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Membre du Comité Exécutif du NPA, Ingrid Hayes répond à mes questions à deux semaines du congrès de la formation née voici seulement deux ans. Une autre interview est prévue avec Omar Slaouti, animateur d'une sensibilité différente.
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JRV : Quels sont les principaux enjeux du tout prochain congrès du NPA ?
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Ingrid Hayes : L'enjeu essentiel est de confirmer et relancer le processus du NPA, dans une situation politique et sociale différente mais qui rend plus que jamais nécessaire la construction d'un outil politique travaillant à résoudre la contradiction entre le poids des défaites passées et la force des résistances actuelles et à venir, pour organiser la rupture et la transition vers l'écosocialisme.
Cela signifie notamment proposer un texte politique contenant l'analyse et les propositions du NPA face à
la crise (aux crises, plutôt !), c'est selon moi le texte principal du congrès. La crise est là, est bien là, avec des conséquences sociales et politiques, notamment les résistances en Europe, le mouvement social de l'automne en France, et maintenant la révolution en marche en Tunisie, même si on ne peut juger de l'aboutissement du processus. Tout cela doit produire une réflexion nouvelle. On a souvent accusé le NPA de faire du super syndicalisme, ici l'objectif est bien un véritable programme de combat anticapitaliste, en prise avec les nécessités de la période.
Cette proposition politique s'accompagne d'une démarche qu'il nous faut confirmer, qui combine unité et
indépendance.
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JRV : Le NPA n'a pas été exempt de critiques. D'aucuns ont parlé « d'isolationnisme ». Quel bilan (le positif, le négatif) tirer des premiers pas du NPA depuis février 2009 ?
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IH : La situation a beaucoup évolué depuis le congrès de fondation. Et on ne peut nier que le NPA ne bénéficie plus de la dynamique initiale. Les accusations d'isolationnisme sont sans fondement, mais sans doute avons-nous sous-estimé ce que signifiait pour nous la création du PG et sa politique « unitaire » offensive, lorsque nous avions le vent en poupe. Cela dit, la crise produit des effets politiques à tous les niveaux, y compris, en France, à la gauche du PS, et la suite du film n'est pas écrite d'avance.
D'autre part, il est devenu plus délicat, dans un contexte moins favorable, de poursuivre la synthèse des expériences diverses qui se sont rencontrées dans le NPA. C'était un choix de départ, le risque était donc assumé. Mais la mise sur pied d'un parti-processus ouvert nécessite aussi une part de refondation théorique et programmatique, qui permette de définir ce qui nous rassemble, au delà des grandes lignes fondatrices définies en 2009. C'est un travail de longue haleine, plus facile à conduire quand l'état d'esprit général est à l'unification de l'organisation.
JRV : Quatre plates-formes dont trois principales sont présentées aux militant(e)s pour amendements et votes contradictoires. Comment les définir ? N'y a-t-il pas un risque de « balkanisation interne » ?
IH : Alors que le débat de congrès bat son plein, il me semble difficile de décrire les positions en présence sans les caricaturer. Elles sont au départ, pour ce qui concerne les positions 2 et 3, fortement déterminées par le bilan des deux années qui se sont écoulées depuis la fondation du NPA. La position 2 est construite sur la dénonciation de l'électoralisme de la direction, la position 3 sur celle de son sectarisme, la position 1 en assumant de fait le bilan tout en ayant des appréciations divergentes de ce que le NPA a bien ou mal fait depuis sa fondation. En termes d'orientation, il y a diverses questions posées, notamment la manière d'envisager les relations du NPA avec le reste du champ politique ou les priorités à établir entre les différents fronts de lutte pour peser sur la situation.
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JRV : La question de nouveaux porte-parole aux côtés ou en remplacement d'Olivier Besancenot est publiquement posée. Qu'en est-il exactement ?
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IH : La question des nouveaux porte parole, inscrite depuis le congrès de fondation, est une des tâches prioritaires de la future direction. Elle est effectivement posée publiquement, et intéresse semble-t-il beaucoup les journalistes. Il est vrai que ce n'est pas simple, notamment en raison de la popularité de l'actuel porte parole. Mais soyez convaincus qu'on avance. Cela étant, cette discussion n'est pas le cœur du congrès qui s'ouvre, qui va débattre du fond.
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JRV : Quels sens et contenu devrait recouvrir la politique unitaire au sortir de ce congrès ? Impossible d'éviter de parler des échéances de 2012. Dans quel état d'esprit seront-elles abordées ?
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IH : La situation de crise rend nécessaire une politique de rassemblement, qui aille donc, c'est l'évidence, au delà du NPA. Le mouvement social de l'automne a confirmé qu'il existe des dizaines de milliers de militantes et militants, parmi lesquels des militants politiques, syndicaux, qui, en pratique, ont défendu la même chose que le NPA (retrait du projet, contenu alternatif, recherche de la généralisation des blocages et de la grève reconductible, rencontre des mêmes difficultés à mobiliser à la fois à la base et à cause de la politique des confédérations). Cela confirme la validité du projet du NPA. Pourtant, nous n'avons pas pour l'heure trouvé les voies du rassemblement. Il est primordial d'y travailler, dans les mobilisations et sur le terrain électoral. Cela signifie qu'en 2012, il faudrait imposer une candidature de rassemblement anticapitaliste, dans la continuité du mouvement social.