Spéculation dans la hausse des prix: le rapport accablant de Michael Masters au Sénat

Lors d'une audition du Comité national des affaires gouvernementales, le 20 mai 2008, un trader et ancien dirigeant d'un fond spéculatif va "vendre la mèche".

Lors d'une audition du Comité national des affaires gouvernementales, le 20 mai 2008, un trader et ancien dirigeant d'un fond spéculatif va "vendre la mèche".
Michael Masters commence par expliquer que la hausse des matières premières a plus augmenté au cours des cinq années précédentes qu'à n'importe quelle autre période de l'histoire des Etats-Unis. Or, il n'y a aucune pénurie d'essence et nourriture, aucune file d'attente devant les stations-services, ni aucun rayon vide dans les magasins d'alimentation.
D'où se grand mystère: si l'offre est suffisante pour répondre à la demande, comment se fait-il que les prix des matières premières aient doublé ou triplé en cinq ans? Pour la seule période comprise entre 2005 et la fin 2008, le prix des énergies ont été multipliés par 2,5, les prix des métaux par 2, ceux des matières premières agricoles par 1,8.
La faute revient à ce que Masters appelle les "spéculateurs d'indices*". Qui sont ces fonds indiciels? Des investisseurs institutionnels comme des fonds de pension, des fonds spéculatifs, des fonds souverains ou même des fonds universitaires... mais leur arrivée récente sur les marchés les as déstabilisés, à tel point, d'ailleurs, que de forts soupçons de fraude est apparu (Le Congrès a confirmé cette montée en puissance des spéculateurs sur le marché du pétrole à la bourse de NY, ils réalisaient 37% des contrats à termes en 2000, taux qui est passé à 71% en 2008).
Masters balaye la fable selon laquelle l'augmentation du prix du pétrole était due à la demande chinoise entre 2000 et 2008. Selon les chiffres officiels du ministère de l'Energie américain, entre 200 et 2007, les besoins de la Chine en pétrole sont passés de 1,88 milliards de barils à 2,8 millards, soit une augmentation d'environ 920 millions. Surprise: durant la même période, la demande des fonds indiciels, portant sur les contrats à termes du pétrole a augmenté dans les mêmes proportions (848 millions de barils). La croissance de la demande chinoise est à peu près équivalente à la croissance spéculative.
Il en va de même pour les matières premières: de 2002 à 2008, les prix montent en flèche.
Prenons un cas concret: la production de maïs: les cours ont atteint des sommets durant le premier semestre de 2008. Les économistes expliquaient alors cette ausse par une explosion de la demande d'éthanol. Masters fait remarquer que pendant la même période les spéculateurs institutionnels ont mis en réserve de quoi satisfaire l'industrie américaine d'éthanol pendant une année entière...même chose pour le blé (deux années de réserve).
IMPOSSIBLE de croire que c'est la loi de l'offre et de la demande qui renchériraient le coût des matières premières, des produits agricoles ou du pétrole.
Mais cela aurait largement pu être évité. La loi était prévue pour nous protéger.

La crise passée, les corners peuvent reprendre de plus belle. On est reparti vers la même logique, nous courons de nouveau à toute vitesse vers une nouvelle crise.
*spéculateur d'indices: institutions et organismes extérieurs aux marchés des matières premières sur lesquels ils investissent à des fins purement spéculatives

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