Stéphane Pocrain ou la violence

J'ai passé une partie de l'hier à m'empêcher de commenter sa dernière sortie média & les réactions qu'elle a suscité. Il y beaucoup de questions et de notions à articuler, c'est compliqué, risqué. Il faudrait un vrai article sérieux sur le sujet. Article que je n'ai pas le temps d'écrire tout de suite. Mais laisser passer, je ne peux pas. Du coup, je vais plutôt partager quelques-unes des mes questions/réflexions.

La première qui vient, et elle a été rapidement posée, c'est : mais qu'est-il passé par la tête de Pierre Gilbert d'ouvrir les colonnes de Le Vent se lève à ce monsieur ? Ne sait-il rien de son parcours ? Passe-t-il outre ? Bref, quels sont les motifs de cette interview ? Elle était peut-être prévue depuis longtemps, mais le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle tombe bien. Enfin, si l'idée était de donner la parole au seul homme noir influent d'EELV au moment où la planète vit à l'heure #BlackLivesMatter. Parce qu'il faut bien reconnaître que c'est le seul, et que le parti vert français - et l'écologie en général - n'en attire/accueille pas beaucoup. Du coup j'ai pensé aux quelques-uns, sympa, intelligents, gentils qui auraient pu être mis en valeur au fil du temps...

Mais bon, c'est comme ça, le seul qui a fait carrière, c'est Stéphane Pocrain. Carrière. Points clés. Le trublion est entré en écologie dans les 90's aux côtés de Patrick Farbiaz & Sergio Coronado, sous l'aile de Noël Mamère. Il a ensuite survécu à toutes ses propres turpitudes partisanes (compte de campagne pas déposé/remboursé, bordélisation de la candidature présidentielle de Voynet en 2007 - avec Hulot qui jouait déjà à "j'y vais j'y vais pas", Hulot, tiens tiens... - factures bof bof via l'une ou l'autre de ses boîtes de conseil en communication) Bref, pas de quoi se faire une image super top. Mais bon, signe de la désintellectualisation d'EELV & de sa passion pour les "castings" de personnalités un peu trubliones, il cause.

Ces analyses plaisent, il "sait prendre le poul de la société", "sentir le vent venir", tous les trucs dont les politiques sont friands à force de tout plein de manques impossibles à théoriser ici. Alors, les dirigeant.e.s vert.e.s se le refile comme un bon tuyau.Ça grince un peu tout de même, entre l'argent dû au parti jamais remboursé, et celui qu'il trouve le moyen de prendre en rémunération(s), ça commence à (bien) faire. Mais c'est vrai qu'il a un "truc", le populaire, les quartiers, la mayonnaise politique... Alors même les femmes s'y mettent. Il est pourtant déjà connu pour toutes ces histoires d'abandon de famille, de violences, de justifications pourries, de condamnation. Du coup, Cécile Duflot qui n'était pas encore féministe à l'époque n'a pas vu le problème, Eva Joly a expliqué, pendant sa présidentielle à son propos que "les écolos sont contre la double peine", et certain.e.s se sont demandé comment Marie Toussaint pouvait ces temps-ci passer outre. Toutes ces femmes ont pourtant bien des qualités, des parcours glorieux, des responsabilités. Du coup, leurs copinages avec le monsieur fonctionne un peu comme une machine à le faire reluire malgré tout.

Alors, on pourrait causer longtemps intersectionnalité. Se demander si la révolte des femmes qui s'insurgent ces jours-ci est un racisme. Si le soutien qu'elles ont reçu de quelques hommes blancs diplômés est un "classisme". Si sa valorisation par les ténors du parti est un sexisme... Croiser d'autres manières le "classe-race-genre" auquel j'ajoute pour ma part toujours "territoires". Et se demander comment, au final, il passe encore entre toutes ces gouttes qui s'entrecroisent. Peut-être faudrait-il interroger David Cormand et Julien Bayou. Oui, peut-être.

Pour comprendre où est la violence et comment dans le contexte politique actuel on la supporte (au sens français, et au sens anglais, de soutenir). Parce le seul doute qui n'est pas permis est bien celui-ci : parler de Stéphane Pocrain, et surtout dans les contextes de #écologiepopulaire #antiracisme #MeToo, c'est bien parler de l'enchevêtrement des violences, et de leurs effets (en) politiques.

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