Les mots dits / Sagesse

C'est une seconde nature pour notre président de donner des leçons à qui n'en n'a pas besoin et de ne pas en donner à qui en aurait bien besoin. Aujourd'hui, Geneviève Legay grièvement blessée à Nice versus le syndicat policier Synergie-officiers.

 

Charge d'un essaim de sages, acte 19 du mouvement des "gilets jaunes" à Toulouse, le 23 mars. © Alain Pitton Charge d'un essaim de sages, acte 19 du mouvement des "gilets jaunes" à Toulouse, le 23 mars. © Alain Pitton

Sagesse : de sage, qui possède une connaissance juste des choses.

« Je lui souhaite un prompt rétablissement et peut-être une forme de sagesse. » Nouvelle phrase à buzz du président de la République à propos de Geneviève Legay, cette femme de 73 ans souffrant de plusieurs fractures à la tête suite à sa chute lors d'une charge des policiers, samedi 23 mars à Nice, pendant la manifestation hebdomadaire des « gilets jaunes ». Notre président ayant été opéré de l'empathie, il lui est bien entendu impossible d'en faire usage, ce que nous pouvons comprendre. Est-il pour autant nécessaire d'user systématiquement de mépris et de mauvaise foi ? « Une forme de sagesse », Geneviève Legay, porte-parole du mouvement altermondialiste ATTAC au niveau départemental, doit bien la posséder puisqu'elle est venue, porteuse d'un drapeau symbole de paix, s'exprimer pacifiquement dans une manifestation publique.

Elle connaissait certainement l'interdiction préfectorale de paraître place Garibaldi à Nice ce samed,i mais on peut supposer, vu son engagement, qu'elle avait aussi une connaissance juste des choses, plus profonde, plus critique. Car ce qu'elle venait faire place Garibaldi, c'était aussi affirmer un droit fondamental, celui de la liberté d'expression : «Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. » (art. 19 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme).

 

Un tweet tout en finesse

La triste nouvelle de Nice entre en résonance avec un délicieux tweet débordant de haine posté il y a une semaine à peine par le syndicat des officiers de police (les gradés, donc, ceux dont on peut supposer qu'ils ont un certain niveau intellectuel) Synergie-officiers. Le président de tous les Français va-t-il souhaiter aux policiers en colère « une forme de sagesse » ? Une plus grande quiétude, sachant que « pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable » ? En effet, il leur faudrait sans doute une connaissance juste des mots qu'ils emploient dans ce tract, tels que : « des hordes de sauvages excités par les appels à la radicalisation » [exclusivement de gauche, la radicalisation], « la clique des Drouet, Nicolle et consorts ; des essaims de cloportes (zadistes, antifa, no border...) ; son Altesse sénilissime (sic) Défenseur des droits ; graines d'assassins ; esprit munichois », etc.

Des excès de langage tellement ridicules qu'ils pourraient faire sourire si ce syndicat ne représentait pas 40 % des officiers aux dernières élections professionnelles. Si on ne frisait pas l'injure et les menaces. L'utilisation d'un champ sémantique boueux devrait inquiéter tant il sent l'extrême droite. Souvenons-nous que tout le monde n'a pas la sagesse de Geneviève Legay, que la violence est bien du côté où on la voit. Et quand les médias font monter l'épouvantable Marine Le Pen pour nous motiver à voter en face, ayons au moins la sagesse de reconnaître qu'une bonne partie du chemin est déjà faite.

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