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Billet de blog 8 décembre 2013

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Au-delà de soi-même

Robert Furlong, président de la Fondation Malcolm de Chazal, est venu de l'île Maurice à l'Institut des Textes et Manuscrits Modernes (CNRS/ENS) vendredi 6 décembre 2013 pour présenter deux écrivains et leurs manuscrits inédits à une petite assemblée de poètes, de savants et d'amateurs.

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Robert Furlong, président de la Fondation Malcolm de Chazal, est venu de l'île Maurice à l'Institut des Textes et Manuscrits Modernes (CNRS/ENS) vendredi 6 décembre 2013 pour présenter deux écrivains et leurs manuscrits inédits à une petite assemblée de poètes, de savants et d'amateurs.

L'un, Léoville de L'Homme (1857-1928), typographe, journaliste et écrivain, initia, dans une forme encore très classique, la première poésie non coloniale de Maurice. L'autre, promu par Paulhan, fut édité chez Gallimard dès 1948 (Sens-Plastique) et failli être adoubé par le pape Breton. Un peu fou, un peu sage aussi, artiste intégral, on lui doit de fulgurants poèmes. Sens Magique, 1957, et Poèmes Apparadoxes, 1958, réédités chez Léo Scheer. Des poèmes qui naissent étrangement : « Je fais la vie se penser en moi, au lieu de moi-même penser la vie », disait-il.

Ainsi Robert Furlong, tout sourire, nous narra-t-il le parcours de Malcolm de Chazal (1902-1981). Nous découvrîmes d'abord l'ingénieur ingénieux de l'industrie sucrière en butte à un patronat obtus, l'économiste habile et précurseur qui rédigea quatre essais d'économie politique, puis le démocrate avant-gardiste, candidat aux législatives qui mit « de la poésie dans la politique » – et non l'inverse, comme trop souvent, hélas ! –, enfin, le poète et le peintre.

Poète, il le devint en apprenant que son île était en réalité un continent mythique, englouti, aux montagnes gravées par des géants. « Je ne pus plus voir, dès lors, mon île du même œil qu'avant. Un passé déjà m'avait soudé à l'Impossible. » Ce fut ensuite la révélation de la fleur dans son jardin botanique : une azalée le regarda en retour. Pour elle, il devint quelqu'un. La peinture, quelques années plus tard, il se la fit expliquer par une enfant. Comment peindre sinon qu'au-delà de soi-même ?

Une des clés de son Autobiographie Spirituelle, publiée il y a peu chez l'Harmattan, tient dans cette réflexion : « J'étais à mon départ un esclave. Un esclave de qui ? Mais de moi-même. Ma recherche frénétique n'a visé – je le sais aujourd'hui – qu'à me délivrer de l'AUTRE – celui que je ne suis, mais que je crus qui me constituait tout entier. Si tous les hommes quittaient leur AUTRE, ce serait la fraternité universelle. »

Merci au passeur.


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