Un nouvel humanisme est-il possible?

Le week-end dernier, j’ai senti que quelque chose se passait. Cette sensation que l’on éprouve lorsque des évènements différents que l’on ressent se retrouvent dans la cohérence d’un sentiment qui permet de revivre chacun de ses événements de manière plus intense. C’est pour cela que j’ai décidé de faire partager ce que j’ai compris et ressenti pendant tous ces débats et ces conférences organisés par l’université de la Terre à l’Unesco et par l’université de tous les savoirs à l’université René Descartes de Paris. Les deux n’avait, a priori, pas grand-chose à voir car l’une se posait la question de comment « réinventer le progrès ? » alors que l’autre se demandait « quels humanismes pour quelle humanité aujourd’hui ? ».

Le week-end dernier, j’ai senti que quelque chose se passait. Cette sensation que l’on éprouve lorsque des évènements différents que l’on ressent se retrouvent dans la cohérence d’un sentiment qui permet de revivre chacun de ses événements de manière plus intense. C’est pour cela que j’ai décidé de faire partager ce que j’ai compris et ressenti pendant tous ces débats et ces conférences organisés par l’université de la Terre à l’Unesco et par l’université de tous les savoirs à l’université René Descartes de Paris. Les deux n’avait, a priori, pas grand-chose à voir car l’une se posait la question de comment « réinventer le progrès ? » alors que l’autre se demandait « quels humanismes pour quelle humanité aujourd’hui ? ».

Et tout de suite, on se demande que signifient ces grands mots que sont « progrès » et « humanisme », termes plutôt vagues, souvent connotés. Voilà toute l’ambition de ce billet, une première approche de ces deux concepts et de leur relation qui fut plutôt mouvementée dans notre histoire moderne, un peu comme une histoire d’amour qui se découvre au fil du temps avec ses heurts, ses excès d’orgueil, pour finalement s’accepter en tant que telle dans l’avenir.

 

Je ne veux pas faire une description exhaustive de chaque conférence mais plutôt de ce qui m’a le plus marqué, au prix peut-être d’une (in)certaine objectivité…Commençons donc par ce qui a été considéré comme l’époque à l’origine des succès et des dérives que nous connaissons aujourd’hui, le siècle des Lumières. Cette période a consacré la rationalité au centre des valeurs universelles qui régissent le devenir de l’être humain en tant que conscience propre, critique et libre. C’est là que les sciences vont jouer un rôle prépondérant dans cette optique rationaliste. Elles vont conduire à faire émerger la notion de progrès au service de l’homme. Entendons par là qu’il s’agit de progrès scientifique qui, par ses méthodes rationnelles, contribue à repousser les limites de la connaissance humaine. Voilà tout le sens des Lumières : la libération de l’homme des dogmes, des obscurantismes, des catastrophes naturelles, des contingences physiques propres à l’homme.

 

On peut déjà émettre un doute quant à la cohérence d’un tel système de pensée avec la question suivante : « jusqu’où les limites peuvent-elles être repoussés ? ». Dans l’idée d’un savoir absolu, socle des potentialités humaines, il est difficile d’en imaginer les contours, c’est le moins que l’on puisse dire. L’humanité est-elle condamnée à toujours savoir plus, à repousser l’espérance de vie humaine, à décupler les possibilités de déployer de l’énergie au bénéfice de la transformation sans fin de l’homme et de son environnement ? A vouloir placer la rationalité comme essence de l’homme, ne devient-elle pas une fin en soi précipitant l’homme dans une fuite en avant vers un idéal qui lui fait perdre le sens de sa propre finitude ?

Pour illustrer cela, Luc Ferry a parlé de l’Odyssée et plus particulièrement d’Ulysse qui passe 7 ans sur l’île de Calypso. Vous vous dites « Ah ben c’est long !». Oui mais le temps passé là-bas est ce qu’on appelle du « bon temps ». Mais chaque soir, Il pleure de ne pas être à Ithaque aux côtés de sa femme et de son fils Télémaque. Au moment où il décide de partir, Calypso, folle amoureuse d’Ulysse lui promet l’immortalité ET la jeunesse éternelle (sans jeunesse éternelle, l’immortalité perd vite de son intêrêt…). Mais Ulysse décide malgré tout de repartir pour Ithaque là où se trouvent ses racines.

 

Outre la Raison, l’on voit que l’Amour fait partie aussi de la dimension humaine. Et là on touche ce qui me semble être ce qui fait toute la force d’un nouvel humanisme : le caractère sacré de l’humain, cette capacité de pouvoir donner sa vie pour l’autre, que ce soit l’être aimé, l’enfant, l’ami et même l’ennemi ! Pouvons-nous trouver autant de personnes capables de mourir, de se sacrifier pour les valeurs portées par la religion, le patriotisme par exemple ? Le sens du sacré se retrouve, dès lors, dans l’humanité. C’est tout le sens d’une transcendance qui porte mais ne dépasse pas l’homme. Il ne s’agit plus d’une idéalisation de l’homme qui finirait par oublier la réalité de l’individu en l’externalisant complètement dans un humanisme séducteur mais froid. L’Amour, bien plus qu’un vague sentiment lyrique, uniquement porté dans un idéal romantique, remet au cœur de notre humanité la notion de partage, d’échange, de lien social. Un nouvel humanisme est celui qui nous tisse ensemble, aussi bien à notre échelle individuelle (ce que je vis avec ceux qui m’entourent) et à notre échelle collective (ce que les sociétés tendent à accomplir dans l’intérêt et le bien de tous). C’est évidemment un humanisme complexe, par définition, et difficile, comme cela a été défini par Edgar Morin et Gilbert Simondon.

 

Mais, une chose m’a frappé ce week-end là. Un débat sur « la spiritualité dans le progrès ? » a été organisé avec Luc Ferry et Jean Staune. J’entendais Luc Ferry dire : « SEUL l’humain nous apparaît comme sacré » alors qu’à ses côtés se trouvait une pancarte d’1 mètre sur 50 centimètres sur laquelle était écrite très lisiblement : « Université de la Terre ». J’ai alors ressenti comme un décalage flagrant entre une vision presque nombriliste de l’homme et la nécessité de nous retrouver avec une terre (la seule que l’on ait) que l’on a dramatiquement oublié ces dernières années. On ne peut envisager un nouvel humanisme sans humilité. Une humilité vis-à-vis des uns et des autres, ce que nous enseigne l’amour, mais aussi vis-à-vis de ce que nous partageons avec les animaux, les plantes : la vie. La vie sur Terre est cyclique et alterne vie et mort parmi tous les êtres dans un équilibre qui se rythme de manière permanente. C’est pour cela que la préservation de la biodiversité est nécessaire car elle représente ce rythme qui s’adapte sans cesse. Finalement ce n’est pas tant d’un humanisme dont on a besoin, mais d’une nouvelle conscience de notre vitalité et de notre mortalité. Les deux composantes sont nécessaires car notre raison amoureuse prend corps dans cette vitalité alors que la seconde nous ouvre à nous placer, plus humblement, dans la vitalité de la Terre.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.