornaquée par la police à Toulouse © Jean B.

Rébellion : emprunté au latin rebellio « reprise des hostilités, révolte ». XIIIe siècle « action de se révolter contre une autorité ». Se révolter = tourner le dos. (d'après le CNRTL)

Extinction Rebellion, ou XR est né en Angleterre au printemps 2018 et a rapidement fait des émules dans les pays occidentaux. Il veut être une autre pression sur les gouvernements dans le but de les obliger à lutter contre le changement climatique et ses conséquences. Ses armes, des actions non violentes et la désobéissance civile. Nous en avons eu des exemples un peu partout, à des degrés divers : du spectaculaire blocage de cinq ponts sur la rocade londonienne à un gentil die-in d'une trentaine de militants dans le hall d'entrée du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse, dûment négocié avec la direction.

Il faut dire que, du fait que le mouvement ne s'appuie pas sur une organisation centrale, chaque groupe mène les actions qu'il veut, à des échelles variables, ce qui ne contribue pas forcément à donner une image claire de leur engagement. Autant des centaines de participants se sont fait arrêtés au Royaume-Uni, en Australie, en Nouvelle-Zélande, autant d'autres collaborent avec les pouvoirs locaux pour propager la bonne parole. A Toulouse, XR a participé à l'inauguration de la nouvelle exposition temporaire du Muséum, « Extinctions, la fin d'un monde ? ». Poignées de main avec les représentants d'une ville/agglomération qui minéralise les sols à grande vitesse, se moque du « couloir vert » qu'est censée être la Garonne, coupe des arbres centenaires et l'écosystème qui va avec pour les remplacer par des balais à..., etc.

Les sceptiques commencent à donner de la voix quant à la version française de ce mouvement qui se revendique rebelle. Pour rappel, le rebelle est donc « celui qui reprend les hostilités », avec une racine latine bellum qui signifie quand même « guerre ». Drôle pour un mouvement non violent, mais bien dans l'époque schizophrène du « en même temps ». Rébellion parle aussi de révolte, c'est à dire de « tourner le dos », aux pouvoirs responsables de l'effondrement de notre planète. Les actions hexagonales les plus médiatisées, à Paris, ne parviennent pas toujours à faire oublier la docilité de certains groupes régionaux, singulièrement absents d'ailleurs des multiples ZAD et prompts à obéir aux forces de l'ordre quand elles interdisent tel ou tel sit in. Imagine-t-on un Mahatmah faire demi-tour pendant la marche du sel ?

_ M'sieur Gandhi, faut pas circuler là !

_ Ah ben, c'est embêtant je mène une marche de désobéissance contre l'occupation britannique et...

_ Veux pas l'savoir, demi-tour et dispersez-vous !

_ Bon, d'accord...

Ou :

_ Mme Parks, cette place-là, c'est pour les Blancs. Vous, c'est à l'arrière.

_ Ah ? Bon, désolée, hein, je retourne m'asseoir à l'arrière alors...

 Les droits civiques aux États-Unis auraient avancés moins vite, l'Inde aurait mis un peu plus de temps à acquérir son indépendance. Dire non, ne pas obéir implique des conséquences parfois violentes (arrestations, condamnations, coups, gaz lacrymogènes) auxquelles pourtant Extinction Rebellion passe pas mal de temps à se préparer via des stages de désobéissance civile. Celle-ci a pour corollaire de s'opposer à la loi, d'être dans le délit. Dire non, c'est prendre des risques. C'est un engagement difficile et courageux. Alors trahir la force de la désobéissance civile en obéissant, en "se faisant  bien voir" c'est affaiblir considérablement, en France en tout cas, la réputation d'un groupe qui sait faire parler de la catastrophe environnementale ailleurs.

Organiser des soirées crêpes, c'est bien, ça soude une équipe, mais ça n'empêche pas vraiment les politiques de destruction de l'environnement. Ainsi, hier soir à Toulouse, XR conviait ses militants à un « moment de retrouvailles convivial en mode auberge espagnole », avec jeux de société, musique et ateliers poésie/slam et chansons. Mais attention, ce groupe de résistants acharnés est en train de mettre au point une arme qui risque bien de faire trembler les destructeurs de la planète : le cabarebellion*, « un cabaret modulable/coopératif/autogéré ». Notons que les (gros) mots « rébellion » et « désobéissance civile » ont disparu et ne doutons pas que XR Toulouse, quand il s'agira de développer leur cabaret dans l'espace public et non dans l'entre-soi d'une MJC, sera doté de toutes les autorisations nécessaires.

_Dîtes M. Thoreau, si vous continuez à ne pas payer vos impôts à l'heure, on va vous coller 10 % de pénalités. Six ans d'arriérés, vous vous rendez compte ?

_ 10 % ?! La vache, pour une bicoque en bois au milieu des bois, ça fait.

_ Vous êtes en infraction avec la loi.

_ Ah, mais fallait le dire ! Bon, je règle 5 % et on en parle plus ?

...

 

 

*Un Cabarebellion c'est quoi?? (piqué sur le profil Facebook de XR Toulouse)

« Un cabaret de rue et de lutte ,basé sur l'autogestion, pour questionner les problématiques de nos sociétés (injustice sociale ,catastrophe bio-climatique, fin du monde /fin du mois ) autant intellectuellement que sensiblement ,se réapproprier l'espace public /le pouvoir de dire ,de penser ,d'agir, de jouer ensemble, sortir de l'entre sois militant, rompre le mur entre acteurs et spectateurs de nos sociétés, ré-enchanter nos luttes... autour de deux grandes pistes thématiques : "le pire ou le meilleur" "utopie /dystopie" "fin du monde /fin des inégalités" "justice /injustice"... »

 

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