Comprendre le point de vue libéral moderne actuel

La constatation que font beaucoup d'économistes, toutes orientations confondues, c'est que la part de l'innovation dans la croissance est confrontée à un fort ralentissement depuis quelques années. Or, l'innovation, les progrès techniques sont les garants d'une croissance stable. Les nouvelles technologies n'ont pas eu le même impact, par exemple, que l'industrie automobile en termes d'emplois et d'industrie de masse. 

Lorsqu'il faut pointer les causes actuelles du ralentissement de l'économie mondiale, les différences commencent à se faire ressentir: on est généralement d'accord pour dire que ce sont le manque d'innovation et la crise financière (qui s'est transformée en crise de la dette et de la gouvernance économique en Europe), mais le débat se situe sur ce qui est le plus prépondérant des deux. Dans cette analyse, il faut mettre à part la croissance de la Chine,  qui est plutôt un phénomène de rattrapage.

Quand il s'agit de définir les solutions, c'est là que l'on trouve les oppositions les plus radicales. Puisque mon billet essaie d'avoir un point de vue libéral sur la question, je vais citer Edmund Phelps.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Edmund_Phelps

Selon lui, relancer l'innovation et la productivité ne peut se faire sans adapter des valeurs de "modernités". Le tout est de définir ce que sont des valeurs de modernités... Voici donc: Une vraie reprise signifie ainsi une remise en cause des hiérarchies établies, une inversion des priorités au profit des entreprises, des start-ups et des investisseurs, au détriment d'une approche étatiste et centraliste. Selon lui, c'est faire le pari sur l'homme et sa créativité. La plupart des économies actuelles seraient victimes des corporatismes, d'un système dirigiste combinant capitalisme, solidarité et tradition. Les plus corporatistes selon lui (France, Italie, Espagne) ont ainsi des performances en termes de productivité et d'emplois très médiocres.

Edmund Phelps défend un capitalisme nouveau fait d'aventure, de défi, d'exploration, d'individualité et de dynamisme qu'il oppose aux valeurs de prévention, d'acquis ou de précaution.

Mais imaginons que l'on avale le médicament proposé et que l'innovation reprenne. Il y aurait une "phase de transition"...dont on ne connaît pas la durée, forcément. Un peu comme le fait que la crise, depuis 1973, est devenue un état permanent...

Dans ce cas de figure, Carl Frey et Michael Osborne évoquent la mise en péril de 47% de l'emploi américain. Jeffrey Sachs et Laurence Kotlikoff expliquent même qu'en cas de hausse de la productivité, les futures générations seraient les premières victimes. Le remplacement des ouvriers par des robots pouvant réorienter les revenus de ceux-ci vers les propriétaires de robots, dont la plupart seraient à la retraite.

Alfred Sauvy pense que les gains de productivité créeront de manière directe et indirecte de nouvelles richesses et une demande, suscitant un rebond de la croissance.

(Source: Un monde de violences, de Jean-Hervé Lorenzi et Mickaël Berrebi).

Mon problème face à cette théorie, c'est qu'il y a beaucoup trop d'incertitudes de productivité pour un certitude de souffrances qui mettront en conflit des générations entre elles, souffrance indéterminée dans le temps. Sans oublier la destruction d'une certaine cohésion sociale et de tension extrême découlant des inégalités au sein des nations. Source'de guerre.

Je pense que la croissance ne doit pas être un objectif absolu car sa stabilité dépend de la course effrénée à l'innovation: je pense qu'elle n'est pas linéaire, sporadique et dont l'impact est extrêmement variable et donc hasardeux. Le partage de ses fruits est évidemment problématique.

C'est aussi une vision qui me dérange car c'est une société dont l'idéal est uniquement technologique et non pas social.

Voilà donc pourquoi je suis sur une ligne plus en accord avec Stiglitz-Piketty-Krugman en tant que citoyen et que d'une manière consciente et réfléchie je refuse absolument d'adhérer à cet idéal libéraliste.

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