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Billet de blog 4 août 2015

Le dogmatisme et l'idéologie économique européenne et le cas grec.

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Il y a beaucoup de problèmes à régler si l'institution européenne veut continuer simplement à exister. Et ces problèmes sont cristallisés, à mon sens, dans le cas grec:

- L'impossibilité de choisir sa façon de se sortir de la crise: Entré en fonction depuis le 22 avril 2012, M. Tsipras a hérité d'une situation catastrophique, sous fond de trucage de compte et d'extrême méfiance à son égard: il a été élu sur un programme ambitieux de relance, du maintien des services publics et donc un soutien au pouvoir d'achat. L'Europe exige exactement l'inverse: austérité, privatisation et coupe budgétaire massive.

Voilà donc les représentants de ces gouvernements autour de la table des négociations. Plus celles-ci durent, plus les créanciers perdent patience et exigent des conditions de plus en plus dures en échange de l'aide. Pire, après le référendum, la BCE, un organe sensé être neutre, durcit les conditions des aides aux banques grecques et abaissent les plafonds.

On est donc face à un dogmatisme qui ne laisse aucun choix. Et qui punit, littéralement, ceux qui osent le défier.

Mon autre observation, c'est qu'il n'y a aucune place pour une politique keynésienne de relance en Europe. Comme si une seule recette économique était la panacée pour des économies assez différentes. 

- En 2010, la Grèce avait un déficit de plus de 140% par rapport qu PIB, maintenant il est à plus de 180%. Après trois cures d'austérité. Citons les mesures de la première exigée:

  • la suppression des 13e et 14e mois dans la fonction publique compensée par une prime annuelle de1 000 euros pour les fonctionnaires gagnant moins de 3 000 euros et gel des salaires des fonctionnaires pendant trois ans
  • si le treizième mois est maintenu dans le secteur privé, la flexibilité du marché du travail sera renforcée
  • la durée de cotisations retraites sera portée de 37 annuités à 40 annuités en 2015
  • ouverture de professions fermées
  • taxe sur les résidences illégales
  • nouvelle hausse de la TVA qui doit être portée à 23 %

Pour résumer, tu imposes une cure d'amaigrissement brutale qui appauvri le pouvoir d'achat grec et par ricochet le PIB. Le pourcentage de la dette augmente donc par rapport au PIB qui diminue, plaçant le pays dans un trou sans fonds.

- L'Europe a pris une position idéologique très inquiétante: elle veut PUNIR les grecs au lieu de les aider, c'est tout le contraire des démarches qu'ont prises les pères fondateurs européens: la mise sous autorité française et allemande de la CECA en 1951 ainsi qu'un effacement considérable de la dette allemande en 1953, ce qui ne devait pas être facile, j'imagine le ressentiment toujours présent auprès de la population européenne, sans compter que ces dettes pesaient infiniment plus que la dette grecque à l'heure actuelle. Je trouve cette position IDÉOLOGIQUE actuelle tout à fait inacceptable et dangereuse, car on risque le Grexit, la radicalisation extrême, un grand sentiment anti-européen. Ils pourraient même s'allier aux russes. Et ce serait uniquement par notre faute.

- Imposer des conditions de remboursements insoutenables pour faire PEUR aux autres pays européens et pousser les grecs à partir. Mettant l'existence même de l'UE en danger à terme.

- Arrêter de MENTIR, pour justifier ces mesures d'austérités, en déclarant que les pays ont été gèrés de manière irresponsable: Si on prend le cas de la Grèce, de l'Espagne, le Portugal, l'Italie et l'Irlande, en 1999, ils avaient une dette cumulée de 89% par rapport à leur PIB totaux. En 2007, celle-ci était descendue à 75% (Tiré de "sortez-nous de la crise...et maintenant!" de Paul Krugman, page 214-215). C'est donc bien la crise financière qui a été transformée en crise de la dette. J'ajoute que la dette européenne, telle qu'elle est gérée actuellement, ne fait que grandir.

- Arrêter de faire deux poids deux mesures: la dette italienne est de 130%, infiniment plus inquiétante que celle de la Grèce en terme de chiffres, et l'Angleterre, peut, quand à elle, continuer de financer sa relance à crédit, puisqu'elle en est actuellement à 6% de déficit annuel.

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